Le Château des Carpathes, la voix, jusqu’à la mort

La Scène, Opéra, Opéras

Rennes. Théâtre National de Bretagne. 02-IV-2009. Philippe Hersant (né en 1948) : Le Château des Carpathes, opéra en 2 scènes et 1 prologue, sur un livret de Jorge Silva-Melo. Mise en espace : Michel Rostain. Avec : Karen Wierzba, la Stilla ; Sophie Pondjiclis, l’Aubergiste ; Marc Haffner, Franz de Télek ; François Le Roux, le Baron de Gorz ; Bernard Bloch, Orfanik. Orchestre de Bretagne, direction musicale : Laurent Petitgirard.

C’est dans le cadre inhabituel du TNB que l’Opéra de Rennes et l’Orchestre de Bretagne nous offrent l’opportunité de retrouver Le Château des Carpathes, opéra de . Créé à Montpellier en 1992, l’œuvre avait aussitôt été saluée comme une réussite majeure, du fait de l’efficacité de la construction du livret, de la qualité de l’écriture vocale et d’une orchestration inventive et raffinée. Le choix d’une simple mise en espace ne constitue pas un handicap pour un ouvrage d’une telle force dramatique. Michel Rostain a de plus réalisé un travail d’une grande finesse, sachant s’effacer pour mieux laisser vibrer la voix et l’orchestre.

Avant que ne débute la représentation, nous assistons aux derniers préparatifs de la Stilla dans sa loge. Ce soir, elle donne son dernier récital au San Carlo de Naples, avant de renoncer au chant pour épouser Franz de Télek. Lorsqu’elle apparaît sur scène pour chanter son lamento, son image est filmée et projetée en direct. Puis, lorsqu’elle s’effondre, à la fin du prologue, l’écran d’avant-scène se lève sur l’orchestre et les solistes. Nous assistons alors à une version de concert, avec projection du texte à l’arrière-plan. Dans la seconde scène, Stilla fait son retour, avec le même dispositif que pour le prologue. Pour le final, c’est à la seule puissance orchestrale qu’il revient d’évoquer l’effondrement du château.

La distribution vocale donne toute satisfaction. chante son lamento avec musicalité et émotion ; le timbre est prenant mais l’aigu parfois trémulant. fait oublier ses devancières dans le rôle capital de l’aubergiste, en laquelle se concentrent toutes les angoisses et toutes les croyances ancestrales. Son masque tragique et les superbes couleurs de son mezzo impressionnent tout autant que la délicatesse avec laquelle elle aborde sa chanson Ist’s dein Wille. offre à Franz un timbre clair et une diction châtiée, tandis que réinvente le personnage du baron. Alors que , créateur du rôle, imposait une présence physique massive et un masque démoniaque, son successeur en propose une image aristocratique et tourmentée. Sa musicalité racée et son intelligence du texte font merveille dans cette perspective. Le comédien , en dépit d’une sonorisation maladroite, apporte une silhouette et une voix adéquates à Orfanik, l’assistant du seigneur.

Laurent Petitgirard sert un compositeur et un ouvrage qu’il admire avec autant de précision que d’élan. Chaque trait de la partition est appréhendé dans une lecture qui excelle tant dans la mise en valeur de délicats passages solistes que dans la puissance des envolées symphoniques. L’orchestre de Bretagne, dont la qualité n’est plus à souligner, répond à toutes ces sollicitations avec une discipline remarquable et une grande plénitude sonore. Tous les solistes sont à l’honneur, avec mention pour le violoncelliste et le timbalier . Au salut final, le véritable triomphateur de la soirée, , monte sur scène pour recevoir sa juste part des ovations d’un public conquis.

Crédit photographique : (La Stilla) © Théâtre de Cornouailles

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