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Bruckner 9 par l’Orchestre Philharmonique de Liège et Langrée

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Liège. Salle Philharmonique. 19-XII-2008. Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour piano en la mineur op. 54  ; Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°9 en ré mineur. Benedetto Lupo, piano ; Orchestre Philharmonique de Liège, direction : Louis Langrée

L’Orchestre Philharmonique de Liège sait choyer son public, et lorsqu’il s’agit d’aborder le dernier concert de l’année, la phalange a l’habitude de présenter une œuvre d’envergure. Cette année, le pilier de ce programme n’était autre que la monumentale Symphonie n°9 de Bruckner, précédée de l’attrayant Concerto pour piano de Schumann. En plus de cet honorable produit d’appel, l’auditeur pouvait se réjouir de retrouver à la tête de l’ensemble. Le Concerto pour piano de Schuman trouve en un interprète d’une grande valeur. Le pianiste italien, en terrain connu, a en effet enregistré une intégrale de l’œuvre pour orchestre et piano de Schumann et a déjà collaboré plusieurs fois avec l’OPL. Le musicien n’hésite pas à s’offrir quelques libertés par rapport à la célèbre partition, développant un jeu nerveux et extraverti. Si sa proposition s’avère dans l’ensemble pertinente et d’intérêt, on perçoit néanmoins une tendance regrettable à assimiler crescendo et accelerando… Sa vision du concerto, musclée et son toucher féroce ne négligent pas pour autant le lyrisme irriguant l’ensemble de l’œuvre. L’orchestre, lui, s’illustre de par sa capacité à s’adapter au jeu de Lupo, conservant la juste maîtrise d’un dialogue limpide avec le soliste. La petite harmonie nous régale par le soin apporté à chacune de ses interventions. Le piano de la salle philharmonique ne s’est rarement montré aussi somptueux, langoureux et subtil qu’à travers la personnalité aux multiples facettes de . Vivement applaudi, le soliste a eu l’heureuse idée de proposer un bis d’une élégante poésie, tout en retenue.

Inspiré par une foi profonde, Bruckner a terminé sa carrière symphonique sans pouvoir mener à son terme la symphonie n°9 qu’il souhaitait dédier «à la gloire suprême de Dieu». Les trois mouvements achevés représentent tout de même une soixantaine de minutes de musique, résultat de sept années de travail pour le compositeur. Les cuivres sont très largement sollicités dans le premier mouvement, une partition où des climax vertigineux portent l’orchestre vers de ténébreux sommets, alternés de respirations méditatives laissant chanter les bois et les cordes. Le second mouvement permet à d’étirer à l’infini les dynamiques de la partition. Les pizzicati des cordes prennent alors un relief saisissant annonçant le passage dévastateur des cuivres décrivant des terribles enfers. Les cuivres s’avèrent rutilants mais le rythme martelé à travers ces pages aurait pu être plus précisément articulé, matérialisant alors encore mieux une implacable tension. L’adagio qui suit traduit d’avantage de passion, les phrasés confiés aux cordes menant l’orchestre vers des sommets de sensibilité. Malgré le caractère éprouvant d’une partition ne ménageant aucun des pupitres de l’orchestre, a su communiquer à ses musiciens un souffle narratif jusqu’aux ultimes notes. Au terme d’une soirée riche en émotions, il reçoit alors la juste ovation d’une salle comble, restons lucides, conquise d’avance… La sympathie qui unit le public liégeois, l’orchestre et son ancien directeur musical est en effet toujours aussi sensible.

Crédit photographique : Louis Langrée © Gerard Amsellem

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Liège. Salle Philharmonique. 19-XII-2008. Robert Schumann (1810-1856) : Concerto pour piano en la mineur op. 54  ; Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°9 en ré mineur. Benedetto Lupo, piano ; Orchestre Philharmonique de Liège, direction : Louis Langrée

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