Concerts, La Scène, Musique symphonique

La mécanique Harding à l’œuvre

Plus de détails

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 22-VI-2009. Carl Maria von Weber (1786-1826)  : Der Freichtütz, ouverture ; Toru Takemitsu (1930-1996) : Mort et résurrection, d’après la musique du film Kuroi Ame (Black Rain) ; Félix Mendelssohn (1809-1847) : Le Songe d’une nuit d’été (Ouverture, Nocturne, Scherzo, Marche nuptiale) ; Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°2 en ré majeur op. 73. Orchestre Philharmonique de Vienne, direction : Daniel Harding

Le dernier concert de la saison parisienne du Philharmonique de Vienne était placé sous le triple signe du renouvellement : inévitable de génération, encore surprenant de culture et fortuitement de chef. Car s’il se présenta sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées dans une formation bien rajeunie, remplacement de certains de ses membres atteint par l’âge de la retraite oblige, la révolution culturelle commencée voilà dix lors de l’arrivée de la première femme dans l’orchestre prit une spectaculaire nouvelle ampleur, par l’engagement au poste de konzertmeister de la violoniste bulgare Albena Danailova qui officiait ce soir. Celle-ci remporta le concours ouvert l’an passé suite au départ en retraite de Werner Hink, membre de l’orchestre depuis 1964 et konzertmeister depuis 1974, que les habitués des concerts des Wiener Philharmoniker reconnurent officiant sagement au troisième rand des premiers violons. Enfin, dernier changement d’importance, Seiji Ozawa, victime d’un ennui de santé ayant nécessité une intervention chirurgicale, a été remplacé par l’encore jeune chef britannique , ce qui occasionna également un partiel changement de programme.

Ainsi donc furent conservés les œuvres de Takemitsu et Mendelssohn, auxquelles ajouta, en introduction l’ouverture du Freichtütz, et en conclusion la Symphonie n°2 de Brahms. Et avouons que ce Freichtütz était le meilleur moment du concert, avec une conduite d’orchestre bien en place, rigoureuse, sans faute de gout dans les choix de tempi, porté par un orchestre qui démontra une fois de plus ses extraordinaires qualités. Et même si on remarqua ici ou là une tendance à trop appuyer certains accords, et de légers déficits de souplesse dans les transitions, cela restait au niveau du détail et ne gâchait pas la réussite d’ensemble. On n’en dira pas autant des extraits du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn, vrai ratage de la soirée. Etait-ce un manque de répétitions, on ne sait, mais jamais le chef ne trouva l’équilibre sonore adéquat, ni ne réussit à jouer avec subtilité de toute la palette dynamique que réclame la partition et dont on sait l’orchestre ô combien capable. Ce soir il n’y avait plus assez différence entre p et pp qui manquaient de charme et d’expression, comme entre f et ff qui furent simplement bruyants. La précision rythmique n’était pas non plus au mieux, on avait l’impression d’assister à une version simplifiée de la partition où bien des indications explicitement indiquées n’étaient pas réalisées. Et ce qui l’était restait bien trop mécanique, sans nécessité vitale.

Le chef reprit son optique très binaire pour jouer Brahms, et si cela produisit parfois les mêmes effets, reconnaissons que cette musique résista mieux que celle de Mendelssohn, sans doute à cause d’une orchestration naturellement plus épaisse, moins sensible au subtiles dosages de couleurs et d’intensités indispensables au Songe d’une nuit d’été. Néanmoins, le sentiment de simplification de la partition restait bien présent, le chef semblant avoir du mal à faire ressortir la nécessité vitale de cette musique, avançant par blocs séparés par des transitions dont la subtilité n’était pas le point fort. Plus d’une fois, comme dans le Songe, le chef semblait embarrassé avec ces passages où la musique se désagrège progressivement, passant d’un tumultueux tutti fortissimo vers de subtils pianissimo où un seul instrument subsiste à la fin. C’est tout un art que de savoir réaliser ces passages transportant l’auditeur d’un extrême à l’autre, avec souplesse, évidence, naturel, art que Daniel Harding ne maitrise manifestement pas encore. Tout cela nous donna une symphonie, certes pas ratée comme le Songe mais plus expédiée qu’inspirée, dont le principal plaisir fut le Philharmonique de Vienne qui emporta les applaudissements. Et qui, « réduit » à un orchestre à cordes, donna, juste après l’ouverture du Freichtütz une splendide version de Mort et résurrection de Takemitsu. En bis une valse, mais ce fut cette fois la mélancolique Valse triste de Sibelius, peut être un peu trop sobre et froide, qui conclut la soirée.

Crédit photographique : Daniel Harding © Eisuke Miyoshi

(Visited 296 times, 1 visits today)

Plus de détails

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 22-VI-2009. Carl Maria von Weber (1786-1826)  : Der Freichtütz, ouverture ; Toru Takemitsu (1930-1996) : Mort et résurrection, d’après la musique du film Kuroi Ame (Black Rain) ; Félix Mendelssohn (1809-1847) : Le Songe d’une nuit d’été (Ouverture, Nocturne, Scherzo, Marche nuptiale) ; Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°2 en ré majeur op. 73. Orchestre Philharmonique de Vienne, direction : Daniel Harding

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.