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Sixième de Mahler par Zinman, pas loin du sans faute

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Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°6 en la mineur « Tragique ». Orchestre Tonhalle de Zurich, direction David Zinman. 2 SACD hybrides RCA 88697 36465 2. Code barre : 886973646526. Enregistré du 14 au 16 mai 2007, à la Tonhalle de Zurich. Notice trilingue (anglais, français, allemand). Durée : 81’14’’

 

Déjà bien engagé dans son intégrale , nous propose aujourd’hui sa vision de la Symphonie n°6, une des plus difficiles à réaliser tant la frontière entre simple fracas sonore et puissance musicale y est facile à franchir. C’est d’ailleurs le reproche que nous ferons à cette version où chef et orchestre n’ont pas su jusqu’au bout rester du « bon côté de la force », dans une optique interprétative il est vrai très dramatique, parfois expressivement proche des terrifiantes machines infernales qu’on retrouvera plus tard chez Chostakovitch.

Comme on le verra plus loin, n’a pas voulu garder le meilleur pour la fin et a donné l’absolu meilleur de son interprétation dans le premier mouvement, puissamment expressif, parfaitement Allegro energico ma non troppo, d’une mise en place assez remarquable, même si non exempte de quelques difficultés ici ou là, mais qui y échappe dans ce mouvement. On y sent bien que l’orchestre y a donné son maximum sans dépasser ses limites, donnant cette impression de plénitude sonore qu’il ne gardera pas tout à fait jusqu’au bout. Le chef a choisi un tempo assez allant favorisant l’avancée permanente du discours, au détriment parfois de quelques respirations qui n’auraient pas été superflues, mais cela fonctionne assez bien ainsi. Les différentes sections s’enchaînent sans histoire, même si la structure logique du mouvement n’est pas la préoccupation première de cette interprétation, qui préfère avancer tout droit plutôt que progresser plus subtilement, et qui ainsi, ne réussira pas totalement la coda où Zinman fait le « Etwas drängend » presque « à reculons », retenant son orchestre, alors qu’il faudrait enfin lui lâcher la bride, musicalement parlant. Petite frustration finale pour un mouvement globalement impressionnant.

Comme cela semble à la mode aujourd’hui, le Scherzo est repoussé en troisième position, nous ramenant au découpage classique avec mouvement lent en seconde position. A chacun sa préférence, et on peut toujours restituer l’ordre de son choix à coup de télécommande. « Toujours » ? A voir, car il n’est pas sûr que, dans l’optique très particulière choisie par Zinman, l’enchaînement Allegro-Scherzo fonctionne aussi bien. Car son Scherzo est assez rugueux et risquerait de rompre trop brutalement avec l’Allegro, alors que placé en deux, il devrait en être le prolongement naturel, ce qui n’est plus possible ici. Ainsi donc c’est l’Adante moderato qui succède à l’Allegro energico et même si le ton est radicalement différent, le même principe d’avancée rectiligne se retrouve allié à une façon d’éviter tout excès de sentimentalité qui enlèvera quand même un peu d’émotion. De nouveau c’est la fin du mouvement, sommet émotionnel « apaisé » de toute la symphonie, qui en sera, toute proportion gardée, la victime, le chef pressant à notre avis, un peu trop le pas, expédiant un peu vite ce sublime passage. Pour le Scherzo, le chef prend au pied de la lettre le « Wuchtig » marqué en marge pour y mettre un poids, que certains pourront trouver manquer de subtilité et franchement lourd, mais c’est l’optique voulue. Et le contraste avec le Grazioso (qui fait office de trio classique) est parfait, ce qui, allé à un phrasé savoureux, fait de ce passage le plus réussi dans ce mouvement.

Mais chef, orchestre et prise de son, sans doute portés par de bonnes intentions, ont, pour le final, un peu trop « mis le paquet », poussant trop loin le fracas sonore dans les longs fortissimo au risque de nous épuiser pour ne pas dire, plus trivialement, nous casser les oreilles (parfois même de simples f y sonnent comme des ff). Dommage car, à part cet agressif trop plein sonore, la conduite du mouvement est, dans la lignée de ce qui a précédé, droite, rigoureuse, peut-être un poil littérale et trop uniforme, mais sans réelle faute et impeccablement réalisée.

Globalement nous avons quand même ici un enregistrement de haute qualité, très recommandable dans une optique un peu premier degré mais parfaitement logique et superbement réalisée, même en tenant compte des petites baisses d’inspiration en fin de mouvement déjà mentionnées. Mais gare à son final fatiguant, qui risque d’être encore plus délicat sur les systèmes hi-fi teintés d’agressivité. Même pour ceux qui pourront bénéficier de la couche SACD, au son plus net et aéré que la couche CD.

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Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°6 en la mineur « Tragique ». Orchestre Tonhalle de Zurich, direction David Zinman. 2 SACD hybrides RCA 88697 36465 2. Code barre : 886973646526. Enregistré du 14 au 16 mai 2007, à la Tonhalle de Zurich. Notice trilingue (anglais, français, allemand). Durée : 81’14’’

 
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