«Pollini Perspectives» : Magistral !

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Salle Pleyel. 25-I-2009. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate n°17 en ré mineur op. 31 n°2 « La Tempête » ; Sonate n°23 en fa mineur op. 57 « Appassionata ». Pierre Boulez (né en 1925) : Deuxième Sonate. Maurizio Pollini : piano.

prend aujourd’hui les commandes d’une série de neufs concerts dénommée «Pollini Perspectives», prévue Salle Pleyel jusqu’au 22 juin 2010, qui aura pour principe la mise «en perspective» d’œuvres classiques et d’œuvres modernes. Seront ainsi programmés au cours de ces sessions Bach, Beethoven, Brahms, Chopin, Mendelssohn, Bartók, Schönberg, Berg, Webern, Nono, Stockhausen, Lachenmann et Boulez, dans des œuvres pianistiques, mais aussi de musique de chambre, concertantes ou symphoniques. L’affiche y est à chaque fois alléchante, et donne une occasion en or d’écouter ces musiques, très diverses, par des interprètes de premier ordre. Aussi, nous ne pouvons que recommander à tout mélomane curieux de se pas manquer ces rendez-vous qui, s’ils sont du niveau du concert inaugural, risquent d’être mémorables.

Car le niveau atteint dès ce premier concert, consacré à la forme sonate, est exceptionnel, avec des œuvres dont Pollini est depuis toujours un grand interprète. Pour commencer il a choisi deux sonates de Beethoven, en trois mouvements chacune, La Tempête de 1802 typique de la période médiane mais surtout la Sonate Appassionata composée en 1805 ouvrant le chemin vers les dernières sonates où Beethoven réinventa une forme dont il s’était fait jusqu’ici le champion. A l’autre bout de la «perspective» la Deuxième Sonate de , composée en 1948, reprend la structure de la sonate classique en quatre mouvements, mais avec un contenu dodécaphonique radicalement moderne.

Nous avons retrouvé, à leur plus haut, les qualités pianistiques et musicales bien connues de . Musicalement nous n’attendions d’ailleurs aucune surprise de ce côté là, puisqu’il a enregistré relativement récemment les deux sonates de Beethoven jouées ce soir et il ne surprendra personne que disque et concert furent assez proches, fruits d’une profonde réflexion et d’un long approfondissement, plus qu’invention spontanée. Pollini y réussit comme bien peu à trouver cet équilibre quasi parfait qui n’est jamais un compromis, car ne sacrifie justement rien mais essaye au contraire de donner toute la plénitude expressive possible sans tomber dans aucun excès. Peut-être plus encore qu’au disque, sa Tempête atteint son apogée dans un Adagio mémorable où la retenu du tempo ne dilue jamais l’émotion. Mais c’est surtout l’Appassionata, dont Pollini est un des plus grands interprètes, qui impressionne encore une fois, défiant toute velléité critique. Du grand art, et du grand Beethoven.

La Deuxième Sonate de est presque devenue un classique du modernisme radical, avec son tout aussi classique paradoxe d’un contenant d’une implacable rigueur de conception allié à un contenu pouvant donner l’impression que le hasard a aligné les notes les une derrière les autres. Car ici, si les thèmes existent toujours et ne doivent non plus rien au hasard, ils ne sont pas aussi facilement mémorisables que chez Beethoven, rendant plus difficile pour l’auditeur non exercé la compréhension globale de l’œuvre. Mais manifestement pas pour Pollini qui joue depuis toujours cette sonate sans partition, et qui l’avait enregistrée dès 1976 pour DG. Cette fois-ci plus de trente ans s’étant écoulés entre l’enregistrement et le concert, on ne s’étonnera pas d’interprétations assez différentes, où on préférera nettement l’exécution de ce soir, pianistiquement phénoménale, très impressionnante, plus naturelle, plus vivante, plus fluide, plus mature, en un mot plus évidente que celle du disque. Beau succès public pour le pianiste et pour présent pour tout le concert, qui rejoignit Pollini sur scène pour recueillir les ovations d’un public qui finit au nième rappel à arracher en bis une fabuleuse interprétation de La Cathédrale Engloutie de Debussy.

Notons que la brochure d’accompagnement, assez remarquable et très complète, couvre la totalité du cycle avec analyses des œuvres programmées et interviews des participants qu’ils soient compositeurs ou interprètes.

Crédit photographique : photo © Marion Kalter

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.