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Klaus Huber : le chantre expert de toute nation

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Klaus Huber (né en 1924) : Miserere Hominibus, pour sept chanteurs et sept instrumentistes ; Agnus dei cum Recordatione, Hommage à Johannes Ockeghem, pour quatre chanteurs, luth et deux vièles. Jean-Luc Menet, flûte ; Isabelle Daups, harpes ; Olivier Voize, clarinettes ; Pierre-Henri Xuereb, alto/viole d’amour ; Caroline Delume, guitare/théorbe ; Walter Grimmer, violoncelle ; Nicolas Crosse, contrebasse ; Gérard Siracusa, percussions ; Svava Bernardsdottir, Igor Pomykalo, vièles ; Jérôme Blum, luth. Ensemble vocal Les Jeunes Solistes. Direction Rachid Safir. 1 CD Soupir éditions. Code barre et référence : 0826596012162. Enregistré le 17 et 18 février 2008 à l’église Notre-Dame du Liban / Paris (Miserere Hominibus) et le 28 août 1992 à la collégiale Saint-Martin de Champeux (Agnus dei). Notice trilingue (français, anglais, allemand). Durée : 54’36’’

 

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C’est pour l’ensemble Les Jeunes Solistes avec qui il collabore depuis de nombreuses années que le compositeur suisse a composé les deux œuvres gravées dans cet album somptueux. Elles situent très exactement la sphère inspiratrice du musicien porté vers l’expression spirituelle et intérieure dont la voix et les petites formations instrumentales sont le medium idéal. S’y révèle également la singularité d’un langage issu du post-sérialisme webernien que le compositeur ne cessera d’enrichir au contact des modèles du passé et de la musique arabe dont il utilise depuis 1990 les différentes échelles en tiers de ton.

À l’instar des musiciens du Moyen Âge, Huber ajoute à la prière latine des textes de son choix dans diverses langues (ses «tropes») lui permettant de diversifier les traitements musicaux. Dans l’Agnus Dei cum Recordatione, hommage à Johannes Ockegehm, il met en perspective le chant des deux ténors évoluant à l’aune raffinée des «bicinia» franco-flamands et le «stile agitato» d’un soliste accompagné de la vièle sur un texte (traduit en «moyen français») du musicien allemand .

De plus grande envergure, Miserere Hominibus pour sept chanteurs et sept instrumentistes mêle également plusieurs langues – celles d’Octavio Paz, Jacques Derrida, Mahmoud Darwich et Carl Amery – alternant avec les psaumes en latin et à sept voix : l’idée de»troper» la parole religieuse avec des textes modernes est une façon d’aborder «la problématique d’un Miserere dans une époque sans Dieu». Comme dans l’Agnus dei, Huber oppose la temporalité étirée de la sphère religieuse à des épisodes plus colorés où les mondes instrumental et vocal s’imbriquent en une écriture très ciselée et une expression pénétrante. L’intégration très subtile des échelles «détempérées» dans la texture musicale témoigne d’une des oreilles les plus fines de notre temps.

Il fallait le talent vocal et artistique des Jeunes Solistes et la ferveur de leur chef pour révéler cet univers personnel autant que raffiné et en livrer l’intensité des couleurs et le message humaniste.

 

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