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Entre esbroufe et musique …

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Nice. Opéra. 30-I-2009. Mikhaïl Ivanovitch Glinka (1804-1857) : Rousslan et Ludmilla, ouverture. Karol Szymanowski (1882-1937) : Concerto pour violon et orchestre n°2 en la mineur op. 61. Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n°4 en fa mineur op.36. Vera Novakova, violon. Orchestre Philharmonique de Nice, direction : Georges Pehlivavian.

Soirée russe à l’opéra de Nice

S’il n’est pas rare de réunir des compositeurs russes pour un même programme, il n’est pas si fréquent d’entendre Szymanowski. Mais l’oreille du public niçois est éduquée et sait apprécier des programmations contemporaines. Il est vrai que le Deuxième concerto pour violon du compositeur ukrainien peut dérouter, tant il mêle les genres, les styles, tant il sollicite l’attention, l’émotion, tant il regorge de surprises musicales, d’inattendus, tant il est à la fois non conventionnel et pourtant d’une parfaire rhétorique musicale. Pour l’amateur de combinaisons, pour celui qui s’amuse du jeu des carrures, c’est un émerveillement de chaque instant. Le risque toutefois de l’interprétation de ce style d’écriture est de passer à côté du discours musical lui-même. C’est malheureusement le travers dans le quel nous sommes entrés ce soir à l’opéra de Nice. Nous étions face à trois entités qui ne se sont jamais vraiment rencontrées, le chef, la soliste et l’orchestre. Du point de vue de l’orchestre, ce ne fut qu’une longue succession de notes juxtaposées. Des notes techniquement bien jouées, ne remettant pas en cause les qualités habituelles de l’orchestre, mais sans aucun discours musical, sans unité. Des notes livrées non pas au chef, mais à elles- mêmes, sans non plus tenir compte du soliste perdu et noyé, comme s’il n’était qu’un parmi d’autres. Il faut dire que la direction très dilettante de Georges Pehlivavian occasionna un certain nombre de « surprises » dans l’ensemble de la soirée. Outre une absence de prise en compte du discours musical et du soliste, la précision des départs – si cruciale dans ce type de composition – faisait cruellement défaut. Déjà l’ouverture de Rousslan et Lumila avait pâti de la direction très impressionniste et spectaculaire du chef libanais, avec rien moins que deux faux départs et un trou dans l’exécution. L’extrême tension du tempo, électrique et nerveux, livré à lui-même, s’est emballée au point de surprendre les musiciens eux-mêmes, réduits à une interprétation très amateur, sans unité, comme le fut donc le Concerto pour violon n°2. Dans de telles conditions il était difficile de mettre en valeur Vera Novakova qui, condamnée à être submergée dans le jeu avec l’orchestre, tenta de prendre son tour dans les parties solistes. La tension des musiciens de l’orchestre ne l’épargna pas et la finesse technique de la violoniste tchèque, contenue par la crispation ambiante, ne parvint malheureusement pas à donner plus d’âme et de vie à ce qui pourtant est l’un des plus vivants concertos pour violon du début du XXe siècle.

Le manque d’unité est encore précisément le défaut majeur de la Symphonie n° 4 de Tchaïkovski. Accents martiaux, accords extrêmement saccadés, la force du destin s’est transformée en une démonstration de cuivres, mettant toute l’harmonie totalement en dehors du reste de l’orchestre, poussant les basses à l’indépendance ; les enchaînements thématiques se télescopant ne permettaient plus à l’œuvre de trouver son unité. Si forcer la ligne harmonique à l’extrême peut trouver une certaine justification pour Berlioz, un tel choix est difficilement fondé pour cette partition. Faire des tutti une juxtaposition de fanfares et laisser chaque pupitre gérer sa partition s’est peu à peu transformé en une véritable course poursuite crispée qui s’est essoufflée dans le finale du premier mouvement où les violons ne sont pas arrivés ensemble. Au second mouvement, la confusion était telle que le thème des bois semblait incongru. En revanche, la partie pizzicato du troisième mouvement s’est révélée étonnamment précise et fine, court moment de répit au milieu d’une interprétation peut être conçue pour faire de l’effet sur le public en accentuant les contrastes, au lieu de gérer les nuances.

Crédit photographique : © DR

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