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Jean-Frédéric Neuburger, il sait tout faire ce jeune homme !

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Paris. Théâtre des Bouffes du Nord. 26-I-2009. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonate en ut majeur BWV 966  ; Toccata en sol majeur BWV 916  ; Caprice sur le départ de son frère bien-aimé BWV 992  ; Toccata en mi mineur BWV 914. Gabriel Fauré (1854-1924) : Nocturne n°6 en ré bémol majeur Op. 63. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Sonate n°9 en ut majeur Op. 103. Jean-Frédéric Neuburger : piano.

Pour son récital au Théâtre des Bouffes du Nord, a choisi des œuvres de style et d’époque très différents, et quelque peu hors des sentiers battus, car même si on y a entendu Bach, Fauré et Prokofiev, ce n’était pas leurs pièces les plus célèbres ni les plus souvent jouées. C’était même pour nous la découverte du Caprice sur le départ de son frère bien-aimé de Bach et de la Sonate n°9 de Prokofiev. Et le déclenchement tardif des applaudissements du public, attendant l’évidence d’un geste de fin de la part du pianiste, nous indiquait clairement qu’une bonne partie de l’auditoire découvrait les pièces jouées ce soir.

Nous avions déjà eu l’occasion de remarquer la grande maturité de cet encore jeune pianiste lors de son récital Salle Cortot, le concert de ce soir en est l’exacte prolongement, dans un répertoire différent, mais toujours avec cette capacité de tout jouer avec une sensation de sécurité technique tel que rien ne semble pouvoir arriver. Cela donne un côté «objectif» à son jeu, de la même façon qu’on le dirait de Pollini par exemple, avec des interprétations sobres et droites, respectueuses du texte, adaptant sans jamais les forcer tempo, phrasé et dynamique selon l’expression cherchée, servies par une maîtrise totale des capacités de l’instrument. Ce style, avant tout fait de rigueur et d’intelligence textuelle, s’adaptera plus ou moins à certaines œuvres, qui parfois en demanderont plus, mais, dans une carrière, sera plus souvent un atout qu’un handicap.

Cet atout maître s’est très bien fait sentir dans les œuvres de Bach jouées ce soir. Aucune tentation baroquisante dans le jeu de Jean-Frederic Neuburger, pas plus que de romantisation du discours, avec un usage très modéré, contrôlé et toujours musical du rubato ou des changements de tempo. Rien de virtuose ni de spectaculaire non plus, mais simplement du piano qui laisse chaque phrase s’épanouir. Le tempo choisi était à chaque fois convainquant, veillant à ne pas brusquer la phrase dans les mouvements vifs, et à ne pas la dissoudre dans les mouvements lents, à ne pas fusionner les voies dans les fugues. Cela a permis d’éviter un Bach répétitif, ce qui, compte tenu de la proximité des œuvres au programme, aurait facilement pu arriver. En même temps que l’évidence d’entendre ces œuvres sur un grand piano moderne s’imposait d’elle-même.

L’entracte nous fit faire un grand écart temporel pour arriver jusqu’à Fauré et ensuite Prokofiev. Le Nocturne n°6 de Fauré est encore une œuvre du XIXe siècle, elle date de 1894, alors que la Sonate n°9 de Prokofiev, bien que datant de 1947, est loin d’être la plus typique, personnelle et encore moins audacieuse, de son auteur, comme d’ailleurs certaines de ses œuvres de fin de cycle. Dans les deux cas on admira une égale réussite dans ces deux œuvres, grâce à un magnifique piano, harmonieux, chaleureux, au legato jamais confus, qui rapprocha Fauré et Prokofiev plus qu’on ne l’imaginerait au premier abord.

Ce récital impeccablement réalisé mais sans grand chef-d’œuvre au programme, manquait peut-être un peu de «fun», ce que l’admirablement tanguant Tango de Stravinsky offert en premier bis a permis de corriger, avant de retrouver Fauré pour finir avec sa première Barcarolle. Décidément ce jeune pianiste sait tout faire et le fait plutôt bien.

Crédit photographique : © Alvaro Yañez

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Paris. Théâtre des Bouffes du Nord. 26-I-2009. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonate en ut majeur BWV 966  ; Toccata en sol majeur BWV 916  ; Caprice sur le départ de son frère bien-aimé BWV 992  ; Toccata en mi mineur BWV 914. Gabriel Fauré (1854-1924) : Nocturne n°6 en ré bémol majeur Op. 63. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Sonate n°9 en ut majeur Op. 103. Jean-Frédéric Neuburger : piano.

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