Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Quatuor Atrium, Nicolas Stavy : l’intensité musicale

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Crédit photographique : photo © André Georges

Festival International de Musique de Wissembourg 2009

Wissembourg, Eglise Saint Jean 28-VIII-2009. (1756-1791) : Quatuor en ré mineur KV 421. -Bartholdi (1809-1847) : Quatuor en fa mineur op. 80. (1906-1975) : Quintette avec piano op. 57.  : Alexey Naumenko, 1er violon ; Anton Ilyunin, 2nd violon ; Dimitri Pitulko, alto ; Anna Gorelova, violoncelle. , piano

Wissembourg, Eglise Saint Jean 29-VIII-2009. (1810-1849) : Polonaise-Fantaisie op. 61 ; Barcarolle op. 60 ; (1811-1886) : Bénédiction de Dieu dans la solitude ; Funérailles ; Sonnet de Pétrarque n° 104 ; Après une lecture du Dante. , piano

Voilà un festival comme on les aime ! Un lieu adéquat, la petite ville de Wissembourg offre un écrin charmant ; un organisateur, Hubert Wendel, organiste, musicien passionné, qui invite les artistes qu’il aime et on peut lui faire confiance… ; l’engagement de la municipalité et des institutions alsaciennes qui le suivent ; un public fidèle et fervent. Depuis cinq ans, Hubert Wendel œuvre discrètement mais sûrement à la construction d’un festival rare, véritable rencontres d’artistes et non manifestation où l’on remplit les salles avec des têtes d’affiches médiatisées. On croise donc du beau monde à Wissembourg : les Quatuors Atrium et Ebène, la Philharmonie de Chambre de Karlsruhe, le violoncelliste Marc Coppey, le Trio Magellan, les pianistes Nicolas Stavy, Peter Laul, Finghin Collins, Julien Gernay, David Saliamonas, Akiko Yamamoto. Le programme s’équilibre entre récitals de piano et concerts de musique de chambre.

Compositeur redoutable pour le quatuor à cordes, Mozart est parfois joué avec un souci pointilleux du style, quitte à le priver de sa sève et à l’»emperruquer» plus que de raison. Le aborde le Quatuor en ré mineur KV 421 avec une apparente facilité, bravant les nombreux pièges de justesse, d’équilibre, de virtuosité contenus dans la partition. L’esprit est là dès la première note de l’allegro dont l’atmosphère sombre et saisissante nous touche immédiatement. L’œuvre se déploie, tour à tour émouvante, dépouillée, désespérée dans un style vivant et humain constamment porté par le naturel des musiciens soucieux de chant et d’expression. Les russes plongent à corps perdu dans le dramatique Quatuor en fa mineur op. 80, que Mendelssohn écrivit l’année de la mort de sa sœur Fanny. Dans une vision fulgurante et visionnaire chacun assume, comme Toscanini, les affolants tempi mendelssohniens, manie à merveille les contrastes, allie le raffinement et la finesse aux points de tension presque insoutenables. Les qualités individuelles et d’ensemble du quintette formé avec Nicolas Stavy, la chaleur et l’intensité du discours servent de manière bouleversante l’op. 57 de Chostakovitch. Puissance quasi symphonique, intelligence de la construction, lyrisme et chaleur, sublime dialogue des cordes dans l’adagio, concentration extrême du piano tout au long de l’œuvre laissent l’auditeur bouleversé par toute la profondeur de cette page.

Nicolas Stavy s’impose comme un pianiste profond et impressionnant dans les œuvres très fréquentées de son programme romantique. Musicien collectionneur de vieilles cires, il n’oublie pas le patrimoine des grands maitres chopiniens ou lisztiens. La Polonaise-Fantaisie et la Barcarolle de Chopin, terriblement éloquentes et concentrées, livrent toute leur ferveur ; les sonorités magnifiques de Nicolas Stavy conviennent à merveille à ces chants multiples, à ces dosages et à cette polyphonie dont Chopin a le secret. La souplesse du discours, dans lequel on ne se perd jamais, nous plonge dans un univers narratif au ton très juste. Avec Funérailles et Après une lecture du Dante le pianiste nous offre des Liszt flamboyants et terrifiants. Son extrême concentration et sa maitrise technique (on entend rarement une Dante aussi «propre» dans l’élan en concert) font littéralement exploser ces œuvres visionnaires. Nicolas Stavy nous révèle toute la réflexion et la poésie de Bénédiction de Dieu dans la solitude et du Sonnet de Pétrarque n°104, très inspirés.

On consultera avec grand intérêt le site du Festival de Wissembourg sur lequel Hubert Wendel, dans l’onglet «archives», propose des dossiers passionnants et surtout des archives sonores et des ouvrages à se procurer sur Wilhelm Furtwängler et Willem Mengelberg. On (re)découvrira également tous les enregistrements et publications du grand organiste français Pierre Vidal, dont le moins que l’on puisse dire et qu’il est totalement oublié de nous jours, et pourtant…

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Crédit photographique : photo © André Georges

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