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L’inintelligible musique de la mélancolie

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Nicolas Matteis (c1650-c1700) : False consonances of Melancholy. Ensemble Gli Incogniti. Direction et violon : Amandine Beyer. 1 CD Zig-Zag Territoires Collection Sablé ZZT090802. Code barre : 3 760009 29079. Enregistrement au monastère de Tibaes du 16 au 20 mars 2009. Notice en français, anglais. Durée : 70’58’’

 

fut dès son vivant, un homme mystérieux et solitaire, capable de jouer du violon jusqu’à la transe. Guitariste également, ce napolitain au caractère ombrageux vécut l’essentiel de sa vie en Angleterre. Il y a quelques mois Hélène Schmitt, lui a consacré chez Alpha un enregistrement splendide. Aujourd’hui c’est , tout comme la précédente ancienne élève de Chiara Banchini, qui nous le fait entendre, apportant une autre vision, tout aussi virtuose, tout aussi habité, tout aussi étrange et fascinante.

Mais pas de comparaison ici, elle n’apporterait rien. Ces deux artistes ont trop à dire pour chercher à les opposer.

Afin d’illustrer cette musique de l’éphémère, pièces brèves et sans véritable titre, a tout d’abord recherché à recréer une technique pour tenir son violon se rapprochant au plus près de celle décrite par Matteis lui-même dans son traité The False consonances of music. Elle en retrouve ainsi les origines populaires, si dansantes, si joyeuses. Si Matteis fut déjà une énigme pour ses contemporains ses airs et ses danses incisives et expressives aiment à mélanger tout ce qui s’oppose. Qu’y –il de vrais ou de faux dans la vie ? De joies réelles ou de douleurs cachés dans une pavane ou des bizarries ? Tout ici n’est que sourires qui passent dans le mouvement de la sarabande, larmes éloquentes dans le geste signifiant de l’instrumentiste.

Amandine Beyer et ses ami(e)s de se laissent emporter. L’archet de la violoniste virevolte porté par un souffle léger, l’âme en peine de Matteis. Chaque phrase joue des mots, des notes, des figures en quête du plaisir que le violon procure à l’interprète. Sous l’apparente simplicité des sources de cette musique se cache une complexité dont doivent se déjouer les musiciens. Elle peut parfois dérouter, semblant perdre la ligne mélodique dans une folie virtuose qui peut se briser dans l’étourdissement et l’ivresse. Le violiste, les deux théorbistes et la claveciniste qui accompagnent Amandine Beyer, sont des voix qui dans leur infinie sollicitude semblent tout tenter pour consoler et soutenir l’archet virtuose dans sa quête insondable Leur dialogue se fige ou tournoie jusqu’à perdre haleine. La mélancolie si douce en apparence, n’est qu’amertume et rire au-delà des larmes et du silence qui s’installent.

Amandine Beyer et nous font ressentir et percevoir l’insaisissable, la sombre et mystérieuse, l’inintelligible lumière de la mélancolie baroque mise en musique. Elle est le miroir des mensonges et des vanités, en quête de cette larme qui viendra soulager cette folie dérisoire qui nous fait tant aimer la vie.

Pas l’ombre d’une hésitation, le livret dont le seul reproche qu’on puisse lui faire est la taille des caractères, nous livre les intentions des artistes humbles et passionnants dans leur démarche. La prise de son claire et aérée, offre la rondeur des cordes et le cristallin de la larme. Une interprétation sensible et virtuose de pièces rares d’un musicien hors du commun. Une fête du violon baroque !

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