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Des routes en or pour Jordi Savall

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Ambronay. Abbatiale. 25-IX-2009. Les routes du nouveau monde, métissage et dialogue musical entre l’ancienne Iberia et le nouveau monde. Tembembe Ensamble Continuo : Donaji Esparza, chant et danse ; Ada Coronel, chant et vihuela ; Patricio Hidalgo, chant et jarana jarocha 3a ; Enrique Barona, huapanguera, leona, jarana jarocha 3a, mosquito, maracas, pandero, chant et danse ; Ulises Martinez, chant et violon ; Eloy Cruz, guitare baroque, jarana baroque, théorbe ; Leopold Novoa, marimbol, guitare de son 3a, jarana huastèque, quijada de caballo et arpa llanera. La capella Reial de Catalunya : Adriana Fernandez, soprano ; Maïté Arruabarrena, mezzo-soprano ; David Sagastume, contre-ténor ; Francec Garrigosa, ténor ; Jordi Ricart, basse ; Daniele Carnovitch, basse. Hespèrion XXI : Jordi Savall, Sergi Casademunt, Fahmi Alqhai, violes de gambe ; Xavier Puertas, violon ; Xavier Diaz-Latorre, guitare et vihuela ; Andrew Lawrence-King, arpa cruzada ; Jean-Pierre Canilhac, cornet ; Béatrice Delpierre, chalémie ; Daniel Lassalle, sacqueboute ; Josep Borras, dulciane ; Pedro Estevan, percussion. Direction : Jordi Savall.

Festival d’Ambronay

Fidélité. C’est dans son acception la plus noble qu’il faut entendre ce terme pour définir la relation artistique privilégiée, unique même, qui unit à Ambronay. Que de fois le catalan nous a surpris et éblouis dans cette abbatiale qui, cette année encore, accueille les plus grands? En effet, quelle manifestation musicale peut se targuer d’inviter lors de la même session, Christophe Rousset, Christina Pluhar, Rinaldo Alessandrini, Mark Minkowski, William Christie, Concerto Soave, Maria Cristina Kiehr, Jean-Christophe Spinosi, Sigiswald Kuijken, Fabio Biondi, Leonardo Garcia Alarcon, Denis Raisin Dadre, Skip Sempé, Philippe Jarrousky et Gabriel Garrido?

30 ans : l’âge de raison pour une certaine Bridget Jones, 30 ans, l’âge de passion pour un festival internationalement reconnu (les suisses en raffolent!) pour sa programmation, certes, mais aussi pour sa capacité de renouvellement (de remise en question?) avec pour chaque nouvelle édition, des projets audacieux, des artistes en résidence, une académie baroque qui compte les recrues prometteuses qui soient. Sans oublier un label discographique, plus laboratoire musical que jamais.

Et puis Ambronay, c’est un lieu élégant, inspirant, et un public attentif, respectueux des artistes, toujours chaleureux (voire indulgent, notamment à l’encontre d’un Gabriel Garrido-Elyma, si souvent inégal… ). Sans Montserrat, ni Arianna et Ferran, nous proposait en compagnie de , d’ et d’un ensemble venu du mexique pour l’occasion (Tembembe) de le suivre sur les traces des Routes du nouveau monde.

Le gambiste catalan est tellement indissociable du paysage baroque que l’on a un peu oublié, à mon sens, le fantastique parcours qui est le sien! Ce musicien, à qui nous devons quelques uns des plus beaux disques du monde (un chant de la Sibylle extatique par Montserrat Figueras qui nous a fait aimer la musique, des Marin Marais brûlants d’austérité) est un pionnier de l’aventure musicologique, un inlassable défricheur de terres musicales, un dénicheur de partitions providentielles. Un homme transfrontières aussi à l’aise dans Lully ou Monteverdi que dans les musiques de la diaspora juive, ou du Siècle d’or espagnol qu’il a tant contribué à faire connaître. Cest aussi et surtout un être d’exception qui a su choisir la liberté, en créant son propre label (Alia Vox) pour ne dépendre d’aucune contingence commerciale. Sans cela, aurait-on eu son Jérusalem, ville des deux paix ou un François-Xavier, la route de l’Orient au disque?

Aussi était-on impatient de découvrir ce programme de chants et danses créoles, de villancicos, issues du métissage et du dialogue musical entre l’Espagne et le Nouveau Monde!

Pour l’occasion, Savall avait associé aux deux ensembles susnommés, sept musiciens mexicains. Aux violes de gambe, cornet, sacqueboute et chalémie d’ se sont mêlés d’étranges instruments en provenance d’Amérique latine, notamment des petites guitares répondant aux jolis noms de lionne, mosquito ou chuchupina (dixit Savall). Les voix de , dominées par la toujours impeccable Adriana Fernandez, ont été rejointes par celles de Ada Coronel et Patricio Hidalgo, deux chanteurs mexicains dont chaque notes sortie du gosier est un petit lambeau d’âme (peut-être auraient-elles mérité une sonorisation pour en apprécier toute la beauté?). Le résultat est tout simplement magique, Jordi Savall réussissant l’impossible alchimie entre l’Ancien et le Nouveau Monde, grâce à l’humilité de sa démarche artistique, . Fuyant la tentation folklorisante, ce concert est un chant d’amour à l’Etranger : au métissage des traditions musicales s’ajoute celui des musiciens présents, dont les instruments vibrent à l’unisson. L’alliage des timbres crée de fascinantes perspectives sonores semblant remonter à la nuit des temps, tout en sonnant étonnamment moderne. Deux moment de grâce : «El son de los negritos» et une chaconne endiablée en deuxième partie. A cela s’est ajouté le bonheur de découvrir des musiques inédites, qui sont autant de chants d’amour, de spiritualité, débordant d’allégresse et de malice.

Il y a chez Savall et ses amis une pudeur dans l’extraversion, une ferveur secrète et émue, une attention et une bienveillance réciproques qui touchent au plus profond. Qu’importent alors les quelques décalages, inhérents au concert et plus encore quand il s’agit d’instruments si différents, les deux ou trois excès percussifs des mexicains, ce voyage musical au delà du beau, dans sa vérité artistique comme humaine, ne se laissera pas oublier.

Crédit photographique : Jordi Savall © DR

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