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Onirique abbatiale… Musiques de la Cité interdite

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Essômes-sur-Marne. Eglise Abbatiale Saint-Ferréol. 02-V-2009. Concert baroque à la Cité Interdite. Joseph Marie Amiot (1718-1793) : Troisième divertissement chinois ; Paolo Papini (publié en 1598) : Ardente deiserio di morir in quella santa casa ; Matteo Ricci (?-?) : chansons avec instrument occidental, n°4 Forza e influsso della virtù ; n°2 Il pastore che cambia di collina ; n°6 Indifferenza di cuore ; Teodorico Pedrini (1671-1746) : Sonate en sol majeur, la Passe du soleil ; Lodovico Buglio (1606-1682) : Concede ; Wu li (1632-1718) : Strophes musicales en louange à la Sainte Mère ; Anonyme aux Philipinnes : Vuestra soy para vos naci…. Fleur de Prunus : Lai Longhan, flûte dizi ; Wang Weiping, chant et pipa ; Shi Kelong, chant et percussions ; François Picard, orgue à bouche, flûte xiao et direction. XVIII-21 Le Baroque Nomade : Jean-Luc Ho, clavecin ; Rémi Cassaigne, théorbe ; Jonathan Dunford, viole de Gambe ; Cyrille Gerstenhaber, soprano. Direction et flûte traversière : Jean-Christophe Frisch

Festival Jean de La Fontaine

Après Les Préludes de Sablé qui nous invitaient la semaine dernière à se laisser charmer par les lumières du XVIIIe siècle à la croisées des chemins entre le baroque et le romantisme, voici que le Festival Jean de La Fontaine à Château-Thierry nous invite à la croisée des chemins du monde, lieu de toutes les rencontres possibles.

«Croisements» est le thème retenu par ce festival. Et ce soir, c’est une rencontre avec des grands voyageurs du XVIIe siècle dont les aventures semblent des fables ou des contes, enrichissant la culture baroque des multiples merveilles d’un monde fantasmé et fascinant. L’ensemble XVIII-21, le , dirigé par Jean-Christophe Frisch, a tracé le sillage qui conduira les festivaliers pendant un mois.

Le nom de l’ensemble parle en lui-même. Dans le programme proposé ce soir, il nous conduit vers cette Cité Interdite qui fascinait, depuis Marco Polo, tous les voyageurs d’un monde en quête de nouveaux horizons. Cette rencontre des voyageurs avec cette Chine à la culture plusieurs fois millénaire vient apporter une couleur toute particulière à la musique baroque. Démontrant par ailleurs combien la Chine, qui fut si résistante aux apports extérieurs en se protégeant, ne pouvait que nous enrichir.

Dès le début du concert, et malgré le froid glacial qui régnait dans la magnifique abbatiale Saint-Ferréol, la percussion qui tinte les heures de la nuit, nous ouvre à un monde aux sonorités dont la sérénité semble celle d’un pays qui a tant fait rêver les voyageurs, pays céleste, irréel jusqu’à dans ces infimes pianissimi de ces sons d’ailleurs. Accompagner de musicien(ne)s d’origine chinois(e)s de l’ensemble Fleur de Prunus dirigé par François Picard, XVIII-21 dans un échange permanent a su réchauffer nos cœurs et nos âmes en parvenant en parfaits conteurs à évoquer l’illusion baroque de la Cité Interdite.

Ils ont redessiné les calligraphies fantasmagoriques de contrées proches et lointaines, passant de la musique pastorale de la sonate en sol majeur de Pedrini où la flute enchantée et élégiaque de fait merveille, à des marches militaires aux percussions sauvages et folles, évocatrices des périls inconnus et si fascinants. Mystérieuse étrangeté du texte dit en chinois par Shi Kelong à la voix et à la prosodie qui nous fait percevoir le drame intérieur qui ravage ce conte de berger (si le cœur est en paix, partout suivra la joie/si le cœur est troublé, partout suivra la tristesse … aller vers l’extérieur ne sert à rien/le profit est chez soi. ) enseignant la même sagesse que les «Deux Pigeons».

Tous les instrumentistes on pu bénéficier de morceaux solos interprétés avec un réel plaisir et une note de fantaisie, donnant du bonheur et de la joie au milieu des périls du voyage. Et ce bonheur des musiciens a soutenu avec précision la voix claire et lumineuse et pourtant parfois si âpre dans ses expressions et ses couleurs de Cyrille Gerstenhaber. Elle sait avec un art théâtral et vocal consommé évoquer les peines, les émois et l’abandon comme dans cet air anonyme philippin aux couleurs plus hispaniques (Je suis à vous, je suis née pour vous…) ou dans Concede ou dans Ardente desiderio… Tandis que le chant tout en douces et délicieuses nuances de Wang Weiping qui s’accompagne elle-même au pipa nous mène aux rivages du pays du matin calme, nous ouvre la voie du renoncement et de la paix intérieure.

Un bien beau programme qui a su nous montrer combien la rencontre des cultures peut nous enrichir dans le respect de la différence.

Crédit photographique : , François Picard & Wang Weiping © Pierre Majek

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Essômes-sur-Marne. Eglise Abbatiale Saint-Ferréol. 02-V-2009. Concert baroque à la Cité Interdite. Joseph Marie Amiot (1718-1793) : Troisième divertissement chinois ; Paolo Papini (publié en 1598) : Ardente deiserio di morir in quella santa casa ; Matteo Ricci (?-?) : chansons avec instrument occidental, n°4 Forza e influsso della virtù ; n°2 Il pastore che cambia di collina ; n°6 Indifferenza di cuore ; Teodorico Pedrini (1671-1746) : Sonate en sol majeur, la Passe du soleil ; Lodovico Buglio (1606-1682) : Concede ; Wu li (1632-1718) : Strophes musicales en louange à la Sainte Mère ; Anonyme aux Philipinnes : Vuestra soy para vos naci…. Fleur de Prunus : Lai Longhan, flûte dizi ; Wang Weiping, chant et pipa ; Shi Kelong, chant et percussions ; François Picard, orgue à bouche, flûte xiao et direction. XVIII-21 Le Baroque Nomade : Jean-Luc Ho, clavecin ; Rémi Cassaigne, théorbe ; Jonathan Dunford, viole de Gambe ; Cyrille Gerstenhaber, soprano. Direction et flûte traversière : Jean-Christophe Frisch

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