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De Ligeti à Schumann

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Nice. Opéra. 06-II-2009. György Ligeti (1923-2006), Lontano. Dimitri Chostakovitch (1906-1975), Concerto pour violoncelle et orchestre n°2 en sol mineur op. 126. Robert Schumann (1810-1856), Symphonie n°4 en ré mineur op. 120. Sonia Wieder-Atherton, violoncelle. Orchestre Philharmonique de Nice, direction : Günter Neuhold.

S’il est une musique à haut risque, s’il est une musique de tous les risques, c’est bien celle de Ligeti. L’équilibre est tellement fragile et subtil, les formes sont à tel point tirées au plus extrême de leur possibilité qu’un instant d’égarement suffit à mettre à bas l’ensemble de la construction. Il n’est jamais facile d’écouter Ligeti, car il n’est jamais aisé d’en trouver la clef de lecture. Lorsqu’on croit avoir pénétré un peu dans les arcanes de la partition, c’est pour être déstabilisé par une nouvelle exploration des sons, des couleurs et des timbres. Sans prévenir, en dehors des archétypes traditionnels, quelque chose de nouveau vient rompre ce qu’une écoute superficielle tendrait à rendre monotone. La vie de chaque note, chaque structure, l’expression propre de chaque timbre constituent l’âme même de ce spectre saisissant qu’est Lontano.

Non seulement les musiciens de l’ ne se sont pas laissés impressionner, ni dominer par les risques de la partition, mais, sous la baguette précise de , ils ont avec brio transcendé tous les écueils pour donner à ces prémices du spectral une profondeur inattendue. Dès les premières mesures, l’équilibre parfait est définitivement installé, au-delà de l’instabilité interne des accords. Chaque sonorité est pleinement présente, le scintillement perlé des violons et la profonde homogénéité des crescendos, decrescendos renforçant une unité orchestrale pourtant rudement mise à l’épreuve par les tensions harmoniques. Très concentrés, les musiciens et le chef n’ont manqué, ni écorché aucune entrée, aucune sortie, accentuant la cohésion même de l’œuvre et par là sa tension émotive. Même sérieux, même concentration et même présence de l’orchestre pour Chostakovitch. Plus audible pour le public que Ligeti, le Concerto pour violoncelle n°2 enthousiasma davantage la salle niçoise. Il faut dire que l’orchestre et jouaient d’une même voix. S’écoutant, s’attendant, se répondant, ils ont suivi la même ligne d’interprétation conférant à l’œuvre une grande unité. Il n’est pas jusqu’au dialogue de la flûte et du clavier qui ne fut profondément uni, comme s’ils continuaient la conversion du violoncelle, le temps pour lui de reprendre son souffle. Si tant est que ait eu besoin de cela. Sa fougue légendaire ne s’est pas démentie ce soir et la musicalité du solo du second mouvement masqua la technicité qu’il requiert. Il est des musiciens qui vous donnent l’illusion de la facilité, est de ceux-la. Dextérité, technicité, grande maîtrise, mais surtout une âme musicale (surtout dans le bis) qui seule transforme la technique en art.

En revanche la Symphonie n°4 de Schumann fut plus pâle. L’entrée trop «fracassée» donna le ton de l’ensemble qui demeura instable jusqu’à la fin. Sur le thème, l’harmonie était trop en dehors, tandis que les violons ne différenciaient pas systématiquement attaques et accents. Le premier mouvement pâtit d’un léger déséquilibre entre cordes et harmonie, notamment dans une différenciation trop rude des entrées (particulièrement celles des trompettes). Au second mouvement, les legati trop hachés soulignaient un certain télescopage des thèmes amenés trop brusquement. Le début du troisième mouvement fut plus équilibré, même si les violons ont pu éclipser les flûtes au point d’introduire une rupture, témoins de ce qui fut peut être la carence majeur de cette seconde partie du concert, une succession de motifs. Carence qui toutefois ne fit pas oublier la qualité de la première partie.

Crédit photographique : © Jean-Baptiste Mondino

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