Frank Peter Zimmermann, un Britten vaut-il mieux que deux Szymanowski ?

À emporter, CD, Musique symphonique

Karol Szymanowski (1882-1937) : Concertos pour violon n°1 op. 35 et n°2 op. 61 ; Benjamin Britten (1913-1976) : Concerto pour violon op. 15. Frank Peter Zimmermann, violon ; Orchestre Symphonique de Varsovie, direction Antoni Wit (Szymanowski) ; Orchestre Symphonique de la Radio Suédoise direction : Manfred Honeck. 1 CD Sony Classical. Référence et code barre : 88697439992. Enregistré au Berwald Hall de Stockholm en 2004 et au Philharmonique de Varsovie en 2006 et 2007. Notice français, allemand, anglais. Durée : 76’27

 

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Faut-il que Britten soit plus anglais que Szymanowski, ou que l’Orchestre de la Radio Suédoise et soient moins polonais que l’Orchestre Symphonique de Varsovie dirigé par , pour que la pochette mette en avant le compositeur britannique comme principal argument musical ? Pourtant c’est bien dans l’interprétation des deux splendides concertos du compositeur polonais que se trouve la substance musicale de ce disque.

est aussi à l’aise dans le classicisme de Mozart que dans la musique de notre temps, et il fait preuve dans Szymanowski des qualités qui signent les versions de référence. Le Concerto n°1 est une œuvre féérique qui monte jusqu’à extase, la plus accessible peut-être de son auteur, et en comparaison duquel les grands concertos classiques paraissent terriblement terriens. Zimmermann y trouve l’équilibre parfait, déployant un grand style sans devenir décoratif, sensuel sans être alangui, ferme sans sécheresse – défaut par lequel le grand Oïstrakh pêche dans son enregistrement avec Kurt Sanderling. La prise de son légèrement distante, qui place le violon au dessus de l’orchestre et non en avant comme on le ferait d’un soliste, est parfaitement respectueuse de l’esprit de l’œuvre. En effet celle-ci se situe entre le poème symphonique (où le soliste émerge du tissu orchestral) et le concerto (où le soliste s’oppose ou du moins dialogue avec l’orchestre). Zimmermann a le style qui le hisse au-dessus de la concurrence, sans jamais dénaturer l’œuvre par des effets de star. Il reste au service de la musique avant tout. Le Concerto n°2, ultime œuvre de Szymanowski émane une rusticité plus populaire. Sans atteindre les mêmes sommets jubilatoires auxquels elle se refuse explicitement, elle est l’aboutissement de la vie d’un grand créateur. , très inspiré, en osmose avec le violoniste allemand, fait avancer le discours sans briser la magie de cette musique.

On descend d’un cran avec le Concerto pour violon de Britten, composé en 1939 et révisé en 1958. Ecrit en réaction à la guerre civile en Espagne lors d’un séjour au Québec et à Long Island, il est à la fois plus volubile, plus neutre aussi que les deux concertos précédents. Certains accents anticipent de manière troublante le Concerto pour violon n°1 de Chostakovitch composé en 1947-1948 : peu avant l’écriture de son concerto, Britten avait découvert la sulfureuse Lady MacBeth à Londres, ce qui devait initier une profonde affinité artistique et une amitié constante entre les deux hommes.

fait une nouvelle preuve de la probité de sa direction, aussi convaincant dans la période classique (Cosi fan tutte chez Decca) que plus contemporaine (Allan Pettersson chez CPO). Au sein de la discographie, le couplage avec le Concerto pour alto de Walton, choisi par Maxim Vengerov et Mstislav Rostropovitch (EMI) est plus cohérent. Pour Szymanowski, Zimmermann et Wit se situent dans les sommets, au-dessus encore de l’interprétation pourtant idoine de Konstanty Kulka et l’ dirigé par Jerzy Maksymiuk (EMI).

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