Concours, La Scène

Un concours à la dérive

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Concours Long-Thibaud . 66ème année. Session piano. Paris, du 15 au 24 octobre 2009. Président : Jean-Philippe Schweitzer

Concours Long-Thibaud. 66ème année. Session piano. Paris, du 15 au 24 octobre 2009. Président : Jean-Philippe Schweitzer. 15 et 16 octobre : épreuves éliminatoires au Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris ; 17 et 18 octobre : demi-fnale, même lieu ; 19 octobre : finale récital à la salle Gaveau ; 22 octobre : finale concerto à la salle Olivier-Messiaen de Radio-France ; 24 Octobre : concert de gala, même lieu. Participation de l’Orchestre National de France sous la direction de Didier Benetti. La compétition, qui semble vivre la dérive, ternit gravement son image ; les quelques améliorations et innovations apportées ne pèsent pas lourd.

Jury : Président : (pianiste, France), reconduit lors de la compétition de 2007. Membres : Michel Beroff (pianiste, France), (pianiste, Turquie), Peter Frankl (pianiste, Grande-Bretagne et Hongrie), Eric Heidsieck (pianiste, France), Theodor Paraskivesco (pianiste, Roumanie), (chef d’orchestre, Finlande), Wojciech Switala (pianiste, Pologne) et Zhu Xiao Mei (pianiste, Chine).

Les candidats : nombre total non communiqué ni officiellement ni officieusement (pour la première fois). Sur 26 candidats sélectionnés, 20 ont participé aux épreuves. Cinq finalistes ont été retenus. Palmarès : Premier Grand Prix – Académie des Beaux Arts : non attribué. Deuxième Grand Prix : Maria Masycheva, 27 ans (Russie). Troisième Grand prix : , 18 ans (France). Quatrième prix : Yunjie Chen, 28 ans (Chine). Cinquième prix : Takayo Sano, 29 ans (Japon).

Quant au cinquième finaliste, le candidat japonais Kasuya Saito, 19 ans, aucun prix ne lui fut décerné sinon un des prix spéciaux ; celui de Madame Gaby Pasquier, récompensant la meilleure interprétation de l’œuvre de Fauré. Non qu’il ait démérité le moins du monde mais le Premier Grand Prix n’ayant pas été décerné, le sixième, le sien, était tout simplement supprimé. Connaissant la situation, comment le jury a-t-il osé ne pas attribuer le premier prix ? En effet, il n’eut pas été criminel d’attribuer un premier prix à Maria Masycheva ni même à Takao Sano. Leur prestation valait bien celles de certains lauréats des années précédentes. En revanche, ne pas récompenser Kazuya Saito, cela est une injustice qui déconsidère le concours, tout simplement. Le jury, dans l’embarras, aurait souhaité deux prix ex-aequo. Très bien, mais les mécènes refusent cette solution. Et, sans doute, il ne faut pas déplaire aux mécènes quitte à sacrifier un candidat dont chacun reconnaît le talent et qui reçut des ovations lors de la finale récital comme aucun autre candidat. Un des membres du jury nous a confié en «être malade» et a décidé de parler de l’affaire, voire de le faire jouer lors dès sa prochaine tournée au Japon. Bravo. De surcroît, on fit participer Kazuya Saito à la répétition générale et publique du 24 Novembre mais il ne joua pas une note au gala, ne fut pas nommé parmi les finalistes, et n’eut pas sa photographie dans le programme. Il dut, cependant, monter sur le podium à la fin du concert pour recevoir, avec les lauréats, un bouquet de fleurs ! Ses yeux, si étonnés et joyeux lors de la finale récital étaient d’une tristesse qui bouleversa l’assistance. Cet affront immérité fut le sujet des conversations de la soirée. C’est que Kazuya Saito, qu’il le sache, a été remarqué et nous nous souviendrons de son interprétation si chatoyante de l’Ondine du Gaspard de la Nuit de Maurice Ravel, comme de son accompagnement des mélodies de Ravel toujours, de son exécution de AMA, la belle œuvre de (commande pour le concours récompensée par le prix Chevillon-Bonnaud), œuvre qu’il fut seul à jouer par cœur, comme de son toucher de velours quand il aborde Beethoven, de son aisance, de son brio dans Balakirev.

L’absence à ce «gala» du Président du jury, , et de Madame Zhu Xiao Mei, non excusés, trahit bien un profond malaise. Aucun discours, ni du ministère ni de la Ville de Paris, comme à l’ordinaire ; Le jury n’est même pas venu saluer le public. Pas de remise de prix non plus : elle avait eu lieu… la veille, dans une banque «de gestion privée, gérant le patrimoine de grandes familles (sic) et accompagnant (?) les Français vivant à l’étranger», sans que le public soit admis. Ce peut être valorisant pour la banque en question, mais pas pour les candidats. Haut niveau des finalistes, mais le quart des candidats sélectionnés était fort médiocre. C’est que la tâche est bien difficile de juger sur CD. Mieux vaut la confier à des musiciens d’envergure et habitués aux concours. On se souvient du mal que se donnait Roland Faure et son équipe. Renonçons donc aux retransmissions, contrairement aux autres grands concours internationaux (lire les comptes-rendus des éditions 2007 et 2008) et à demander que , maintenant titulaire du prix de Leeds, excusez du peu, et Frederike Saejs jouent avec orchestre, comme prévu. Félicitons les lauréats, qui le méritent, mais dont nous ne savons rien, faute de biographies dans le programme. D’abord, ils jouèrent tous lors de la finale concerto, on allait dire contre vents et marées, en tous cas sachant s’imposer, confrontés qu’ils étaient à un Orchestre National de France qui faisait plutôt office de parasite que d’accompagnateur, tant la direction de Didier Benetti (qui reste un si grand timbalier) était paroxystique. Le chef, averti, se modéra lors du gala, mais toujours sans écoute du soliste encore trop souvent couvert.

M. Masycheva fait preuve de beaucoup de puissance intellectuelle et digitale, a joué remarquablement le répertoire russe et magistralement le Concerto pour la main gauche de Maurice Ravel. Le seul français retenu, , est doué, déjà, d’une grande maturité cérébrale et se montre brillant dans la musique post-romantique, mais déçoit dans Mozart, Beethoven et Haydn où sa conception manque de profondeur et son jeu, de couleurs. Saluons la solidité de son interprétation du Concerto n°4 de Rachmaninov. Plus âgé, le japonais Takaya Sano étonne par la finesse et l’élégance de son jeu, sa pudique mélancolie dans Couperin, le rayonnement harmonique de son jeu dans Liszt et sa magnifique interprétation du Concerto n°1 de Chopin. Enfin, Yunje Chen, sorte de génie pianistique, est inclassable. Il a subjugué le public dans la Sonate K333 de Mozart, au point d’avoir été applaudi dès cette première interprétation, lors de la semi-finale, ce qui ne se fait pas, n’est ce pas ? Il s’est envolé dans l’Etude de Liapounov, avec une virtuosité électrisante, qui se retrouva dans la finale récital où son interprétation fut sans doute un peu trop libre, le pianiste semblant sous l’hypnose de la musique.

Reste à encourager Claude Périn, Secrétaire Générale, toujours présente et qui sait développer l’association des «Amis du concours» et ainsi y ramener le public, à se réjouir de la retransmission sur France Musique prévue le 6 novembre, les extraits sur internet étant par trop brefs et décevants quant au son. Les projets d’extension du concours à l’étranger semblent bien inutiles.

Crédit photographique : © Jérôme Panconi

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