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Véronique Gens tragédienne, la force du destin

À emporter, CD, Musique de chambre et récital, Opéra

Christoph Willibald Gluck (1714-1787) extraits d’Alceste et d’Orphée et Eurydice. Antonio Sacchini (1730-1796) : extraits de Dardanus, d’Œdipe à Colonne et de Renaud. Niccolò Piccinni (1728-1800) : extrait de Didon. André-Ernest-Modeste Grétry (1741-1813) : extrait d‘Andromaque. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : extraits de Les Paladins. Luigi Cherubini (1760-1842) : extrait de Médée. Juan Crisóstomo de Arriaga (1806-1826) : extrait de Herminie. Hector Berlioz (1803-1869) : extrait Les Troyens. Véronique Gens, soprano. Les Talens Lyrique, direction : Christophe Rousset. 1 CD Virgin Classics référence et code barre 50999 216574 2 9. Enregistré du 30 octobre au 1er novembre 2008 à la Chapelle de l’école Saint Michel à Nantes et du 10-14 novembre 2008 à la Paroisse Notre-Dame du Liban à Paris. Notice français, anglais, allemand. Durée : 67’28’’.

 

Les Clefs ResMusica

En 2006, , et , nous offraient le volume 1 de «Tragédiennes». La critique et le public unanimes tombèrent sous la grâce de l’altière noblesse de ce récital couvrant l’ensemble du répertoire baroque. Aujourd’hui, avec ce volume 2, les mêmes interprètes nous permettent de découvrir le passage entre l’art de la déclamation et l’art lyrique. ose s’y permettre avec l’élégance qui la caractérise de nous démontrer qu’il n’y a peut être pas d’incompatibilité entre le chant baroque et le chant romantique. Suivant la voie que lui trace l’évolution de sa voix, elle nous permet ainsi d’entendre La Tragédie dans ce quelle a d’universelle.

Car une des grandes qualités de ce disque c’est de permettre à travers un répertoire rare extraits d’opéra de Sacchini, Piccini ou d’un compositeur espagnol élève surdoué de Cherubini, Ariaga, de révéler l’évolution d’un répertoire par la grâce et l’intelligence d’une interprète qui vocalement ose l’impensable. Il suffit pour cela de l’entendre dans l’air de Néris, probablement le plus beau de la Médée de Cherubini pour percevoir à quel point son timbre est devenu riche, les graves y sont d’une rondeur sensuelle pouvant s’unir au timbre long et élégant du basson. Tendre et mélancolique cet air révèle la mezzo qui sommeille en Véronique Gens. En véritable tragédienne, elle joue des nuances de la langue et son phrasé laisse entendre la délicatesse de ses héroïnes blessées, abandonnées et si humaines auxquelles le destin ne laisse pas le choix. Véronique Gens sublime toutes ses héroïnes capable de se sacrifier comme l’Alceste de Gluck ou l’Antigone d’Œdipe à Colonne de Sacchini, mais toujours déterminées comme Didon ou Hermione (Andromaque).

et Les Talens Lyrique apportent à Véronique Gens un véritable velours orchestral, d’une grande souplesse. L’orchestre offre d’innombrables couleurs. Véritables complices de la tragédie qui se nouent, non seulement ils accompagnent mais bénéficient de véritables extraits musicaux, ballet, air ou entrée. Que ce soit dans «l’entrée très gaye des troubadours» des Paladins ou dans le «ballet des ombres heureuses» d’Orphée et Euridice, par leur dialogue constant, ils créent une dynamique qui nous emporte au cœur des larmes. La sarabande plaintive des Paladins laisse ainsi gémir l’amour délicat et sensible, annonciateur de la souffrance inouïe d’aimer.

Dans Tragédiennes 2 la sensibilité de Véronique Gens avec la complicité des musiciens renouvelle l’écoute de ces rôles, aidée en cela par prise de son très dense et lumineuse. Véronique Gens offre à l’émotion musicale un instant de grâce, et plus que tout, la perception de la force du destin dans l’implacable tragédie.

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