Concerts, La Scène, Musique symphonique

Strauss & Mahler par Yannick Nézet-Séguin

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Bruge. Concertgebouw. 18-III-2009. Richard Strauss (1864-1949) : Tod und Verklärung op. 24 ; Gustav Mahler (1860-1949) : Symphonie n°5 en do dièse mineur. Orchestre philharmonique de Rotterdam, direction : Yannick Nézet-Séguin.

Depuis 2002, les mélomanes brugeois profitent d’un outil de représentation ultra-polyvalent, apte à accueillir des spectacles de musique de chambre, des concerts symphoniques ou encore des représentations d’opéras, le tout dans des conditions optimales propres à chacune de ces formes de spectacle. Le Concertgebouw de Bruges, édifice entièrement couvert de tuiles de terre cuite, dialogue aisément avec le patrimoine ancien de la ville par un intelligent partage du matériau et des couleurs. La simplicité et la rigueur de l’enveloppe extérieure du bâtiment se prolonge à travers les espaces intérieurs par un traitement minimaliste des surfaces, tendant vers une austérité plutôt sévère. La salle de concert s’exprime intégralement en noir et blanc, animée par les ondulations de panneaux de plâtres recouvrant les balcons, destinés à diffuser le son de manière homogène. L’acoustique y est une réussite : très claire, tout en préservant une réverbération suffisamment maîtrisée pour conserver un aspect chaleureux au son.

A Bruges, au-delà de l’architecture, l’on pouvait apprécier, ce samedi, l’, emmené par Yannick Nézet-Séguin, successeur depuis 2008 de Valéry Gergiev au poste de directeur musical. Ce jeune chef d’orchestre a fait ses armes à Montréal, auprès de formations symphoniques, mais aussi en fosse, avant de commencer à faire connaître son nom auprès des grandes formations européennes. Il présente en ce début de concert Tod und Verklärung, le poème symphonique de Strauss qu’il a enregistré en 2007 avec les musiciens de Rotterdam, alors qu’il n’était encore que chef invité. Il fait la démonstration, à travers ces pages, d’un talent narratif solide. Nézet-Séguin matérialise avec soin chaque couleur de son tableau et fait progresser son orchestre dans une lente marche vers la lumière, qui s’avère très convaincante. Le pupitre de bois est encore un peu vert, mais mis à part cette réserve, la phalange s’avère en grande forme. Cuivres rutilants et cordes sensuelles participent pleinement de cette réussite.

La Symphonie n°5 de Mahler achève de confirmer l’excellence du pupitre de cuivres de cette formation. Les sonneries de trompettes ouvrant la partition sont prudemment mais proprement articulées, bien que le chef d’orchestre dirige ses effectifs à travers une gestuelle caricaturale, digne d’un film de cape et d’épées. Celle-ci, convaincante dans la marche funèbre, sobre et stylée, ne permet aux musiciens d’éviter un naufrage dans la tempête du second mouvement. Le chef appuie assez maladroitement les détails de la partition, déstructurant au final l’ensemble du discours musical. Le scherzo va tout de même permettre de réunir les musiciens, menés par le cor solo, magistral dans ses interventions. L’Adagietto achève enfin de faire redescendre la tension installée en début de symphonie. Par des phrasés étirés à l’extrême, l’émotion suscitée par la romance, rendue célèbre par le film de Visconti, cède hélas sa place à l’ennui. Le chef d’orchestre reviendra heureusement à une direction plus efficace dans le rondo-finale, se permettant même une conclusion dans un tempo endiablé, pleinement assumé par les musiciens. Cet instant jubilatoire offre au public l’occasion d’ovationner l’orchestre et son chef, malgré une prestation en demi-teinte.

Crédits photographiques : © Pierre Dury

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Bruge. Concertgebouw. 18-III-2009. Richard Strauss (1864-1949) : Tod und Verklärung op. 24 ; Gustav Mahler (1860-1949) : Symphonie n°5 en do dièse mineur. Orchestre philharmonique de Rotterdam, direction : Yannick Nézet-Séguin.

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