Le Roi Roger, illusion, métaphores et symboles

La Scène, Opéra, Opéras

Bonn. Opernhaus. 21-VI-2009. Karol Szymanowski (1882-1937) : Król Roger [Le Roi Roger], opéra en trois actes sur un livret de Jaroslaw Iwaszkiewicz et du compositeur. Mise en scène : Hans Hollmann. Décors : Hans Hoffer. Costumes : Gera Graf. Lumières : Max Karbe. Avec : Mark Morouse, Roger ; Asta Zubaite, Roxane ; Mark Rosenthal, Edrisi ; George Oniani, Le Berger ; Ramaz Chikviladze, L’Archevêque ; Anjara I. Batz, Une Diaconesse. Chœur de l’Opéra de Bonn (chef de chœur : Sibylle Wagner). Beethoven Orchester Bonn, direction : Stefan Blunier

Le Roi Roger

Il y n’a pas très longtemps encore, Król Roger, l’opus magnum de , n’était connu que par des spécialistes. Et tout à coup les nouvelles productions fusent de tous les côtés : Edinburgh l’été dernier, Bonn et Paris en cette fin de saison en attendant une nouvelle production au festival de Bregenz au mois de juillet.

Mettre en scène ce Roi Roger – quasiment exempt de toute histoire extérieure – relève pourtant de la gageure. Rien n’est clair dans cette œuvre construite d’allusions, de métaphores et de symboles. Sous la pression de l’Eglise, le roi s’affronte à un étrange prophète qui attire les masses, un berger qui prêche un nouveau Dieu, beau et bienveillant, un véritable Bon Pasteur. Même la reine s’est déjà laissé séduire. Malgré lui – et malgré les insinuations de son médecin et conseiller Edrisi – le roi est fasciné par le Berger. Il le suit dans son royaume où le berger se présente comme Dionysos, le Dieu du plaisir. Un plaisir pourtant qui n’a rien d’orgiaque, qui ressemble plutôt à un statut de bonheur magique. Ainsi initié, le roi semble renaître et consacre son cœur au soleil. La musique se termine en do majeur. Et là encore, ce n’est pas un do majeur tonitruant, mais un do majeur énigmatique, presqu’irréel.

Pour , l’histoire du roi Roger est l’histoire d’une lutte intérieure. On se trouve dans un amphithéâtre – faisant à la fois allusion à l’antiquité et au monde universitaire. Sommes-nous dans une faculté de psychologie ? Edrisi, en tout cas, ressemble à Sigmund Freud. Par conséquent, le Berger n’est que l’alter ego de Roger, portant au début les mêmes vêtements. Le programme de salle indique une autre piste : l’homosexualité. Cela expliquerait l’apparition d’un jeune homme, raquette de tennis à la main, qui rappelle étrangement Tadzio dans Mort à Venise… Quoiqu’il en soit, nous admirons l’intensité de cette mise en scène à la fois fascinante et perturbante, la cohérence de la direction d’acteur, la beauté des costumes, la poésie des éclairages.

Et nous admirons le travail musical qui a été fait – à commencer par le chœur et l’orchestre, tous deux impeccables. est très intense en Roxane, même si la voix vibre un peu trop dans le forte. campe un Edrisi inquiétant, au timbre assez raide, mais en phase avec le rôle. , en revanche, fait entendre une superbe voix de ténor lyrique, au timbre séducteur comme il faut pour incarner ce prophète charismatique. L’aigu, très sollicité, est rayonnant, mais Oniani s’avère également capable de piani magnifiques. Une révélation. Roger, de son côté, trouve un interprète de haut vol en la personne de . Doté d’une voix puissante et longue, homogène sur toute la tessiture et riche en couleurs, il est également un acteur de premier ordre traduisant à merveille les tourments du personnage. enfin, directeur musical de l’Opéra de Bonn depuis cette saison, défend avec ardeur la musique de Szymanowski. D’une main ferme, il mène ces musiciens à travers les nombreuses difficultés de cette partition aussi sensuelle que complexe, en tirant toutes les richesses instrumentales, et cela sans jamais couvrir les chanteurs. Dommage qu’une production aussi réussie n’attire pas plus de spectateurs.

Crédit photographique : (le Berger) ; Anjara I. Batz (une Diaconesse), (l’Archevêque), (Roger) © Thilo Beu

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