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Orchestre des Jeunes Simon Bolivar et l’OPRF : un, voire deux miracles

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, salle Pleyel, 24-X-2009. Maurice Ravel (1875- 1937) : Daphnis et Chloé suite n°2 ; Evencio Castellanos (1915- 1984) : Santa Cruz de Pacairigua ; Hector Berlioz (1803- 1869) : Symphonie fantastique op. 14. Orchestre Philharmonique de Radio France, Orchestre des Jeunes Simon Bolivar, direction : Gustavo Dudamel.

et Orchestre Simon Bolivar des Jeunes du Venezuela sont les deux noms qui peuvent balayer instantanément les réticences d’un auditeur moyen à privilégier la salle de concert à son salon. Qu’il se reconnaisse dans ces jeunes musiciens (douze à vingt-six ans) issus des quartiers pauvres du Venezuela que rien ne prédestinait à la musique classique ou qu’il pressente le show qui se dévoilera autant à ses yeux qu’à ses oreilles, il aura avant tout su reconnaître la vie quand il l’entend.

La musique classique, par le biais d’un programme gratuit de l’Etat vénézuélien, El Sistema, a réellement sauvé la vie de ces jeunes de la délinquance, de la violence ou de la pauvreté. Ils ont découvert que «la musique classique ne s’écoute pas seulement lors des cérémonies funèbres» et qu’elle fait d’eux des héros avec une fin combien plus glorieuse…. Elle en fait des héros vivants. C’est en effet une célébration de la vie, dans tous les répertoires du classique, que propose cet ensemble qui transforme tout ce qu’il touche en tableau vivant. Mais la source du tableau, c’est bien celui qui le dirige depuis dix ans. Sous la direction de , le Philharmonique lui-même est méconnaissable. Il partage ce soir l’affiche et ouvre le concert par un Ravel charnel, rêveur et épanoui dans ses nuances, ses soli remarquables et son sens rythmique. Habité par une intensité nouvelle, il fait preuve d’une cohésion et d’un lyrisme qu’on ne lui connaissait pas. Son pendant, l’orchestre Simon Bolivar, présente la suite symphonique du vénézuélien Castellanos. Un très beau sentiment de fierté collective se dégage de leur maîtrise de la rythmique complexe ou celle individuelle de l’instrument (violoncelle, alto, trompette, … ), de leur capacité d’émerveillement à la musique et au jeu que leur propose Dudamel. Une fierté matérialisée par une projection sonore à nulle autre pareille.

Celle-ci gagne le Philharmonique quand les deux orchestres s’associent pour la Fantastique de Berlioz. Jamais la masse ne pose problème, l’unité des pupitres est même exceptionnelle ; c’est davantage l’énergie collective superlative, penchant vers l’hystérie, qu’on peut regretter par moments et l’exagération d’un caractère martial qui va de paire. Mais ces épisodes d’exhibition restent rares face à l’équilibre et à l’exigence musicale qui ont su être instaurés ici. A la fois subtile et spectaculaire – avec des contrastes si bien amenés – cette interprétation n’a omis ni poésie ni humour dans sa recherche du pittoresque. C’est avec un dernier mouvement quasi démoniaque où les qualités naturelles de l’orchestre – rythme incisif et énergie explosive – ont trouvé une adéquation parfaite avec le «fantastique», que Dudamel a confirmé sa fibre de sculpteur.

Une soirée endiablée, conclue par un bis de West Side Story, qui n’a eu de cesse de prouver que la musique classique est une langue vivante.

Crédit photographique : Gustavo Dudamel ©DR

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