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Guidarini dirige Haydn

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Nice. Opéra. 28-II-2009. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n° 38, en ré majeur « Prague » K504. Francis Poulenc (1899-1963) : Concerto pour piano et orchestre. Franz Joseph Haydn (1732-1809), Symphonie n° 104 en ré majeur « Londres » Hob 1/104. Eric Le Sage, piano. Orchestre Philharmonique de Nice. Direction, Marco Guidarini.

Il faut bien reconnaître que passer en une même soirée de Mozart à Poulenc pour revenir à Haydn requiert tout de même une gymnastique psycho acoustique qui, de prime abord, ne va pas de soi. Tout directeur artistique sait toutefois combien il est difficile de programmer et de placer le répertoire du XXe siècle, et que pour jouer des auteurs contemporains et remplir la salle, il vaut mieux «les enrober» de compositeurs au-dessus de tout soupçon ! Néanmoins fallait-il intercaler Poulenc entre deux classiques aussi proches ? Le résultat eut certainement été plus dérangeant si l’interprétation de Poulenc et surtout celle de Haydn n’avaient permis de passer outre la trop radicale rupture d’unité. Et de fait, si la Symphonie «Prague» ne laissera pas un grand souvenir, Poulenc permit une agréable détente avant la démonstration de force de la Symphonie n° 104 de Haydn. En effet, s’il n’y a globalement rien à reprocher au classicisme de la Symphonie n°38 – pourtant si facilement réinterprétée en fonction des lignes romantiques –, l’œuvre pâtie de plusieurs approximations, notamment dans les fins de phrase des bassons ou des contrebasses trop en dehors sur le thème du premier mouvement. Ces légères «bavures» se ressentaient d’autant plus que avait pris le soin de bien marquer cette fine et régulière précision classique. Un vrai travail d’approche du classicisme jusque dans la gestion des trompettes ajustées à la perce de l’époque. Pointe d’exigence qui se retrouva avec excellence pour Haydn. Ce respect du classicisme bien loin d’une récupération romantique ne pouvait que trancher encore davantage avec le concerto pour piano de Poulenc. Fait-on conception orchestrale plus différente qu’entre le XVIIIe siècle même finissant, pré beethovénien et un XXe siècle déjà bien entamé ? Entre un orchestre rigoureux et métrique, où la virtuosité d’ensemble était exclue d’une part et d’autre part une composition qui, malgré la présence d’un soliste, nécessite une grande attention et virtuosité collective pour rendre l’unité de la partition ? Les musiciens du philharmonique de Nice ont jonglé sans difficultés avec les styles et le Concerto pour piano de Poulenc fut tout autant un moment de ravissement. L’attention réciproque de l’orchestre et du piano culmina dans le troisième mouvement par de très belles articulations. La partie, finalement discrète, jouée agréablement par Eric Lesage permit de renforcer cet équilibre délicat entre l’ensemble des pupitres, faisant du piano un instrument de l’orchestre.

Mais le clou de la soirée fut incontestablement Haydn. Indépendamment du traitement un peu plus léger que l’orchestre réserva à Mozart, on pouvait se rendre compte de l’incroyable minutie du travail de Haydn. Du reste, la qualité des applaudissements réservés à l’un ou à l’autre fut suffisamment explicite. Si l’on pourrait regretter, peut être, que n’ait pas davantage accentué la précision rythmique en renforçant la présence des croches, ce n’est que pour mieux souligner l’excellence de cette ultime symphonie du maître d’Esterhazy. Rien de la richesse d’écriture, des surprises, du jeu des tonalités n’a échappé au chef niçois, offrant au public, venu malgré le corso final du carnaval, toute la richesse et la profondeur de la dernière des symphonies londoniennes. Emerveillé le public répondit à ce feu d’artifice musical par un véritable triomphe et de nombreux rappels.

Crédit photographique : Marco Guidarini © DR

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Nice. Opéra. 28-II-2009. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n° 38, en ré majeur « Prague » K504. Francis Poulenc (1899-1963) : Concerto pour piano et orchestre. Franz Joseph Haydn (1732-1809), Symphonie n° 104 en ré majeur « Londres » Hob 1/104. Eric Le Sage, piano. Orchestre Philharmonique de Nice. Direction, Marco Guidarini.

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