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Il Falla le faire !

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 25-III-09. Béla Bartók (1881-1945) : Concerto pour piano et orchestre n° 3 sz 119. Alberto Ginastera (1916-1983) : Variations concertantes op. 23. Manuel de Falla (1876-1945) : El amor brujo (version 1925). Elena Bashkirova, piano. Ginesa Ortega, cantaora flamenca. Orchestre de Paris, direction : Josep Pons

Les relations franco-espagnoles ont historiquement été orageuses et complexes, à l’aune d’une double tragédie : la France de Napoléon commettait le crime de la guerre d’Espagne, puis un siècle et demi plus tard l’Espagne post-franquiste abandonnait au peu idiomatique chef suisse Charles Dutoit et à l’Orchestre Symphonique de Montréal le champ libre pour s’approprier la musique de . On se lasse de tout, même du plaisir pervers qui consiste à faire croire aux francophones que Charles Dutoit est la référence dans el amor brujo, et l’Espagne laissa parler son cœur et sa fierté. C’est alors qu’arriva . Ses enregistrements de l’œuvre de Falla avec l’Orchestre de chambre du Théâtre Lliure chez Harmonia Mundi dans les années 1990 firent l’effet d’une bombe, c’était l’Espagne rendue à elle-même, flamboyante et gitane, et était sa cantaora – une chanteuse flamenca à la place d’une mezzo-soprano. On n’avait jamais entendu un Falla aussi fort depuis El amor brujo gravé en 1951 par Ataúlfo Argenta avec l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire (fugitivement réédité chez EMI, notamment dans le coffret « Les Introuvables de »). Enfin !

On retrouvait ce soir le même duo Pons/Ortega, non pas dans la rare version pour orchestre de chambre de 1915 qui avait été choisie pour le disque, mais dans l’ultime version pour orchestre symphonique de 1925. L’ était superbe de précision et de tension, renouant avec la fougue primitive du Sacre du Printemps. Le chef et l’orchestre coalisés parvinrent même à imposer silence à l’Amicale des Bronchiteux, dont l’importante et active délégation avait été conviée par la Direction de Pleyel à tenir sa convention annuelle. Malheureusement l’impact de cette glorieuse victoire fut amoindri par une panne de l’amplification de la voix de . La cantaora disposait bien d’un micro mais il était inopérant, l’imposant effectif orchestral et la taille de la salle absorbant son chant comme de la ouate. On pouvait percevoir que son chant avait tout le caractère requis, mais on ne pouvait le ressentir physiquement. L’enregistrement effectué de ce concert permettra de retrouver l’équilibre sonore qui manquait ce soir.

Données à Toulouse par Pons plus tôt ce mois-ci les Variations Concertantes de l’Argentin , composées en 1953, remplirent leur office de morceau de bravoure, mettant en avant les solistes des différents pupitres – les bois et les vents se distinguèrent particulièrement – et de faire une bonne transition entre Falla et Bartók.

C’est en fait dans la première œuvre donnée ce soir, le Concerto pour piano n°3 de Bartók avec , que se trouvèrent les plus hautes satisfactions. La pianiste, formée par son propre père au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou, a gardé de ces années de formation une rigoureuse musicalité. Décontractée et dynamique dans les premiers et derniers mouvements, elle fut très concentrée et d’une expression décantée dans l’Adagio religioso qui constitue le cœur – dans tous les sens du terme – du concerto. L’entente entre le chef et la pianiste, leur naturel dans ce répertoire était manifeste, rappelant utilement que le répertoire de ne se limite pas à la musique hispanique ou d’Amérique du Sud.

Crédit photographique : Ginesa Ortega © Triste y Azul

 

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