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Rattle-Braunschweig, une Walkyrie en haute définition

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Richard Wagner (1813-1883) : Die Walküre. Mise en scène et décors : Stéphane Braunschweig. Costumes : Thibault Vancraenenbrœck. Lumières : Marion Hewlett. Avec : Willard White, Wotan ; Robert Gambill, Siegmund ; Mikhail Petrenko, Hunding, Eva-Maria Westbroek, Sieglinde ; Eva Johansson, Brünnhilde ; Lilli Paasikivi, Fricka ; Joanna Porackova, Gerhilde ; Elaine McKrill, Ortlinde ; Julianna Young, Waltraute ; Andrea Baker, Schwertleite ; Erika Sunnegärdh, Helmwige ; Heike Grötzinger, Siegrunde ; Eva Vogel, Grimgerde ; Anetet Bod, Rossweisse. Orchestre Philharmonique de Berlin, direction : Sir Simon Rattle. Réalisation : Don Kent. 1 Blu-Ray BelAir BAC434, code barre 3 760115304345. Filmé au Festival d’Aix en Provence, en Juillet 2007. Sous-titrage en anglais, allemand, français, italien et espagnol. 16/9, son PCM Stéreo, DTS HD Master Audio 5. 1. Zone All. Notice trilingue (anglais-allemand-français). Durée : 240’

 

Les Clefs d'or

Alors que La Tétralogie de Wagner, programmée dans le cadre du Festival d’Aix, commencée en 2006, touche à sa fin avec la programmation cet été du Crépuscule des Dieux, voici que nous arrive la captation de La Walkyrie de 2007, sans que l’édition intégrale des quatre opéras ne soit clairement annoncée. Contentons nous donc de cet extrait du Ring, mais quel extrait, puisqu’il s’agit sans doute du plus génial et aussi du plus abordable des opéras wagnériens. L’affiche tient du triple événement : une Tétralogie complète, en France et par le prestigieux qui, quarante ans auparavant, faisait ses début d’orchestre de fosse au Festival de Pâques de Salzbourg, dans cette même œuvre, dirigée alors par Karajan.

Succédant à de nombreuses scénographies, cherchant à chaque fois à renouveler sinon révolutionner notre vision de l’épopée wagnérienne, le metteur en scène a manifestement voulu revenir à plus de simplicité et de sobriété, aussi bien dans sa direction d’acteurs que dans sa mise en scène. Ainsi, les personnages plus humains que mythologiques, évoluent dans des décors sobres et fonctionnels, généreusement éclairés ce qui enlèvera un peu de mystère mais permettra de suivre l’action sans attraper une migraine, et astucieusement agencés pour réaliser les quelques indispensables effets scéniques sans tape à l’œil ostentatoire. L’action, comme souvent, se situe dans un espace-temps indéfini, décors, accessoires et costumes mélangeant différentes époques passées ou présentes, nous épargnant au passage la science-fiction. Jouant sur le ni trop, ni trop peu, cette scénographie, un peu statique sauf dans un très réussi début d’acte III, fonctionne sans anicroche, et si elle n’apporte aucune surprise, a l’avantage de ne jamais mettre le texte en porte à faux, et de donner aux chanteurs un maximum de confort leur évitant positions acrobatiques et agitation frénétique peu propices a l’effort vocal surtout dans une œuvre de cette envergure.

Les protagonistes sont assez typiques des plateaux wagnériens actuels, c’est à dire valeureux mais inégaux dans la réussite. Au sommet, la Sieglinde de crève littéralement l’écran par une incarnation subtile, vivante et constamment émouvante, et une prestation vocale impeccable. Son visage formidablement expressif et photogénique passe haut la main l’épreuve du gros plan, ce dont pâtiront le Sigmund de Robert Gambil et la Brünnhilde d’, trop binaire d’expression. Belle prestation également de l’ensemble des huit Walkyries, prenant toute leur part dans la réussite de la Chevauchée intelligemment mise en scène. A un degré moindre de réussite, le Wotan de inspire le respect plus que l’enthousiasme, en partie à cause de tempi un peu lents choisis par le chef, et d’une légère fatigue vocale à l’acte III. Il compose un personnage tout en retenue, un peu extérieur au monde qui l’entoure, plongé dans la réflexion plus que dans l’action. Il se laissera ainsi dominer et manœuvrer par son inflexible et autoritaire épouse fort bien incarnée par Lilli Paasikivi. Un cran en dessous nous placerons Sigmund et Brünnhilde, à la prestation respectable sans plus, et le Hunding de , peu expressif en écoute aveugle, qui compense visuellement par un jeu d’une froideur à glacer le sang.

La grande attraction restait néanmoins la prestation de l’orchestre et de son chef. Pour simplifier on pourrait dire : magnifique orchestre mais inspiration du chef bien limitée. Car la réussite purement orchestrale est patente, avec de magnifiques interventions solistes et des jeux de timbres très réussis dans une optique de transparence du tissu orchestral. Mais la direction de Rattle, plus accompagnement qu’autre chose, favorise à l’évidence la lisibilité mais évacue carrément le drame, échouant dès qu’il faut mettre tension, énergie, fièvre, passion, bref emporter l’auditeur dans le maelström wagnérien. En plus le chef n’est manifestement pas le champion des leitmotivs dont il ne semble pas savoir quoi faire dès que l’écriture les enchevêtre, pourtant un des sommets du génie wagnérien. Tout cela lui fera rater presque systématiquement les grand climax symphoniques joués trop «petits bras» qui plafonnent trop vite (débuts et fin d’actes bien plats en particulier) mais aussi la toute fin de l’œuvre bien prosaïque. La comparaison avec les meilleurs versions (surtout audio mais aussi vidéo avec le Ring de Barenboïm en DVD) est bien cruelle pour Sir Simon, qui a d’incontestables qualités, mais qui a décidément bien du mal à nous emballer complètement ces derniers temps.

Si l’interprétation est globalement surpassable, nous bénéficions avec ce Blu-Ray d’une édition haute définition, qui écrase en qualité d’image et de son toutes les éditions précédentes. Nous avons ainsi un produit parfaitement adapté à une diffusion sur nos très grands écrans modernes (testé en 50″ et en projection sur 2, 40m de base, ça tient formidablement la route alors que la «vielle» version Boulez-Chéreau est de ce point de vue une vrai catastrophe et la Barenboïm juste passable). C’est, avec une merveilleuse Sieglinde, l’atout essentiel et pour le moment sans concurrence cette version qui existe aussi en double DVD chez le même éditeur.

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Richard Wagner (1813-1883) : Die Walküre. Mise en scène et décors : Stéphane Braunschweig. Costumes : Thibault Vancraenenbrœck. Lumières : Marion Hewlett. Avec : Willard White, Wotan ; Robert Gambill, Siegmund ; Mikhail Petrenko, Hunding, Eva-Maria Westbroek, Sieglinde ; Eva Johansson, Brünnhilde ; Lilli Paasikivi, Fricka ; Joanna Porackova, Gerhilde ; Elaine McKrill, Ortlinde ; Julianna Young, Waltraute ; Andrea Baker, Schwertleite ; Erika Sunnegärdh, Helmwige ; Heike Grötzinger, Siegrunde ; Eva Vogel, Grimgerde ; Anetet Bod, Rossweisse. Orchestre Philharmonique de Berlin, direction : Sir Simon Rattle. Réalisation : Don Kent. 1 Blu-Ray BelAir BAC434, code barre 3 760115304345. Filmé au Festival d’Aix en Provence, en Juillet 2007. Sous-titrage en anglais, allemand, français, italien et espagnol. 16/9, son PCM Stéreo, DTS HD Master Audio 5. 1. Zone All. Notice trilingue (anglais-allemand-français). Durée : 240’

 
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