Plus de détails

Lyon. Auditorium Maurice Ravel. 24-IX-2009. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La forza del destino, ouverture ; Nicollo Paganini (1782-1840) : aConcerto pour violon et orchestre n°1 en mi bémol majeur (extraits) ; Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Capriccio italien sur des thèmes populaires op. 45 ; Sergeï Prokofiev (1891-1953) : Roméo et Juliette, suites d’orchestre op. 64 a et b ; Nino Rota (1911-1979) : La strada, suite de ballet ; Eduardo Di Capua (1865-1917) : O sole mio (arrangement : Giancarlo Chiaramello). Alexandra Soumm, violon. Compagnia La Paranza. Orchestre National de Lyon, direction : Jun Märkl.

Dès les premières mesures de l’ouverture de La Forza del Destino, enlevée avec un brio étourdissant par , le ton est donné : le concert d’ouverture de la saison de l’ONL, battant pavillon italien, sera d’une haute qualité musicale. Avec au menu Verdi mais aussi Tchaïkovsky, Prokofiev, Paganini et Rota : abondance de mets pour un orchestre qui tient une forme olympique!

Ce n’est pas les spectateurs des Proms, ni les confrères d’outre-Manche (Erica Jeal du «Guardian» pour n’en citer qu’un) qui nous contrediront, tous ayant chaleureusement applaudi les lyonnais lors de leur prestation londonienne le 24 juillet dernier. Quant on sait le prestige des formations accueillies au Royal Albert Hall, on peut sans coup férir se féliciter de l’aura internationale acquise par l’ !

De retour d’Espagne, où ils se sont produits au festival de San Sebastian, avec Michel Plasson, les musiciens ont retrouvé , leur capitaine depuis 2005. Qu’il parait loin le temps où l’on déplorait le départ d’Emmanuel Krivine (2000), chef-pygmalion qui a métamorphosé l’orchestre et lui a fait atteindre son niveau d’excellence ! Aujourd’hui, ce dernier vit une véritable idylle avec le chef allemand (japonais par sa mère) également directeur musical du MDR-Sinfonieorchester de Leipzig. Nous en tenons pour preuve les nombreux projets discographiques qui attendent l’orchestre (notamment avec Naxos) dans les années à venir et une saison qui s’annonce particulièrement électrisante : Mahler par Simone Young (la sixième), concert Chopin-Schumann avec Kissin, Requiem de Verdi…

Pour ce concert inaugurant la saison, événement automnal de la capitale des gaules, l’ONL invitait les auditeurs à un voyage en Italie, avec des œuvres transalpines mais aussi des pièces inspirées par cette terre de génies. Fort copieux et intelligemment conçu, le programme débutait par l’ouverture de La Forza del Destino, de Giuseppe Verdi, célèbre entre autres pour avoir été paraphrasée par Jean-Claude Petit dans Jean de Florette (Claude Berri, 1987) et utilisée, magnifiquement, dans E la nave va de Fellini. Encore aujourd’hui, cet opéra sombre et crépusculaire (qui se déroule dans une Espagne de ténèbres) composée pour le théâtre Marinski de Saint-Petersbourg est le plus mal aimé du corpus verdien, tout en comptant de fervents admirateurs. L’ouverture, véritable tour de force symphonique, irriguée de thèmes tous plus mémorables les uns que les autres, est fréquemment jouée en concert. Sous la baguette incisive mais jamais nerveuse de Märkl, l’orchestre en a donné une lecture incroyablement dramatique, à la fois implacable et pleine d’urgence. Changement total de paysage sonore avec le Concerto pour violon et orchestre n°1 de Paganini, bien éloignée de l’emphase verdienne : les cuivres majestueux et puissants laissant place aux pépiements des violons. Œuvre printanière, primesautière, aussi séduisante qu’un paysage toscan, ce concerto est surtout un véritable champ de mines pour le soliste. Toute frêle en ses 20 ans, affronte crânement la pyrotechnie paganinienne, non sans y laisser quelques plumes, mais en gardant toujours l’avantage sur le diabolique italien. Avant d’emporter définitivement le morceau dans une Tarantella napoletana éblouissante en bis. Un regret : pourquoi avoir supprimé le premier mouvement ?

De Philippe de Commynes à Jean Giono, en passant par Byron, Shelley, Stendhal, on ne compte plus les écrivains et poètes qui sont tombés amoureux de l’Italie. En 1879-1880, Tchaïkovski séjourne à Rome. Son Capriccio italien sur des thèmes populaires témoigne de sa fascination pour la ville éternelle, son irréfragable animation et la richesse de sa culture populaire. Si cette œuvre bigarrée, passablement bruyante, n’est pas de sa meilleure veine, du moins offre t-elle à l’orchestre l’opportunité d’exhiber toute sa rutilance! A un toute autre niveau d’inspiration, le Roméo et Juliette de Prokofiev part de la célèbre légende des amants de Vérone, mais aboutit à un univers sonore singulier, qui ne ressemble à aucun autre. Partition inspirée, faussement mélodique, déconcertante rythmiquement, gorgée d’harmonies audacieuses, dont la direction un peu carrée de Jun Märkl et les textures cristallines de l’orchestre, irréprochable au demeurant avec une petite harmonie de toute beauté, ne restituent pas tout à fait le tempérament passionné, presque sauvage par instants. a donné au cinéma quelques uns de ses plus beaux thèmes, d’Amarcord au Parrain en passant par Roméo et Juliette ou Huit et demi. Aussi ce n’est pas lui faire injure que de trouver que le symphonisme habile de sa suite de ballet tiré de La Strada ne restitue à aucun moment la magie du film (inoubliables Quinn-Zampano et Masina-Gelsomina). A l’instar de Riccardo Muti avec les forces de la Scala de Milan qui ont beaucoup fait pour la redécouverte de , l’orchestre lyonnais joue cette musique avec conviction.

Rejoints par quelques joyeux ludions, à l’humour benignien (compagnia La Paranza), les musiciens ont conclu ce brillant concert par un radieux O sole mio, annonciateur d’une saison que l’on sait d’ores et déjà ensoleillée.

Crédit photographique : © DR

Plus de détails

Lyon. Auditorium Maurice Ravel. 24-IX-2009. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La forza del destino, ouverture ; Nicollo Paganini (1782-1840) : aConcerto pour violon et orchestre n°1 en mi bémol majeur (extraits) ; Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : Capriccio italien sur des thèmes populaires op. 45 ; Sergeï Prokofiev (1891-1953) : Roméo et Juliette, suites d’orchestre op. 64 a et b ; Nino Rota (1911-1979) : La strada, suite de ballet ; Eduardo Di Capua (1865-1917) : O sole mio (arrangement : Giancarlo Chiaramello). Alexandra Soumm, violon. Compagnia La Paranza. Orchestre National de Lyon, direction : Jun Märkl.

Mots-clefs de cet article

Banniere-ClefsResmu-ok

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.