Laudes : les voix de la lumière

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Laudes et Chants Soufis. Taghi Akhbari, chant persan ; Nader Aghakhani, târ ; Véronique Bourin, Claire Coutouly, sopranos. Paulin Bündgen, alto Hugues Primard, Olivier Coiffet, ténor. Philippe Roche, basse. Doulce Mémoire. Direction et flûte à bec : Denis Raisin Dadre. 1 CD Zig-Zag Territoires ZZT090901. Code barre : 3 76009 29093. Enregistrement au réfectoire de l’Abbaye de Fontevraud du 15 au 19 décembre 2008. Notice en français et en anglais. Durée : 76’07’’

 

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Les chants de dévotion des confréries laïques du XVIe siècle s’unissent ici, dans une offrande aux parfums divins, aux chants soufis de la même période. Doulce Mémoire continue sa redécouverte de pans entiers de répertoires méconnus et rares (tel les Dames de Ferrare et bien d’autres).

Avec l’élégance qui le caractérise s’entourent de musiciens et de chanteurs de talents. La cohésion, l’homogénéité de l’, permet de se laisser envoûter par ces musiques. Elles évoquent ces rencontres sur les chemins de pèlerinages ou de commerce, où la fraternité pouvait naître de l’insondable ferveur de toutes ces âmes en quête d’une réponse à la mort.

Les laudes étaient chantées en italien par des confréries ou associations caritatives à la Renaissance, elles venaient enrichir les chants sacrés des églises. Elles étaient surtout plus accessibles, plus faciles à retenir en raison de la simplicité de leur ligne mélodique. A ces chants chrétiens répondent ceux des confréries musulmanes dont les caractéristiques mélodiques et le but ultime, l’extase, montrent combien les chemins qui mènent à dieu (où à l’amour) sont les mêmes pour tous les hommes.

Ces polyphonies italiennes et soufies veulent avant tout rendre les mots intelligibles. Elles s’adressent à la ferveur de tous, du plus humble au plus puisant, à tous les hommes, à toutes les femmes, de celui qui sait lire à celui pour qui l’écrit est mystère et essence du divin. Ces musiques sont partage et générosité, poésie et raffinement. Tous les chanteurs ici, font preuve d’un phrasé, d’une rhétorique rendant sensible et accessible la beauté des textes. Il n’est qu’à entendre la superposition des voix dans O pane del ciel, pour nous faire ressentir tout l’amour du monde. Flûtes à bec et orgue positif offrent un tapis de fleurs aux senteurs mystiques aux voix qui, les unes après les autres, se marient. La voix de la soprano (dont on regrette que le livret nous permet de l’identifier), y est eau cristalline que la Manne chaleureuse et généreuse vient combler, tandis que celle de la basse est feu intense, ferme et ample et les voix des ténors sont force de la lumière. Dans la nuit, sur un long chemin de souffrance, tous affirment l’amour divin dans un instant d’éternité qui nous laisse interdit, quasi mourant. La ferveur de ce chant possède un pouvoir émotionnel intense, que la voix extatique et mélancolique de Paulin Bündgen dans Piangi ingrato core vient encore souligner. Les larmes s’écoulent en une grâce infinie. Et ses larmes enivrent. Mais les percussions qui accompagnent une partie de ce chant nous entraînent tout comme les chants soufis vers un monde mystérieux. Un monde fraternel fait d’étranges dissonances qui nous appellent à une communion envoûtante. Les paroles et la musique d’Ey yâre man, ey yâre man, en sont un exemple frappant. Le rythme et la voix du chanteur Tathi Akbari accompagné en chœur par les autres chanteurs, les percussions et le tar, envoûtent par une mélodie hypnotisante, de plus en plus rapide. L’ivresse divine nous emporte jusqu’à ce que nous en perdions le sens, que jour et nuit se confondent, que le souffle de la vie devienne un feu qui éclaire le chemin où s’égare le voyageur en quête de la vérité.

Ce CD est une invitation au partage des valeurs les plus essentielles à tous les hommes. L’universalité de son discours, la puissance de ses évocations est à découvrir de toute urgence. La prise de son souple et profonde permet d’en apprécier toutes les qualités. On peut toutefois regretter, les caractères vraiment trop petits du livret, qui nuisent à la lecture de textes splendides.

et Doulce Mémoire nous offrent ici l’une de leur plus belle évocation. Chanteurs et musiciens y sont les voix de la lumière.

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