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Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 24-IX-2009. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour violon en ré majeur op. 77 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Egmont, musique de scène pour le drame de Gœthe op. 84. Vadim Repin, violon ; Melanie Diener, soprano ; Ulrich Tukur, récitant. Orchestre National de France, direction : Kurt Masur

Est-ce le plaisir de débuter une nouvelle saison ? L’ entamait le Concerto pour violon de Brahms avec une rondeur conquérante. Après une entrée dénuée d’emphase, ne cessait pas de fasciner par l’élégance supérieure de son art, déjà remarquée dans son récent enregistrement, et si précieuse dans une œuvre où la virtuosité ne doit pas éblouir, mais inventer un chant qui paraisse inouï. Pour cette raison, sans doute, la périlleuse cadence due à Jascha Heifetz semblait plus artificielle que l’étirement délicieux de certains passages et la fantaisie constante des phrasés. Plutôt que de dérouler l’Adagio à pleine voix, le violoniste jouait des pleins et des déliés avec une légèreté divine ; puis, sans laisser le public se livrer aux raclements et feulements dont il a le secret, se jetait dans un troisième mouvement exceptionnel par la finesse des traits, la variété des accents et la fulgurance des trilles. menait tranquillement l’orchestre, assuré d’une parfaite entente avec le soliste, notamment à la fin de chaque mouvement.

Il faut saluer l’idée de présenter dans son intégralité la musique de scène pour Egmont (1810), dont on ne connaît bien que l’ouverture. Or, si l’on excepte une dizaine de lieder, il s’agit de la seule rencontre entre ces deux écrasants génies, et Gœthe, contrairement à son habitude, apprécia la partition. En plus de l’ouverture, Beethoven composa quatre entractes, deux airs pour l’héroïne, un interlude illustrant la mort de ce personnage, et un mélodrame, pendant lequel Egmont, emprisonné et condamné à mort, voit apparaître la déesse de la Liberté : elle a les traits de sa bien-aimée et le couronne de laurier. Dans son ultime monologue, il comprend alors que sa mort est nécessaire pour provoquer le soulèvement de ses compatriotes contre l’oppression espagnole, et la pièce se termine par la symphonie triomphale qui concluait aussi l’ouverture. Cette scène finale atteignait pleinement son effet grâce à l’acteur Ulrich Tukur et semblait illustrer la comparaison que fait Theodor Adorno entre le pathos de Beethoven et «le geste de la main qui allume la torche». A contrario, les autres morceaux souffraient de l’absence d’un texte de liaison qui leur aurait restitué un contexte dramatique et philosophique. L’interprétation robuste de en perdait sans doute aussi de sa force : la Mort de Klärchen aurait dû émouvoir davantage, et, dans la sinistre marche du second entracte, les cordes graves, ailleurs si présentes, manquaient de mordant. se montrait fort éloquente, et la hautboïste , aussi excellente dans le troisième entracte que dans le second mouvement du Concerto, reçut, comme il se doit, sa part de l’ovation finale.

Crédit photographique : © Susie Knoll

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 24-IX-2009. Johannes Brahms (1833-1897) : Concerto pour violon en ré majeur op. 77 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Egmont, musique de scène pour le drame de Gœthe op. 84. Vadim Repin, violon ; Melanie Diener, soprano ; Ulrich Tukur, récitant. Orchestre National de France, direction : Kurt Masur

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