Éditos

Et le vainqueur est… la Musique !

 

Edito

Pour regagner du public, tout est bon : grande star « pipole » en parrain prête à faire un esclandre, palmarès consensuel, musique sirupeuse, horaire familial (pourtant, avec la fin de la publicité en soirée… ).

C’est d’ailleurs avec une bonne dose de sirop que s’ouvrirent ces 16e Victoires, en direct de l’Arsenal de Metz : Le dernier jour d’un condamné de la Alagna Trust Cie, harmonies post-pucciniennes dégoulinantes, faux accents véristes, roulements de timbales et coup de glotte de notre Divo national. Le ton est donné : des larmes et des banalités débitées au kilomètre.

C’est qu’en 2008 les Victoires ont été au fond du trou de l’Audimat. Le «fil rouge» de la soirée, France-Amérique en 2007, Russie en 2008, a été abandonné. Place aux tubes et aux stars, et en musique classique, qui dit star dit Roberto Alagna : «C’est quelqu’un de populaire au sens noble, étonnamment disponible et généreux» selon Gilles Desangles, directeur des Victoires de la Musique classique. Les spectateurs monégasques, privés de sa prise de rôle en Andrea Chenier, en savent quelque chose de la disponibilité de Mr Alagna. Le malheureux spectateur qui avait cru bon de s’en offusquer en direct a reçu le coup de foudre vengeur : on ne s’attaque pas impunément au Ténorissimo.

Donc pour cette édition 2009, formidable bond en arrière. Une émission populaire, le dimanche après-midi, avec une part musicale importante, vous connaissez ? Vous vous souvenez ? Ah… Jacques Martin… Mais Jacques Martin, qui de son temps avait invité Roberto Alagna, Barbara Hendricks ou Natalie Dessay officiait tous les dimanches. Pour le XXIe siècle, la musique classique le dimanche après-midi, ce sera une fois par an, au mieux.

Pour fédérer le chaland, il faut du tube, du populaire. Frédéric Lodéon en présentant l’Orchestre National de Lorraine citait Gabriel Pierné, compositeur bien oublié, jusque dans la programmation de cette soirée. Pourtant, il est natif de Metz, l’orchestre de la soirée a enregistré plus d’une de ses œuvres et son chef, Jacques Mercier, grand spécialiste de ce répertoire. Dommage que personne n’ait eu l’idée d’en faire profiter ne serait-ce que quelques minutes l’auditoire pourtant considérable.

Non, à la place, il faut du tube et du zim-boum. Un coup de Khatchaturian pour décrasser les esgourdes, un coup de Carnaval des animaux, quelques tubes d’opéra. La présentation de Gonzales a commencé à faire froid dans le dos : merci Marie Drucker et Frédéric Lodéon de le présenter comme un «dépoussiéreur» de musique classique, ce style ringard veillé par des puristes gardiens du temple, imbéciles heureux incapables d’aimer la bonne musique. Non ouf, Gonzales est un artiste complet, très pédagogue, charismatique, qui a donné une véritable leçon d’écriture tonale (majeur ? mineur ? qu’est-ce que c’est ?) au public.

Concernant le palmarès, bien peu de surprises. Romain Leleu et Karen Vourc’h méritent amplement leurs Victoires en tant que «révélations». Pour les enregistrements (pas de catégorie DVD cette année), Philippe Gaubert et Olivier Messiaen pourront se rhabiller : Emmanuelle Haïm et son reader’s digest des Lamenti baroques italiens, bien plus télégéniques, raflent la mise. Qui a été primé dans la même catégorie en 2008 ? Les mêmes voyons ! En soliste instrumental, est une demi-surprise, lui qui a passé sa carrière à défendre la musique de nos jours. Deux autres pianistes étaient en lice (mais pourquoi que du piano ?), Hélène Grimaud (qu’on a que trop entendu) et David Fray (qui n’a pas été «révélation instrumentale» en 2008). Le Trio Wanderer s’impose sans soucis pour la Victoire de la formation de musique de chambre. Point de Victoire d’ensemble vocal ou instrumental en revanche… Point de vue musique contemporaine, les néo-tonaux cèdent un peu de place, exit Karol Beffa – qui faisait sa première apparition à ce genre de cérémonies – et Philippe Hersant – habitué des lieux – pour Bruno Mantovani. Une fois encore les majors (EMI/Virgin, Universal) et les deux grands indépendants (Naïve, Harmonia Mundi) ont raflé la mise. Les petits labels attendront encore.

Nous n’avons pas encore eu les chiffres de Saint-Audimat. Gageons qu’ils soient meilleurs cette année. Le moindre nombre de victoires décernées a permis plus de musique et moins de blabla. Le «plus grand concert de musique classique de l’année» que Marie Drucker vante à tout bout de champ en est effectivement un (au fait Marie, consultez vos notes, Monteverdi n’a pas écrit La Vierge, qui est un oratorio de Jules Massenet, mais Les vêpres de la Vierge). David Fray, Joyce Di Donato, Lang Lang, Philippe Jaroussky, Annick Massis, Jean-Christophe Spinosi (encore lui !!! était-ce besoin de hurler et de taper des pieds pendant l’exécution du Concerto pour deux flûtes de Telemann ? Cette musique ne se suffit pas à elle-même ?) et bien sur les sœurs Labèque (Victoires d’honneur) ont pu enfin placer celle sans qui ces Victoires ne seraient pas : la Musique. Les Victoires de la Musique classique sont en bonne voie, un peu moins de consensus et de «pipole», un peu plus de découvertes et de surprises, ainsi en 2010 nous trouverons un bon équilibre.

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