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Dijon. Grand Théâtre. 11-I-2009. (After) The Fairy Queen, d’après les scènes musicales de The Fairy Queen (1692), musique d’Henry Purcell (v. 1659-1695). Mise en scène : Wouter Van Looy. Décors : Sascha Van Riel. Lumières : Peter Quasters. Sculptures et costumes : Freija Van Esbrœck et Johanna Trudzinski. Textes : Ian Burton, d’après William Shakespeare. Chorégraphie : Vivian Cruz. Assistante à la mise en scène : Liesbeth Bodyn. Assistants musicaux : Jonathan Cohen et Philippe Grisvard. Danseurs : Erika Méndez, Sheila Rojas, Alejandro Chavez, Luis Villanueva. Chanteurs : Susan Gilmour Bailey, Hanna Bayodi-Hirt, Elise Caluwaerts, Elodie Fonnard, sopranos ; Owen Willetts, contre-ténor ; Daniel Auchincloss, Ben Breakwell, Simon Wall, ténors ; Neil Bellingham, John Mackenzie, Nicholas Warden, basses. Ensemble instrumental Le Concert d’Astrée. Direction musicale : Emmanuelle Haïm.

(After) The Fairy Queen

«Love dœsn’t look with eyes but with mind», l’amour ne voit pas avec les yeux, mais avec l’imagination. Cette phrase de Shakespeare pourrait exactement s’appliquer à cette interprétation du Mask de Purcell. et son équipe nous proposent d’entreprendre un voyage initiatique au pays des sentiments, entre beaucoup de rêves et un peu de réalité. Un pays où la Danse et la Musique sont considérées comme des allégories primordiales.

The Fairy Queen est le titre musical du Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare : deux couples s’aiment plutôt d’une façon croisée ; entraînés par des êtres enchantés dans une forêt symbolique, ils finissent par trouver la moitié qu’avait choisie leur inconscient. et Wouter Van Looy élaguent et choisissent uniquement ce qui leur paraît essentiel dans l’œuvre de Purcell, qui durait initialement quatre ou cinq heures. Ils parviennent à en conserver la fantaisie et l’atmosphère onirique et obtiennent un spectacle cohérent qui semble bâti comme une suite : agitato, les tourments de l’amour ; moderato, les saisons ; adagio, la plainte et la nuit ; chaconne des heureux amants.

Ils ont voulu aussi que cette fable, comme toute fable réussie, baigne dans la poésie et le symbole. Les éclairages accentuent l’atmosphère nocturne ou la sensation de rêve éveillé ; ils mettent en valeur les deux aspects du décor mouvant. Une ville moderne étouffante, avec ses buildings dressés est représentée sur un store composé de lamelles verticales ; différemment éclairé il permet d’apercevoir en arrière les silhouettes des danseurs et ceux-ci peuvent passer à travers lui comme le fil d’un tissage. Ces lamelles peuvent aussi se regrouper pour devenir une futaie ; dans cette forêt symbolique, celle des contes mais aussi celle de la nature et des saisons, on peut laisser aller ses rêves et son inconscient. Les costumes sont assez anodins, voire disparates, mais des têtes bestiales et irréelles renforcent l’aspect fantastique déjà présent dans la pièce initiale.

Il est difficile de qualifier ce spectacle avec notre vocabulaire actuel, mais en fait l’esprit du Mask est respecté, car les quatre danseurs et les chanteurs sont en contact permanent, participant aussi les uns à la pratique des autres. A la danse appartient finalement la partie la plus narrative, que les artistes exécutent avec une sorte de langage corporel : la chorégraphie utilise une forme de mime symbolique toujours en mouvement, qui explique le sens du texte ; les attitudes rappellent aussi la gestique théâtrale du XVIIe siècle, qui va de pair avec un texte tout en maximes, en sentences, très maniériste en somme. Les chanteurs solistes sont fort émouvants par leur jeunesse et leur spontanéité ; les deux sopranos Suzan Gilmour Bailey et Hanna Bayodi-Hirt conduisent le bal avec une réelle conviction.

L’ensemble instrumental les soutient avec finesse et poésie : l’évocation des oiseaux par les flûtes est délicieuse, l’accompagnement du ground de l’hiver délicat comme la neige qui tombe et celui de la nuit opportunément mystérieux. Pourtant des sonorités étranges surgissent ça et là : de la percussion et du «didjeridu» australien s’intègrent parfaitement à l’orchestre baroque.

«Ils se marièrent et ils eurent beaucoup d’enfants»… Des réjouissances dansées présentent les quatre mariés en costume. La morale est-elle sauve ? Il semble pourtant que les couples ne soient pas ceux du début : l’amour est décidément aveugle, «Love is blind».

Crédit photographique : © Frédéric Iovino

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Dijon. Grand Théâtre. 11-I-2009. (After) The Fairy Queen, d’après les scènes musicales de The Fairy Queen (1692), musique d’Henry Purcell (v. 1659-1695). Mise en scène : Wouter Van Looy. Décors : Sascha Van Riel. Lumières : Peter Quasters. Sculptures et costumes : Freija Van Esbrœck et Johanna Trudzinski. Textes : Ian Burton, d’après William Shakespeare. Chorégraphie : Vivian Cruz. Assistante à la mise en scène : Liesbeth Bodyn. Assistants musicaux : Jonathan Cohen et Philippe Grisvard. Danseurs : Erika Méndez, Sheila Rojas, Alejandro Chavez, Luis Villanueva. Chanteurs : Susan Gilmour Bailey, Hanna Bayodi-Hirt, Elise Caluwaerts, Elodie Fonnard, sopranos ; Owen Willetts, contre-ténor ; Daniel Auchincloss, Ben Breakwell, Simon Wall, ténors ; Neil Bellingham, John Mackenzie, Nicholas Warden, basses. Ensemble instrumental Le Concert d’Astrée. Direction musicale : Emmanuelle Haïm.

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