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La colombe est exquise !

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Paris, Péniche-opéra. 21-I-2009. Charles Gounod (1818-1893) : La colombe, opéra- comique en deux actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré. Mise en scène : Mireille Laroche ; décor : Alexandre Heyraut ; costumes : Danièle Barraud. Avec : Dorothée Lorthiois, Sylvie ; Vanessa Le Charlès, Mazet ; Pierre Espiaut, Horace ; Johann Leroux, Maître Jean ; Christophe Manien, piano et chef de chant.

La colombe

Tandis que les spectateurs s’installent dans le cadre chaleureux de la Péniche-opéra, une colombe attend sagement le lever du rideau. De fait, il aurait été difficile de s’en tenir à un oiseau de carton, comme on faisait autrefois dans Parsifal : tout tourne autour de la colombe dans l’intrigue mince, mais bien ficelée, de Barbier et Carré. C’est pour obtenir l’oiseau que Sylvie rend visite à Horace, qu’elle a ruiné et abandonné. C’est le même animal que le jeune homme, toujours épris, se décide à sacrifier pour retenir la belle à dîner, ce qui déclenche d’amusants quiproquos, jusqu’à une fin heureuse pour tous les protagonistes, la colombe comprise.

Un an après le succès de Faust (1859), Gounod répondait à une commande du Théâtre de Baden-Baden. L’entreprenant directeur du Théâtre lyrique, Carvalho, ayant racheté Philémon et Baucis, prévu initialement pour Baden-Baden, Gounod choisit un autre sujet tiré de La Fontaine et composa à la hâte La colombe. Après un passage sans grand succès à l’Opéra-comique, l’œuvre ne fut reprise que sporadiquement, et c’est fort dommage, car Gounod y cultive deux de ses meilleures qualités, la tendresse et l’humour. Le charme et la simplicité du langage, encore soulignés par la réduction pour piano, font souvent penser à Grétry, avec des mélodies gracieuses, des formes régulières et de sages progressions harmoniques. Rien ne pèse dans cette musique, même lorsqu’une mélancolie passagère affecte les tourtereaux.

La mise en scène de Mireille Larroche respecte le marivaudage souriant de l’œuvre tout en jouant avec les caractères et les situations. Décors, costumes et dialogues ont été actualisés sans excès, et le résultat est souvent très drôle, moquant gentiment la mode de l’altermondialisme et des produits «bio» chez les citadins. Les jeunes chanteurs assurent avec talent des rôles légers, certes, mais tout de même écrits pour la première Marguerite (, qui créera plus tard Mireille et Juliette), le premier Méphisto et le premier Siébel. incarne avec brio la coquette Sylvie, un personnage qui semble répondre malicieusement à la chaste Marguerite : au lieu du célèbre «Je voudrais bien savoir quel était ce jeune homme», elle chante «je veux interroger ce jeune homme», et elle tend la main au lieu de refuser celle qu’on lui propose ! trouve le ton juste pour le falot Horace, et dans le rôle travesti de Mazet, Vanessa Le Charlès se distingue par la beauté du timbre. Enfin, campe avec drôlerie le majordome stylé qui s’improvise cuisinier. Cela nous vaut un duo sur l’art de dresser la table quand on n’a que de la vaisselle dépareillée, et un air sur le «grand art de cuisine», deux pièces à verser au dossier de la musique gastronomique, aux côtés du «Trio du gril» et des «Couplets du pâté» d’Offenbach. Bref, cette Colombe est un régal.

Crédit photographique : (Sylvie) © Dominique Hamot

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Paris, Péniche-opéra. 21-I-2009. Charles Gounod (1818-1893) : La colombe, opéra- comique en deux actes sur un livret de Jules Barbier et Michel Carré. Mise en scène : Mireille Laroche ; décor : Alexandre Heyraut ; costumes : Danièle Barraud. Avec : Dorothée Lorthiois, Sylvie ; Vanessa Le Charlès, Mazet ; Pierre Espiaut, Horace ; Johann Leroux, Maître Jean ; Christophe Manien, piano et chef de chant.

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