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Si jeunes et déjà si accomplis

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Saint-Quentin-en-Yvelines. Théâtre. 29-I-2009. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Don Giovanni, opéra en 2 actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en scène : Yoshi Oida ; costumes : Elena Mannini ; décors : Tom Schenk ; lumières : Pascal Mérat. Avec : Marc Callahan, Don Giovanni ; Frédéric Bourreau, Il Commendatore ; Sara Hershkowitz, Donna Anna ; Arthur Espiritu, Don Ottavio ; Chantal Santon, Donna Elvira ; Marc Labonnette, Leporello ; Pierrick Boisseau, Masetto ; Caroline Meng, Zerlina. Opera Fuoco, direction : David Stern

Don Giovanni

A l’heure où la disparition des troupes a rendu plus difficiles les débuts des jeunes chanteurs lyriques, comment ne pas se réjouir de la création en 2008 par l’ensemble d’une troupe-atelier d’une vingtaine de chanteurs ? Ceux-ci sont accompagnés pendant trois ans et peuvent ainsi se perfectionner et faire leurs premiers pas sur scène dans de bonnes conditions. On connaissait l’ensemble sur instruments anciens de , on découvre aujourd’hui avec enthousisame l’extrême professionnalisme dont font preuve tous les jeunes artistes réunis pour ce Don Giovanni donné à Saint-Quentin-en-Yvelines où est en résidence.

Dès l’ouverture, le rendu orchestral surprend : fait le choix d’un tempo assez lent et n’accentue pas les contrastes. Il s’agit en réalité d’une vraie fidélité à la partition, loin de la théâtralité facile de nombreux «baroqueux» qui outrent piani et forte. D’école plus baroque sont les sonorités parfois vertes. Les cordes manquent quelque peu de moëlleux et l’ensemble de rondeur, mais il faut toutefois souligner le rôle que joue l’acoustique du théâtre, peu idéale pour l’opéra. David Stern part des voix dont il dispose afin de monter un ouvrage. Aussi les personnages sont-ils bien caractérises : un vrai baryton, un vrai baryton-basse, une vraie basse pour différencier Don Giovanni, Leporello et le Commandeur. Il en va de même chez les trois sopranes, si différentes de timbre et de tempérament, de la délicate Anna à une Elvira plus corsée, en passant par une malicieuse Zerlina au timbre fruité. La distribution, pleine de jeunesse, est homogène. est un Don Juan très séduisant avec une voix bien menée et juste, mais le volume de la voix est discret, aussi passe-t-elle au second plan dans les ensembles. Marc Labonnette fait preuve d’une vraie gestion de son instrument tout au long de la représentation, les phrasés sont beaux, la prosodie italienne et l’incarnation du personnage parfaitement justes. Les interventions de sont irréprochables, la voix superbe et bien posée. reste scéniquement un peu gauche en Donna Anna mais le travail de la voix force le respect. Son fiancé est incarné par Arthur Espiritu, ténor à la voix bien timbrée, qui réussit à faire échapper Don Ottavio au traditionnel personnage de benêt. Le couple de paysans formé par et Caroline Meng est bien en place, tandis que les choristes, réduits au nombre de quatre, peinent encore à convaincre. Mais c’est Chantal Santon qui domine l’ensemble et brûle les planches en Elivra de haut vol, bouleversante dans «Mi tradì», avec un timbre vite reconnaissable, une bonne technique et une remarquable présence.

Donné ici même en concert par Opera Fuoco l’an passé, ce Don Giovanni est désormais créé en version scénique avec la complicité de Yoshi Oïda, déjà créateur des mises en scène de Curlew River de Britten et du Chant de la Terre de Malher dirigés par David Stern. Yoshi Oïda propose une vision assez épurée, où chaque geste est porteur de sens. Il en est ainsi des mouvements compulsifs de Donna Anna lorsqu’elle répète «Il parde mio dov’e» qui peignent avec justesse son refus de se rendre à l’évidence. Le metteur en scène travaille particulièrement sur ce personnage, dont il traduit toute l’ambiguïté lorsque, lors de ses imprécations contre Don Giovanni, elle ne peut s’empêcher de retomber à plusieurs reprises dans ses bras ou lorsque Don Ottavio doit la surveiller quand ils entrent masqués, avec Elvira, chez Don Giovanni. Oïda en fait en quelque sorte une meneuse de jeu, consciente de ses effets, qui se sert de ses vocalises avec lesquelles elle agresse les tympans de Leporello ou chatouille ceux de Don Ottavio. En dépit de quelques effets faciles et parfois vulgaires, Yoshi Oïda propose un spectacle qui fonctionne, avec un final assez saisissant. L’unité de ce travail réside aussi dans le choix d’une palette restreinte pour les couleurs chaudes et sombres des costumes, décors et lumières. Séduits par le travail de David Stern, de son ensemble et de sa troupe, on attend désormais avec impatience la captation du spectacle, réalisée au théâtre de Saint-Quentin par les équipes d’Arte et prévue pour sortir ensuite en DVD chez Alpha, et Jephta de Haendel qui sera donné en concert en avril à Lucerne et Paris, par le même ensemble qui l’a déjà enregistré en 2005 à Saint-Quentin.

Crédit photographique : © Dom/ArtComArt 1 : (Don Giovanni) et Chantal Santon (Donna Elvira), 2 : (Don Giovanni) et Caroline Meng (Zerlina)

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Saint-Quentin-en-Yvelines. Théâtre. 29-I-2009. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Don Giovanni, opéra en 2 actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en scène : Yoshi Oida ; costumes : Elena Mannini ; décors : Tom Schenk ; lumières : Pascal Mérat. Avec : Marc Callahan, Don Giovanni ; Frédéric Bourreau, Il Commendatore ; Sara Hershkowitz, Donna Anna ; Arthur Espiritu, Don Ottavio ; Chantal Santon, Donna Elvira ; Marc Labonnette, Leporello ; Pierrick Boisseau, Masetto ; Caroline Meng, Zerlina. Opera Fuoco, direction : David Stern

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