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Paulin Bündgen, contre-ténor

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Paulin Bündgen est un jeune contre-ténor à l’aube d’une carrière prometteuse. Soliste apprécié des plus grands, il a aussi créé son ensemble Céladon afin d’aborder le répertoire du XVIIe qui lui tient particulièrement à cœur. Si, bien souvent on peut avoir tendance à prononcer son prénom à l’espagnole, il est d’origine allemande et italienne, mais c’est le répertoire anglais qui le fascine et l’attire le plus. Il évoque pour ResMusica son travail autour de son dernier CD, ses projets personnels comme ceux de son ensemble.

Notre dossier : Art lyrique

 

ResMusica : Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
 : C’est qui le premier m’a appelé il y a cinq ans environ, me permettant ainsi de faire de la musique ancienne sur scène. J’ai commencé en autodidacte, je voulais faire de l’orgue ou du clavecin, mais il n’y en avait pas à l’école de musique de Montbrison où je me trouvais. J’ai commencé à prendre des cours de chant après avoir entendu la voix de Gérard Lesne dans le Magnificat de Bach. Cela a été une révélation, un coup de foudre pour sa voix. J’ai essayé, le timbre était là et mes parents m’ont encouragé. J’ai fait le parcours traditionnel CNR et CNSM de Lyon. C’est lors de mes premiers concerts que j’ai le plus appris. J’ai débuté comme choriste chez , avec qui j’ai fait plusieurs tournées et concerts. Et puis en parallèle, j’ai passé des auditions pour être soliste, chez Garrido, Tubéry, et c’est ce dernier qui m’a appelé pour un Stabat Mater de Vivaldi qui ne s’est finalement jamais fait. Mais je suis toujours très fier de cette marque de confiance. Puis il m’a rappelé pour d’autres choses, très vite, en particulier pour chanter les parties solistes au sein du Chœur de chambre de Namur. J’y ai fait des cantates de Bach, de Pachelbel, des messes de Lambert de Sayve. Je suis également rentré chez Doulce Mémoire où j’ai une place de contre-ténor officielle. Je chante également pour les ensembles Clément Janequin, Akadémia ou encore Elyma. Comme c’est un petit milieu, de fil en aiguille, je me suis retrouvé à travailler un petit peu partout, mais surtout dans les ensembles qui font de la musique Renaissance. Ce n’est en aucun cas une volonté délibérée de ne pas faire du baroque, c’est juste que cela ne s’est pas fait au début. Et c’est grâce au Concert de l’Hostel Dieu, l’ensemble lyonnais dirigé par Franck-Emmanuel Comte, que j’ai chanté mon premier Magnificat de Bach avec Howard Crook, interprétant avec lui le duo qu’il chantait quinze ans auparavant avec Gérard Lesne. Cette année, je vais faire avec cet ensemble le Messie de Haendel, des choses beaucoup plus baroques. Mon répertoire balaie une période large. Pour le XVIIe, c’est principalement avec l’ensemble que j’ai créé, Céladon, que je l’aborde.

RM : Donc Céladon, c’est pour aborder le répertoire que l’on ne vous offrait pas ailleurs ?
PB : Oui. Au départ, c’était pour pouvoir faire quelques concerts avec des ami(e)s et puis, petit à petit, c’est devenu quelque chose d’important pour moi, avec l’envie de le professionnaliser. Cela a mis dix ans, car j’avais mon parcours à gérer en tant que chanteur, ce qui m’a d’ailleurs permis des contacts. Céladon m’a offert la possibilité de tester la formule récital. Mais l’essentiel est de pouvoir faire des répertoires comme Cazzati, ou Coprario. Pour Céladon, j’ai trouvé dans les bibliothèques des répertoires pas forcément inédits mais peu joués. L’objectif de Céladon, c’est de pouvoir chanter la musique pour voix d’alto (pour contre-ténor, ou pour une voix féminine).

RM : Pouvez-vous nous parler de la rencontre des duos sur le Coprario ?
PB : Il y a quelque chose d’assez étonnant dans la fusion des deux timbres. Avec Anne Delafosse-Quentin, quand on s’est rencontré il y a douze ans, on s’est dit qu’il fallait qu’on chante ensemble. On a fait plusieurs programmes, avec Les Jardins de Courtoisie (son ensemble) ou le mien. Et quand on a voulu enregistrer Coprario, on a tout de suite pensé à conserver cette formule avec les deux ensembles qu’on a proposée à Zig Zag Territoires. Notre projet leur a plu immédiatement. On est conscient des qualités qu’on peut avoir et des faiblesses qu’on peut améliorer, c’est ce qui fait qu’il y a quelque chose d’assez fort dans notre vision de ces duos qui nous séduisent toujours, même après avoir fait le disque.

RM : N’est-ce pas plutôt un programme de concert ?
PB : Peut-être… Mais Coprario est une musique extrêmement délicate à interpréter. L’écriture des voix y est très complexe, très écrite. Pour le premier concert, on était d’ailleurs extrêmement paniqué ! On s’y libère grâce au timbre que l’on propose. Et puis on est accompagné par des instrumentistes qui soutiennent vraiment les voix, qui font le texte avec nous. Notre entente est parfaite. J’espère pouvoir donner ce programme à Paris !

RM : Comment s’est construit ce programme ?
PB : Nous avons eu assez vite envie de rajouter des instruments supplémentaires à ce qui était proposé par le compositeur, comme cela se faisait à l’époque, afin d’étoffer l’accompagnement des deux voix. Nous avons donc fait écrire des parties intermédiaires (pour les violes de gambe) qui n’existaient pas, par Caroline Huynh Van Xuan, la claveciniste de l’ensemble Céladon. Il faut préciser que Coprario était compositeur à la cour pour les violes et les luths. Dans ce projet, nous avons d’abord abordé les duos de Funeral Teares, puis les Songs of Mourning.

RM : Le sujet de ce CD est la mélancolie, n’êtes-vous pas jeune pour l’aborder ?
PB : Un petit peu, si, c’est vrai… Mais ce qui est effrayant, c’est avant tout la prononciation ! J’ai la chance de parler assez bien l’anglais, ce n’est pas une langue évidente à chanter. Et puis nous devions nous démarquer des interprètes précédents, comme Alfred Deller ou Emma Kirby qui restent quand même des références. C’est un peu dur de passer après de tels artistes. On s’est dit qu’on pourrait apporter une couleur différente grâce à une prononciation différente. On a fait ce travail avec Paul Willenbrock, un des chanteurs de l’Ensemble William Byrd, qui s’est vraiment intéressé à la prononciation XVIe/XVIIe de l’anglais et grâce à cette démarche, nous pensons apporter quelque chose de nouveau. Ce sont des sonorités très différentes, très proches du français, d’ailleurs. On me dit que j’ai une voix assez mélancolique. Je n’ai donc pas besoin de me forcer beaucoup pour être dans une couleur très pessimiste. C’est d’ailleurs Denis Raisin-Dadre qui me dit souvent de mettre un peu de soleil dans ma voix. Les voix de contre-ténor dégagent en général quelque chose d’assez mélancolique, à part quelques uns comme Dominique Visse qui est dans une autre esthétique.
Mais me plonger dans cette morbidité, c’est comme tenir un rôle. On n’a jamais la voix de ce que l’on est dans la vie. Je suis plutôt quelqu’un d’optimiste.

RM : Quels sont vos projets ?
PB : J’ai une année extrêmement chargée. Je fais faire une tournée en Asie avec Doulce Mémoire pendant un mois, à Taïwan, pour créer un projet de musique du XVe siècle avec des ballets chinois. Ce devrait être quelque chose d’assez incroyable. D’un côté Doulce Mémoire, et de l’autre les musiciens chinois et les ballets. Il y aura une mise en scène et des costumes du costumier de Tigre et Dragon ! A partir de décembre, je vais faire Ottone dans le Couronnement de Poppée avec Jérôme Corréas. J’ai aussi pas mal d’enregistrements. Je viens d’en terminer un avec Doulce Mémoire, sur des chansons Renaissance éditées par Pierre Attaignant. En général, je fais quatre à cinq disques par an, ce qui est une grande chance, je l’avoue. Concernant Céladon, une chose me parait très importante, notre résidence en compagnie des Jardins de Courtoisie au centre scolaire Jean-Baptiste de La Salle à Lyon. Nous terminerons cette année notre saison lyonnaise avec un concert Haendel, à la fois pour fêter les dix ans de Céladon et le 250e anniversaire de la mort de ce compositeur.

RM : Donc vous allez débuter à l’opéra cette année ?
PB : J’ai déjà chanté dans la Calisto de Cavalli le rôle d’Endimione, au Théâtre du Loup à Genève avec Stephan MacLeod et son ensemble. Pour Ottone, j’ai longtemps hésité avant de passer les auditions mais je me suis laissé convaincre. Je pense qu’au niveau tessiture, le rôle est parfait, et vraiment intéressant. Ottone est un rôle qui mérite d’être défendu, car souvent les contre-ténors soulignent son côté un peu veule et lâche, mais je pense qu’il n’a pas les mêmes armes que les autres personnages pour se battre. Il n’a pas la séduction de Poppée, la toute-puissance de Néron ou l’intelligence de Sénèque. Je veux faire un Ottone très humain.

RM : Quel rôle vous fait rêver ?
PB : Oberon dans Le Songe d’une Nuit d’Eté de Britten. C’est le premier opéra vraiment composé officiellement pour un contre-ténor. Avant, on écrivait principalement pour des castrats et l’on ne sait pas toujours quels étaient les rôles des contre-ténors. Oberon dans le Songe, c’est à la fois un rôle très irréel, très lunaire et pourtant très concret. Et puis j’aime la culture anglaise. J’aime par exemple énormément l’adaptation de la Tempête par Peter Greenaway dans le film Prospero’s Books. Britten, c’est vraiment la quintessence de tout cela. Et il y a également le rôle d’Apollon dans Mort à Venise, également composé par Britten. Un rôle court, mais magnifique. J’aimerais bien aussi chanter Haendel, plutôt Tolomeo par exemple, les rôles de méchants et aussi Orlando Furioso. Mais pourquoi pas un jour monter un petit opéra avec Céladon, mais dans le très long terme…

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Paulin Bündgen est un jeune contre-ténor à l’aube d’une carrière prometteuse. Soliste apprécié des plus grands, il a aussi créé son ensemble Céladon afin d’aborder le répertoire du XVIIe qui lui tient particulièrement à cœur. Si, bien souvent on peut avoir tendance à prononcer son prénom à l’espagnole, il est d’origine allemande et italienne, mais c’est le répertoire anglais qui le fascine et l’attire le plus. Il évoque pour ResMusica son travail autour de son dernier CD, ses projets personnels comme ceux de son ensemble.

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