François Le Roux & Michaël Levinas, le cœur mis à nu

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Auditorium du Musée d’Orsay. 19-III-2009. Gabriel Fauré (1845-1924) : La Bonne Chanson op. 61 ; Claude Debussy (1862-1918) : Trois ballades de François Villon ; Robert Schumann (1810-1856) : Dichterliebe op. 48. François Le Roux, baryton  ; Michaël Levinas, piano.

C’est le privilège des grands artistes parvenus à maturité d’imprimer leur marque sur une œuvre et d’en révéler ainsi des aspects inconnus. et Michaël Lévinas donnaient de leur programme une lecture extrêmement personnelle : on pouvait en discuter les orientations, mais ni la profondeur, ni la cohérence, ni la sincérité, tous deux terminant le concert visiblement émus. Fruit d’une longue carrière lyrique, en rien limitée à Pelléas et Mélisande, l’éloquence puissante du baryton n’avait rien de déplacé car elle se concentrait en une confidence fébrile qui éclatait soudain en aveux désespérés. Son art du phrasé écartait cependant la tentation d’un simili sprechgesang : la justesse, si délicate dans les mélodies, n’était d’ailleurs jamais prise en défaut, et la fragilité des aigus ne devenait une gêne que dans les passages les plus tendus de Schumann.

A l’évidence, et avaient nourri leur interprétation aux sources littéraires, et ils y puisaient une dimension radicalement pessimiste. Ce choix se justifiait pour les Amours du poète, dont on connaît la teneur corrosive, mais aussi pour La bonne chanson : dans ce recueil offert à sa future femme, Verlaine clame son désir de se ranger, mais laisse entrevoir l’angoisse de retomber dans ses égarements passés. Dans cette perspective, le jeu subtil de écartait toute grâce de salon pour souligner les notes étrangères des accords, donnant à l’instabilité harmonique de Fauré un tour des plus inquiétants. Parallèlement, François Le Roux mettait l’accent sur l’ambiguïté du discours : jamais le «N’est-ce pas ?» n’avait paru aussi inquiet, jamais on n’avait aussi bien entendu, dans «La lune blanche», le vent pleurer dans le saule noir.

Dans la «Ballade de Villon à s’amye», l’indication de Debussy («Avec une expression où il y a autant d’angoisse que de regret») était particulièrement bien rendue, au point qu’on croyait par moments entendre les béances funèbres de La chute de la Maison Usher, son dernier projet lyrique. Dans Schumann, après quelques lieder heureux un peu expédiés, le piano accompagnait sobrement la descente aux enfers d’un poète maudit, sans pouvoir lui prodiguer d’apaisement, même dans le postlude conclusif. Seuls îlots dans cet océan de désespoir, la première mélodie de La bonne chanson, («Une sainte en son auréole») aux jolies couleurs de vitrail, et les deux autres ballades de Villon. La virtuosité narquoise de la «Ballade des femmes de Paris» succédait à une «Ballade que fit Villon à la requête de sa mère pour prier Notre Dame» profondément touchante, à l’image d’un récital d’une rare intensité.

Crédit photographique : François Le Roux © DR

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