Un Rigoletto décevant à Gênes

La Scène, Opéra, Opéras

Gênes, Théâtre Carlo Felice. 31-X-2009. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Rigoletto, mélodrame en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave. Mise en scène : Stefano Vizioli. Décors et costumes : Pierluigi Samaritani. Lumière : Franco Marri. Avec : Valter Borin, Il Duca di Mantova ; Devid Cecconi, Rigoletto ; Ekaterina Bakanova, Gilda ; Riccardo Ferrari, Sparafucile ; Mabel Ledo, Maddalena ; Patrizia Gentile, Giovanna ; Carlo Di Cristoforo, Il Conte di Monterone ; Angelo Nardirocchi, Marullo ; Mario Bolognesi, Matteo Borsa ; Federico Benetti, Il Conte di Ceprano ; Federica Gatta, La Contessa di Ceprano ; Laura Catrani, Un Paggio della Duchessa ; Alessandro Pastorino, Un Usciere di Corte. Orchestre et Chœur du Théâtre Carlo Felice (chef de chœur : Ciro Visco), direction : Carmine Pinto

Décidément décevante cette dernière production de Rigoletto. Le décès du ténor a obligé la production à un remplacement de dernière minute avec Valter Borin qui a compromis, malgré lui, la bonne réussite de cet opéra magnifique. Le mélodrame verdien caractérisé par une exceptionnelle flexibilité musicale et une forte introspection des personnages, demande au chanteurs une haute capacité de s’identifier à leur rôle. Cela non seulement à travers la voix mais aussi avec une importante présence scénique. Néanmoins une sorte de malaise et lourdeur sur scène a marqué tout le premier acte qui s’est déroulé, en général, avec beaucoup de décalages entre l’orchestre et les chanteurs et pas mal de fautes d’intonation. Le travail de Carmine Pinto, jeune directeur d’orchestre dans la lignée de , n’a pas été garant d’une interprétation précise ni d’une sonorité incisive à l’orchestre. Ce qui a souvent pénalisé l’allure rythmique des chanteurs sur scène.

Total manque de colorature et d’harmoniques pour le ténor : de toute évidence, il ne connaît pas l’art du legato. L’air très populaire «La donna è mobile» qui définit le caractère despotique du duc de Mantoue, un «libertin» impuni, est un échec total : volume modeste, pauvreté de résonance dans le registre aigu et un usage impropre d’accents pour soutenir la voix. Quant au rôle-titre, Devid Cecconi s’en sort sans doute mieux quoiqu’il n’arrive pas toujours à souligner le contraste entre le pathos et l’humour, la cantilène et le parlando, l’amour et le cynisme. Ses moments les plus réussis sont «Pietà Signori» et l’air de la vengeance, «Vendetta, tremenda vendetta» du deuxième acte.

Les personnages du drame habillés en costumes de l’époque, sont placés par dans une scénographie en style classique organisée autour de l’opposition entre le marbre polychrome, représentant le faste libertins, et la pierre froide du lieu où se consomme la tragédie d’amour. Le rideau s’ouvre sur un ensemble de corps voluptueux allongés aux pieds d’un nu d’homme. Des draps et étoles aux tonalités chaudes qui les couvrent à peine, soulignent de façon symbolique l’effet dangereux que la concupiscence peut entraîner. Les décors sont beaux tout comme les costumes mais cela n’affranchit que partiellement le spectateur d’une représentation échouée.

Un jour, affirma avec humour que pour monter certains opéras il était suffisant d’engager les meilleurs chanteurs du monde… hélas ce n’a pas été le cas !

Crédit photographique : (Gilda) ; (Rigoletto) © Jacopo Morando / Fondazione Teatro Carlo Felice

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.