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Le Lac des Cygnes au Mariinsky : Victorieuse

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Saint-Pétersbourg. Théâtre Mariinsky. 18-III-2009. Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : le Lac des Cygnes, ballet en trois actes. Chorégraphie : Lev Ivanov, Konstantin Sergeyev, d’après Marius Petipa. Décors : Simon Virsaladze. Costumes : Galina Solovyova. Avec : Viktoria Tereshkina, Odette-Odile ; Mikhail Kaniskin, le Prince ; Andrei Ivanov, le Bouffon ; Ilya Kuznetsov, Rothbart ; Irina Golub, Nadezhda Gonchar, Maxim Zyuzin, pas de trois ; et le Corps de Ballet du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg. Orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, direction : Mikhail Agrest.

Fer de lance du Mariinsky, le Lac des Cygnes proposé dans le cadre du festival international annuel s’est révélé assez décevant. Le corps de ballet fut tout juste correct, et l’on est surpris de nombreuses fois de constater des décalages entre les différents groupes qui manifestement ne cherchent pas la même cohésion en tous points, en tout instant. Ce défaut serait moindre si un quelconque aspect concerné avait été utilisé ; mais la magie n’opère à aucun instant, et l’on en vient à se remémorer d’autres corps de ballet, moins prestigieux, mais plus valeureux. Même dans la valse des quatre cygnes, quelles saccades et quelle sécheresse cisaillent nos braves cygnes aux jambes toujours plus hautes et à l’allure toujours plus rugueuse.

Très vite, on attend l’expression des solistes, et Mlle Tereshkina, malgré une Odette un peu trop volontaire, et délaissant l’abandon prévisible au rôle, se révèle absolument conquérante, triomphatrice et triomphale dans Odile. Enfin, une respiration naturelle de la musique, avec les frissons coutumiers, que ce soit la variation d’Odile, ses fouettés et la gloire de sa séduction. Aucune faille technique et une sûreté à toute épreuve, maîtrise d’un corps assez frêle et d’aspect fragile, on est là enfin dans la lignée du mythe du Kirov.

Autre point très positif, le Prince incarné par , qui campe un personnage bien éloigné de nos contraintes noureeviennes : il est bien plus dans la fleur de l’âge et insouciant, éloigné des canons de mélancolie auquel Noureev s’attache dans sa version parisienne. Il y a un moment absolument fabuleux, dans le premier acte, quand il se rit, avec ses amis et le bouffon, du précepteur ivre, et la gravité dont soudain il est animé par la concrétisation de son proche avenir ; son arbalète lui est offerte, et comme la rose d’Aurore, le casse-noisette de Clara, il accède par cet objet transitionnel, à la prise de ses fonctions royales ; un mariage doit rapidement se réaliser, et ce d’autant plus que la figure paternelle ne semble plus présente dans ce royaume où les plaisanteries et les danses de l’enfance au sein d’une cour préservée s’efface devant les obligations de la couronne. C’est cela qui est admirablement bien rendu par M. Kaniskin, car sa danse est, bien très propre, assez peu exaltante ; mais son jeu et l’interaction avec son environnement, et ensuite Odile, modélisent le ballet sur la longueur et occultent les carences de ce même environnement.

Le bouffon, illustré par , est d’un savoir-faire hallucinant, et il n’y a peut être que les russes qui savent monter de tels prodiges qui tournent à n’en plus voir le visage, qui sautent autour d’un axe que l’on pourrait matérialiser, et qui maîtrisent parmi les pas les plus alambiqués et toutefois très conventionnellement achevés. De même, un Rothbart qui imite à la perfection les cygnes qu’il assujettit, sans défaillir aux rudesses des pas. Apparemment très apprécié, le délire qu’engendre occasionne tout de même une certaine lassitude, tant il paraît présumable que le moindre effet pyrotechnique sera acclamé. Bien conscient de l’importance que revêt au spectateur de voir le Lac dans son théâtre originel (dans la version de Petipa, du moins), on n’en attendait pas moins du corps de ballet d’être impeccable, et du public d’être plus prompt à obéir aux injonctions préalables demandant de ne pas prendre des photographies aux flashs, qui ruinèrent visuellement pas moins que les second et quatrième tableaux.

Crédit photographique : V. Tereshkina et M. Kaniskin ; © N. Razina

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Saint-Pétersbourg. Théâtre Mariinsky. 18-III-2009. Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : le Lac des Cygnes, ballet en trois actes. Chorégraphie : Lev Ivanov, Konstantin Sergeyev, d’après Marius Petipa. Décors : Simon Virsaladze. Costumes : Galina Solovyova. Avec : Viktoria Tereshkina, Odette-Odile ; Mikhail Kaniskin, le Prince ; Andrei Ivanov, le Bouffon ; Ilya Kuznetsov, Rothbart ; Irina Golub, Nadezhda Gonchar, Maxim Zyuzin, pas de trois ; et le Corps de Ballet du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg. Orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, direction : Mikhail Agrest.

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