À emporter, Actus Prod, CD, Musique symphonique

Sir Colin Davis, le LSO et Sibelius

Plus de détails

Jean Sibelius (1865-1957) : intégrale des symphonies ; Kullervo op. 7. Peter Mattei, baryton ; Monica Groop, mezzo-soprano ; London Symphony Chorus and Orchestra (chef de chœur : Joseph Cullen), direction : Sir Colin Davis. 4 CDs LSO Live LSO00191. Code barre : 822231 119128. Enregistré au Barbican Center, Londres, 2002-03-05-06. Notice trilingue (anglais, français, allemand). Texte (Kullervo) : finnois, anglais. Durée : 78’20 + 75’34 + 79’13 + 72’12

 

Toujours auréolé par l’immense succès de son enregistrement intégral des symphonies de réalisée avec l’Orchestre symphonique de Boston (Philips) dans les années 1975-76, Sir réitère l’aventure, trois décennies plus tard, en compagnie cette fois du enregistré en live au Barbican Center de la capitale britannique.

On ne peut pas ne pas, légitimement, opérer la comparaison entre les deux lectures. Globalement, cette dernière intégrale s’avère moins tonique, moins échevelée, moins spontanée que sa devancière. Pour autant, elle ne démérite nullement comme en témoigne l’écoute de la Symphonie n°1 en mi mineur de 1899, richement parée de ses beaux timbres et des rythmes singuliers qui la caractérisent. On se convainc et s’étonne une fois encore de découvrir une originalité esthétique tout à fait exceptionnelle pour un premier opus symphonique qui se positionne comme seulement la deuxième symphonie moderne de la Finlande (après la Symphonie en fa mineur d’Ernst Mielck composée en 1897 et ostentatoirement brahmsienne). Etonnamment, la lumineuse et luxuriante Symphonie n°2 en ré majeur (1901-02) souffre d’une interprétation un peu trop assoupie et légèrement déficitaire en reliefs sonores. La symphonie suivante (n°3 en do majeur, 1904-07) bénéficie d’une nervosité insufflée, de bon aloi. Ainsi la moins renommée du cycle se pare-t-elle d’une disposition flatteuse et bienvenue. L’énigmatique, novatrice et quasi-aphoristique Symphonie n°4 en la mineur (1910-11), dans sa dignité magnifiée, se place au sommet interprétatif de ce coffret-événement.

Le LSO surpasse Boston par l’homogénéité des cordes, par le rendu de la désolation psychologique et par la maîtrise absolue d’une progression sonore inconnue auparavant. La Symphonie n°5 en mi bémol majeur (1914-19) connut une longue et difficile gestation. Le résultat contraste avec la symphonie précédente et amena certains critiques à la qualifier de beethovénienne. D’ailleurs elle est très loin de refléter la lutte acharnée et interminable qui aboutit à son achèvement. lui offre une lecture faisant dialoguer de séduisantes couleurs et un climat moins récréatif qu’il n’y paraît. Toutefois la version de 1975 bénéficiait d’une impulsivité autrement plus grande. De plus, entendre le chef gémir ou chantonner en arrière-plan constitue une gène difficilement supportable. L’avant-dernière symphonie (n°6 en ré mineur, 1923), laconique et limpide, foncièrement originale également, sous la baguette du chef britannique, prend un relief architectural visionnaire en éloignant toute monotonie. Le corpus symphonique s’achève avec l’épique Symphonie n°7 en do majeur (1924) à la structure organique complexe, en un seul mouvement ; elle reçoit une interprétation rigoureuse et exquise, propre à mettre en avant ses ressources et potentialités inédites, appelés à un grand avenir. Kullervo, immense poème symphonique ou symphonie pour solistes, chœur et orchestre, du jeune homme de 27 ans (op. 7, 1892), entre en rude concurrence avec une discographie prestigieuse aussi riche qu’abondante (Leif Segerstam, Ondine et Chandos ; Ari Rasilainen, CPO ; Jorma Panula, Naxos ; Paavo Järvi, Virgin ; Jukka Pekka Saraste, Finlandia ; Paavo Berglund, EMI ; Esa Pekka Salonen, Sony ; Osmo Vänskä, BIS ; Neeme Järvi, BIS). In fine, Colin Davis et les siens s’en sortent avec tous les honneurs sachant trouver et exploiter à merveille l’exaltation, la désolation, l’amour et la mort comme traités par Sibelius.

En dépit des réserves signalées, on sort rassasié et ravi de cette intégrale des symphonies de dont il semble bien difficile de résister à l’étrange et authentique pouvoir d’envoûtement.

Plus de détails

Jean Sibelius (1865-1957) : intégrale des symphonies ; Kullervo op. 7. Peter Mattei, baryton ; Monica Groop, mezzo-soprano ; London Symphony Chorus and Orchestra (chef de chœur : Joseph Cullen), direction : Sir Colin Davis. 4 CDs LSO Live LSO00191. Code barre : 822231 119128. Enregistré au Barbican Center, Londres, 2002-03-05-06. Notice trilingue (anglais, français, allemand). Texte (Kullervo) : finnois, anglais. Durée : 78’20 + 75’34 + 79’13 + 72’12

 
Mots-clefs de cet article

Resmusica-bannière-01

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.