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Ensemble Musica Nova… Ou comment faire du neuf avec du vieux

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Royaumont. Abbaye. 06-IX-2009. Philippe de Vitry (1291-1361)  : Gratissima Virginis/ Vos qui adiramini ; Impudenter/ Virtutibus laudabilis ; Bertrand de Cluny : Appolonis ecclipsatur/ Pantheon abluitur/ Zodiacum signis lustrantibus/ In omnem terram ; François Andrieu : Armes, Amours/ O flour des flours ; anonyme : Musicalis sciencia/ Sciencie laudabili, Ite Missa est/ Benedicamus Domine ; diminutions sur Adesto, Tribum, Cunctipotens genitor deus, Sine nomine ; Guillaume de Machaut (1300-1377) : Messe « de Notre-Dame ». Joseph Rassam, orgue gothique. Ensemble Musica Nova ; direction : Lucien Kandel.

Saison musicale de l’abbaye de Royaumont

Après sa docte et magistrale interprétation de la Messe «Cuius vis toni» d’Ockeghem, l’ se penche sur , toujours sous la houlette du musicologue , et plus que jamais associé à l’Abbaye de Royaumont. Au programme : la fameuse Messe dite «de Notre-Dame», pur joyau de l’ars nova, serti de motets et de pièces instrumentales d’origines diverses. Si l’interprétation de ce jalon de l’histoire de la musique occidentale ne constitue pas en soi un événement, tant cette œuvre est sans doute l’une des plus connue du répertoire ancien, le regard que ces musiciens lui porte est en revanche tout à fait original. Ainsi, non contents de travailler sur fac simile pour en restituer toute la fluidité, ils se sont attelés entre autre à l’épineux (autant qu’abscons) mais inévitable problème de la musica ficta. Le résultat en est une lecture renouvelée de ce chef d’œuvre, à plus d’un titre.

Dès le «Kyrie», on est frappé de ces sonorités, qui rehaussent le texte d’un éclat inouï et durable. Cette œuvre qu’on savait révolutionnaire pour le XIVe siècle se révèle d’une plus grande modernité encore, à tel point qu’on croirait entendre à la fin du «Gloria» une prémonition de polytonalité ! Le chœur, d’une grande homogénéité, excelle à déployer les belles harmonies de l’œuvre, cependant que les lignes contrapuntiques et les passages en hoquet sont rendus avec une grande précision. L’expressivité de ces pages est traitée de façon pudique, ainsi qu’il sied, quelques intentions plus marquées venant ça et là émailler le discours. On remarque en outre une volonté de contrastes par l’alternance des effectifs autant que des moyens musicaux, à l’échelle de la Messe comme du programme tout entier, ce qui peut sembler un peu artificiel voire laborieux parfois, mais qui a le mérite de relancer l’intérêt du discours. On l’aura compris, Musica Nova réalise ici un programme d’une grande tenue, exigeant mais maîtrisé, et si notre attention est avant tout portée sur le chef d’œuvre de Machaut, on n’en oublie pas pour autant les motets qui le précèdent, comme Impudenter/ Virtutibus laudabilis et Musicalis sciencia/ Science laudabili, qui regorgent de beaux moments de musique.

Quelques regrets cependant, au premier titre desquels la lenteur de la pulsation, ou tactus, qui alourdit inutilement ce répertoire. On déplore également le rôle fort limité de l’orgue positif, qui se contente le plus souvent de jouer des diminutions à vrai dire sans grand intérêt. Le projet de cet ensemble répondant à un parti pris global entre respect du texte et options modernes d’interprétation, pourquoi l’orgue n’a-t-il pas été utilisé dans la Messe, par exemple ? On pourrait imaginer qu’il double les voix à certains moments, de manière à faire ressortir le cantus firmus ou les incises mélodiques récurrentes. Cela permettrait de renforcer utilement l’aspect analytique de l’interprétation, tout en justifiant la présence de l’organiste. On regrette enfin que ce programme se solde sur la ballade Armes, Amours/ O flour des flours. Cette œuvre riche d’effets expressifs, notamment sur les paroles «la mort», proprement glaçantes, a le démérite de ne pas véritablement contraster avec le reste. Pour autant, on aurait tort de bouder son plaisir, et c’est peu dire qu’on attend l’enregistrement de ce programme ; souhaitons donc à cet ensemble un aussi beau succès discographique que pour son précédent opus !

Crédit photographique : Musica Nova © DR

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Royaumont. Abbaye. 06-IX-2009. Philippe de Vitry (1291-1361)  : Gratissima Virginis/ Vos qui adiramini ; Impudenter/ Virtutibus laudabilis ; Bertrand de Cluny : Appolonis ecclipsatur/ Pantheon abluitur/ Zodiacum signis lustrantibus/ In omnem terram ; François Andrieu : Armes, Amours/ O flour des flours ; anonyme : Musicalis sciencia/ Sciencie laudabili, Ite Missa est/ Benedicamus Domine ; diminutions sur Adesto, Tribum, Cunctipotens genitor deus, Sine nomine ; Guillaume de Machaut (1300-1377) : Messe « de Notre-Dame ». Joseph Rassam, orgue gothique. Ensemble Musica Nova ; direction : Lucien Kandel.

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