La Scène, Opéra, Opéras

Capriccio en manteau de cuir

Plus de détails

Cologne, Opernhaus. 19-VI-2009. Richard Strauss (1864-1949) : Capriccio, conversation en musique en un acte sur un livret de Clemens Krauss et du compositeur. Mise en scène : Christian von Götz ; décors et costumes : Gabriele Jaenecke ; lumières : Hans Tœlstede.. Avec : Camilly Nylund, la Comtesse ; Ashley Holland, le Comte ; Hauke Möller, Flamand ; Miljenko Turk, Olivier ; Michael Eder, La Roche ; Ursula Hesse von den Steinen, Clairon ; Johannes Preißinger, Monsieur Taupe ; Csilla Csövári, la chanteuse italienne ; Benjamin Bruns, le chanteur italien ; Ulrich Hielscher, le Majordome. Orchestre du Gürzenich de Cologne, direction : Markus Stenz

Ce à quoi ne faisait qu’allusion dans son Capriccio parisien de 2004 se retrouve maintenant au cœur d’une nouvelle production à l’opéra de Cologne. Et oui, cher public, ne l’oubliez surtout pas, Capriccio à été créé en 1942 ! Christian von Götz transpose donc l’œuvre à l’époque de l’Occupation. Des manteaux en cuir sont omniprésents, on discerne des emblèmes de la Wehrmacht, voire une croix gammée, sur scène on lit le Völkischer Beobachter, et pendant l’entracte (!), la noble demeure de la Comtesse est touchée par une bombe (superbe décor peint de Gabriele Jaenecke). Le Comte fait partie des troupes d’occupation ce qui ne l’empêche pourtant pas d’aider sa sœur et l’impresario La Roche à cacher des artistes juifs. Clairon, en revanche, et le Majordome, sont du côté de la Collaboration, le dernier n’hésitant pas à dénoncer sa patronne et à la faire arrêter à la fin de la pièce – une scène qui contraste singulièrement avec la musique. Entre-temps, par contre, on aura joué à la comédie endossant des costumes du XVIIIe très caricaturales, voire franchement laids.

Mis à part ces questions de goûts (pourtant importantes dans un des opéras les plus esthétisants qui soient), et malgré une direction d’acteur frôlant par moment le vulgaire, mais somme toute professionnelle, le parti pris du metteur en scène manque complètement de cohérence. Car la clé de cet ultime opéra de Strauss ne réside-t-elle pas justement dans le fait que son histoire soit aussi loin des circonstances historiques de sa création ? Sans parler des nombreuses allusions, textuelles et musicales, au XVIIIe siècle, tournant complètement à vide dans ce contexte nazi…

Au pupitre d’un Gürzenich-Orchester en bien meilleure forme qu’il y a deux semaines, opte pour une lecture sobre et analytique. On lui saura gré dans les longs passages de conversation puisqu’on n’y manque pas un mot du texte. Dans l’interlude et la scène finale par contre, d’un romantisme aussi anachronique qu’enchanteur, on aurait aimé plus d’abandon, plus de sentiment aussi.

Dans la distribution, il y a des zones d’ombre et de zone de lumière. Du côté de l’ombre on trouve notamment le Flamand de , à la diction parfaite, mais au timbre désagréable, à l’émission serré et aux aigus laborieux. Un brin au-dessus se situe le Comte d’Ashley Holland, que le metteur en scène veut gras et ordinaire, et dont le timbre assez brut manque de tout attrait. Michael Eder, en revanche, de stature imposante, est un La Roche dans la meilleure tradition, à la voix corsée et longue. Dommage que la projection laisse tellement à désirer. En zone de lumière, relevons d’abord le remarquable couple de chanteurs italiens, dont se détache plus particulièrement le séduisant ténor de Benjamin Bruns. En Clairon, la très belle fait entendre une voix de mezzo ronde et charnue. , de son côté, ne fait qu’une bouchée du rôle d’Olivier, parfaitement adapté à sa superbe voix de baryton lyrique, et réussit même à rester crédible scéniquement malgré une perruque vraiment affreuse.

Crédit photographique : (Olivier) ; Ashley Holland (Le Comte) © Klaus Lefebvre

Plus de détails

Cologne, Opernhaus. 19-VI-2009. Richard Strauss (1864-1949) : Capriccio, conversation en musique en un acte sur un livret de Clemens Krauss et du compositeur. Mise en scène : Christian von Götz ; décors et costumes : Gabriele Jaenecke ; lumières : Hans Tœlstede.. Avec : Camilly Nylund, la Comtesse ; Ashley Holland, le Comte ; Hauke Möller, Flamand ; Miljenko Turk, Olivier ; Michael Eder, La Roche ; Ursula Hesse von den Steinen, Clairon ; Johannes Preißinger, Monsieur Taupe ; Csilla Csövári, la chanteuse italienne ; Benjamin Bruns, le chanteur italien ; Ulrich Hielscher, le Majordome. Orchestre du Gürzenich de Cologne, direction : Markus Stenz

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.