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Un amour éternel, sensuel et humaniste

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Vézelay. Basilique Sainte-Madeleine. 21-VIII-2009. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Theodora HWV 68. Oratorio en trois actes sur un livret de Thomas Morell. Johannette Zomer, Theodora ; Wiebke Lehmkuhl, Irène ; Alex Potter, Didymus ; Virgil Hartinger, Septimius ; Andreas Wolf, Valens. Kölner Kammerchor. Chœur Collegium Cartusianu ; Kölner Kammerchor, Direction : Peter Neumannn

Rencontres musicales de Vézelay

Theodora semble une œuvre testamentaire. Loin d’une quête de la virtuosité guerrière et triomphante, cet oratorio nous conte l’histoire de Theodora, jeune vierge préférant le martyr au nom de l’amour pur et de la fidélité en compagnie de celui qui l’aime et tente tout ce qui est possible pour la sauver. Cette œuvre où le mode mineur est celui des héros, nous montre un compositeur qui parvenu au fait de sa gloire, souhaite laisser avant tout à la postérité une vision humaniste d’un monde préférant trop souvent la violence à ce don de vie offert à tous.

Dès le début de cette soirée, le Kölner Kammerchor et l’ensemble des interprètes ont bénéficié d’une sonorité somptueuse qui n’avait rien à voir avec celle de la veille au soir. L’acoustique a libéré les énergies et Theodora a pu trouver un écrin aux sentiments humains que cet oratorio exprime avec tant de délicatesse. Peter Neumannn a fait respirer l’orchestre, lui donnant de la souplesse, de l’agilité, de la volupté. A l’écoute des chanteurs, il leur offre un équilibre, une harmonie qui leur permet de développer des nuances, des couleurs vocales qui trouvent un écho au cœur de l’orchestre.

Côté interprète tous mérite d’être cités. La mezzo , qui tient le rôle d’Irène servante et confidente a un timbre profond, rond et chaud, qui nous touche d’emblée. Son engagement dramatique, sa virtuosité vocale, son phrasé et sa diction parfaitement maîtrisées donnent à chacun de ses récitatifs et de ses airs la perception de la douleur, de la souffrance devant la fatalité. Elle porte le sens du destin, ou de son non-sens, car par ses interventions elle tient le rôle du coryphée antique. La voix de la soprano Johanette Zomer, possède la candeur vocale d’une jeune fille. Sa force est dans la luminosité de son timbre et la pureté de son phrasé. Elle cisèle les mots et ses vocalises sont raffinées. Elle fait vivre cette passion qui guide l’héroïne jusqu’au sacrifice ultime, transcendant pas son amour la violence des hommes.

Le contre-ténor Alex Potter, possède un timbre rond avec de très beaux graves, et son phrasé est élégant. Il manque toutefois d’une certaine présence scénique car il est le seul qui ne partagera quasiment jamais durant le concert, le moindre regard avec les autres interprètes. Mais le duo des deux jeunes héros à la scène 5 de l’Acte II «To thee, thou glorious son…», est un joyau de tendresse, d’une pureté spirituelle bouleversante. Le ténor Virgil Hartinger, est Septimius l’ami de cœur, son interprétation est d’une présence dramatique d’une grande ferveur.

Enfin Valens, celui qui décide de la mort des deux héros, la basse , laisse apparaître derrière des graves puissants et une agilité à la souplesse confondante, la difficulté d’être celui qui plus qu’un méchant est un homme de droit qui se doit de faire respecter la loi. Son engagement théâtral, son sens de la rhétorique lui permettent de nous faire ressentir l’isolement de l’homme de pouvoir sur de son fait.

Enfin le chœur, le Collegium Cartusianu, a été flamboyant. L’ensemble des pupitres possède de belles couleurs et nuances. Il souligne avec éloquence les zones d’ombres ou de lumière de la partition. Il emporte le drame jusqu’aux vagues tragiques de l’implacable destin sur la basse obstinée du chœur des païens de la scène 5 de l’acte III, pour devenir les voix célestes dans le chœur final des chrétiens. Se montrant aussi à l’aise dans l’imploration que l’allégresse.

Cette Theodora qu’il nous a été donné d’entendre en cette soirée d’été finissant est une superbe partition qui a été révélée au public. Porteuse d’un message humaniste, d’un homme en quête d’une spiritualité pouvant l’apaiser et l’accompagner vers l’éternité, elle a bouleversé l’auditoire.

Crédit photographique : Peter Neumann – DR

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Vézelay. Basilique Sainte-Madeleine. 21-VIII-2009. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Theodora HWV 68. Oratorio en trois actes sur un livret de Thomas Morell. Johannette Zomer, Theodora ; Wiebke Lehmkuhl, Irène ; Alex Potter, Didymus ; Virgil Hartinger, Septimius ; Andreas Wolf, Valens. Kölner Kammerchor. Chœur Collegium Cartusianu ; Kölner Kammerchor, Direction : Peter Neumannn

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