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Cassandre de Michael Jarrell, une histoire mythique

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Michael Jarrell (né en 1958) : Cassandre. Astrid Bas, actrice. Ensemble Intercontemporain, direction : Susanna Mälkki. 1 CD Kairos 0012912KAI. Enregistré les 7 et 8 octobre 2008 à l’Espace de Projection de l’IRCAM. Code barre : 9 120010 281488. Livret trilingue (français, allemand, anglais). Durée totale : 53’26’’

 

La dernière œuvre de est intéressante à plus d’un titre. Le sujet classique, la guerre de Troie, est traité de manière originale, du point de vue d’un des personnages les plus lointains de l’intérêt courant.

Qui est Cassandre ? Que sait-on d’elle, de sa jeunesse, de ses relations familiales, de ses amours ? Pas grand chose, finalement… C’est dans cette brèche que s’engouffre l’œuvre, dont le long monologue rétrospectif – autant qu’introspectif – passe de souvenirs personnels au récit mythique. Sans doute le texte de Christa Wolf malmène-t-il quelque peu la grande épopée homérique ; c’est sans grand mal, comparé à ce qu’on avait pu voir il y à quelques temps sur grand écran.

Astrid Bas incarne avec feu l’héroïne. Elle installe dans les premières minutes de l’œuvre un ton de récitation glacé, envoûté comme devait l’être celui des oracles antiques ; on craint qu’elle ne le garde – à tort. Peu à peu sa déclamation s’anime pour narrer les journées fatales qui décidèrent du sort de tout un peuple. Au-delà de l’anecdote, une prophétesse en but à l’incrédulité obstinée de ceux qui l’entourent, ce texte dense est le témoignage intemporel d’un individu pris dans la tourmente de l’histoire, et dont la voix se perd parmi les clameurs de la multitude aveugle, qui se précipite vers sa propre perte.

En contrepoint musical à ce récit, a imaginé un fond sonore mouvant, qui crée les atmosphères sur lesquelles se pose le texte, plutôt que de peindre servilement les épisodes de l’intrigue. Entre ces deux instances, les véritables interactions sont rares et concentrées au cours du nœud dramatique. Le compositeur semble avoir repris à son compte la maxime de Monteverdi « prima le parole, dopo la musica » (« d’abord le texte, puis la musique »). Le discours musical est néanmoins tellement en retrait parfois, tellement insaisissable aussi, qu’on se demande si son intérêt perdurerait sans texte.

Là se trouvent les points fort et faible de l’œuvre : la grande pertinence de la musique vis-à-vis du sujet dramatique, qui la prive sans doute d’une destinée autonome. C’est bien dommage, et l’on ne peut s’empêcher de penser à des chef-d’œuvres comme le Sacre du Printemps ou le « Liebestod » de Tristan (puisqu’il est ici question d’opéra), dont les qualités intrinsèques sont comme indifférentes au cadre de leur interprétation, scénique ou en concert, avec ou sans texte.

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Michael Jarrell (né en 1958) : Cassandre. Astrid Bas, actrice. Ensemble Intercontemporain, direction : Susanna Mälkki. 1 CD Kairos 0012912KAI. Enregistré les 7 et 8 octobre 2008 à l’Espace de Projection de l’IRCAM. Code barre : 9 120010 281488. Livret trilingue (français, allemand, anglais). Durée totale : 53’26’’

 
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