Concerts, La Scène, Musique symphonique

West Side Story gagne toujours à la fin

Plus de détails

Paris. Salle Pleyel. 05-VI-2009. Leonard Bernstein (1918-1991) : Sérénade d’après « le Banquet » de Platon, pour violon solo, cordes, harpe et percussions ; West Side Story, danses symphoniques. Ernest Chausson (1855-1899) : Poème de l’amour et de la mer op. 19. Svetlin Roussev, violon ; Waltraud Meier : mezzo-soprano ; Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Myung-Whun Chung

Encadrer le Poème de l’amour et de la mer de Chausson par deux œuvres de est plutôt étonnant au premier abord, tant diffère le style des deux compositeurs. C’est donc ailleurs qu’il faut chercher la cohérence du programme de ce concert, dans la thématique des œuvres choisies, toute orientée sur l’illustration de l’Amour. Eloge de l’amour pour commencer, avec la Sérénade basée sur Le banquet de Platon, où Bernstein met en musique cinq discours sur l’amour prononcés lors du fameux banquet. Pour finir par la plus célèbre histoire d’amour du monde occidental, Roméo et Juliette, génialement réactualisée dans les années cinquante pour devenir West Side Story. Et entre les deux, le Poème de l’amour et de la mer de Chausson.

S’il n’y avait ce découpage en cinq mouvements sensiblement différent du classique concerto, la Sérénade pour violon solo, cordes, harpe et percussions de Bernstein aurait pu tout aussi bien s’intituler Concerto tant le jeu du soliste et ses rapports avec le reste de l’orchestre relève typiquement du concerto. Créée en 1954 par Isaac Stern et l’Orchestre Philharmonique d’Israël dirigé par le compositeur, cet œuvre originale et très réussie mérite amplement d’entrer dans le répertoire et nous ne pouvons qu’applaudir l’initiative des interprètes de ce soir. Néanmoins, comme il a été récemment constaté dans ces colonnes, les orchestres français semblent avoir certaines difficultés à se mouvoir avec aisance et naturel dans la musique américaine, et plus spécialement celle de Bernstein. Et avouons qu’à voir les instrumentistes s’échauffant plus de dix minutes avant le début du concert (chose bien rare), une légère inquiétude s’empara de nous. Disons le tout de suite, l’interprétation de ce soir fut plus appliquée qu’inspirée et inspira plus de sympathie que de d’enthousiasme. Svetlin Roussef, habituel violon solo de l’orchestre, fit preuve d’une belle sonorité et d’un bon sens des nuances, mais ne trouva pas immédiatement le ton juste, usant d’un vibrato un peu trop insistant dès l’introduction de l’œuvre, où plus de simplicité nous semble préférable. De son côté l’orchestre, ne réussit pas vraiment à trouver l’équilibre dynamique entre les ensembles de cordes et de percussions, ces derniers écrasant trop facilement les premiers. Mais c’est surtout les phrasés pas assez incisifs ni rythmiques, qui péchèrent par leur manque d’imagination et échouèrent à donner à cette œuvre sa pulsation naturelle. Même s’il manqua un peu d’ampleur et de tension, l’Adagio (Agathon) fut le plus réussi des cinq mouvements, précédant un Socrate et Alcibiade où le sens du swing fit défaut dans l’Allegro molto vivace final.

Après l’entracte, changement complet de style avec l’œuvre de Chausson, basée sur des poèmes à la préciosité toute française, tranchant radicalement avec l’universalité plus immédiate de la musique de Bernstein. Néanmoins l’orchestre s’y montra immédiatement bien plus à l’aise, moins crispé, plus souple, bref bien plus naturel. C’est , une des plus fameuses Isolde ou Léonore du moment, qui eut la charge de relever la gageure de chanter ce texte. Reconnaissons-lui une certaine réussite car elle y mit toute sa sensibilité et son haut professionnalisme, mais sa prononciation, aussi scrupuleuse que possible, était néanmoins insuffisante pour permettre de comprendre les mots sans l’aide du texte écrit.

Retour à Bernstein avec cette suite de danses extraites de West Side Story, écrite en 1961 pour grand orchestre, avec des parties particulièrement jouissives pour les cuivres et les percussions, qui s’y sont donnés à cœur joie ce soir. Cette fois plus de déséquilibre cordes percussions, les premières ayant largement doublé leur effectif par rapport à la Sérénade, emplissant enfin l’espace sonore de Pleyel. S’il n’y avait encore, dès l’introduction un peu martiale du Prologue, ces phrasés bien trop carrés manquant toujours de naturel, et quelques tempi un poil retenu ici où là (un Cool un peu Panzer Division), le plaisir aurait été complet car cette musique, qui embrasse tous les sentiments du rire aux larmes, est toujours payante si l’orchestre s’y donne à fond comme ce soir. Offrant un beau succès public à ce West Side Story culminant dans un spectaculaire (y compris visuellement) Mambo repris en bis au plus grand plaisir d’une salle qui lui fit un immédiat triomphe.

Crédit photographique : © Nomi Baumgartl

Plus de détails

Paris. Salle Pleyel. 05-VI-2009. Leonard Bernstein (1918-1991) : Sérénade d’après « le Banquet » de Platon, pour violon solo, cordes, harpe et percussions ; West Side Story, danses symphoniques. Ernest Chausson (1855-1899) : Poème de l’amour et de la mer op. 19. Svetlin Roussev, violon ; Waltraud Meier : mezzo-soprano ; Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Myung-Whun Chung

Mots-clefs de cet article

Resmusica-bannière-01

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.