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Le Requiem de Verdi… pas très catholique, tout ça !

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Giuseppe Verdi (1813-1901) : Requiem. Christine Brewer, soprano ; Karen Cargill, mezzo-soprano ; Stuart Neill, ténor ; John Relyea, basse. London Symphony Chorus et Orchestra, direction : Sir Colin Davis. 2 CD LSO Live LSO0683. Code barre : 8 22231 16832. Enregistré en janvier 2009 au Barbican Centre de Londres. Livret trilingue (anglais, français et allemand). Durée totale : 82’04’’.

 

Le Requiem de Verdi… Voilà un titre on ne peut plus antinomique ! De fait, chacun sait avant même d’écouter l’œuvre ce qu’il va y trouver : un chef d’œuvre, certes, mais davantage orienté vers la scène que vers l’autel. Que voulez-vous ? Quand on s’appelle , on ne se refait pas ! Aussi n’est-il pas surprenant de constater que le compositeur utilise les mêmes recettes, les mêmes fils que dans ses œuvres scéniques pour chanter ce grand mystère qu’est la mort. Le livret met cela sur le compte d’un anticléricalisme supposé de l’auteur, ou encore de l’aspect dramatique du texte, notamment du «Dies Irae». Soit. De manière personnelle, on préfèrera tout de même à cette débauche d’effets l’ascèse d’un Fauré. Une des vertus de cette œuvre est par ailleurs de ne pas céder à l’usuelle association liturgie/ contrepoint : éminent représentant du siècle de la mélodie accompagnée, Verdi reste fidèle à ses principes, mis à part pour la turbulente fugue finale. Il en fallait au moins une. Un autre archaïsme, beaucoup plus curieux, intervient dans l’»Agnus Dei», qui voit le chœur dialoguer avec la soprano et la mezzo, en mode responsorial et en homorythmie, sur une ligne mélodique très conjointe et ornée à la manière d’un supposé chant grégorien.

Une fois clarifiée l’esthétique générale de l’œuvre, il paraît difficile de tenir rigueur aux solistes de leur engagement : s’ils jouent à fond la carte de l’opéra, c’est qu’ils ne font que suivre ce que la partition leur indique. Le ténor fait ainsi figure de jeune premier qui essayerait par exemple dans le «Ingemisco» de convaincre sa belle de l’amour qu’il lui porte, cependant que la basse, shakespearienne en diable, semble échappée d’une production du Don Carlo dans le «Lux aeterna». D’un point de vue plus technique, la soprano et la mezzo sont quant à elles dotées d’un timbre gras, c’est-à-dire plein d’air et affecté d’un vibrato souvent excessif. Elles nous réservent néanmoins de beaux moments, notamment dans le sublime «Recordare Jesu». Tous les quatre ont le mérite de partager la même vision de l’œuvre et la même puissance vocale, d’où une homogénéité proprement délectable, par exemple dans le «Pie Jesu» qui conclut le «Dies Irae». On notera tout de même une certaine complaisance dans le pathos, rendu à grands coups de trémolos dans la voix dans le «Quid sum miser».

Pour ce qui est des chœurs et de l’orchestre, il est inutile de préciser que, menés comme ils le sont par un vieux routier de la musique romantique – dont nous nous rappelons encore les interprétations de Berlioz avec émotion – ils servent cette musique tour à tour généreuse et concise, raffinée et pompière («Sanctus»…), avec un élan et une précision remarquables. Outre l’inénarrable «Dies Irae», véritable idée fixe du compositeur, rendu avec beaucoup de feu, on citera, en ce qui concerne les quelques rares passages confiés à l’orchestre seul, les interludes après «Inter oves» ou «Fac eas, Domine». Véritables perles musicales, ils nous montrent l’art de Verdi dans tout ce qu’il peut avoir de subtil.

Au final, cette œuvre complexe, inégale autant que sincère d’un des plus grands représentants de la musique italienne nous offre dans cette interprétation captée en direct de bien beaux moments de musique, représentatifs de la pitié humaniste du XIXème siècle.

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Giuseppe Verdi (1813-1901) : Requiem. Christine Brewer, soprano ; Karen Cargill, mezzo-soprano ; Stuart Neill, ténor ; John Relyea, basse. London Symphony Chorus et Orchestra, direction : Sir Colin Davis. 2 CD LSO Live LSO0683. Code barre : 8 22231 16832. Enregistré en janvier 2009 au Barbican Centre de Londres. Livret trilingue (anglais, français et allemand). Durée totale : 82’04’’.

 
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