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Chopin intelligible et historique… mais trop scolaire

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Frédéric Chopin (1810–1849) : 4 Ballades ; Prélude en ut dièse mineur op. 45 ; Nocturne n°1-3 op. 9  ; Nocturne en ut mineur op. posthume Browne 49. Arthur Schoonderwœrd, piano Pleyel 1836. 1 CD Alpha 147. Code barre : 3 760014 191473. Enregistré en août 2008 au manoir du Bois des Moutiers, à Varengeville-sur-Mer (Seine Maritime), dans le cadre de l’Académie Bach d’Arques-la-Bataille. Notice en français et anglais. Durée : 61’49

 

A l’écoute de ce CD, l’auditeur ne peut que succomber au charme du piano, un très beau Pleyel 1836. En effet, les basses relativement profondes, le medium chantant et l’aigu… pas trop criard, loin sans faut ! Rien à voir avec l’instrument de Cyril Huvé sur lequel il grava avec fougue les Ballades et les Scherzi chez Emi ! Mais ce même auditeur… est-il sensible au pianiste et surtout à la musique offerte ?

Assurément, Arthur Schoonderwoerd fait montre de qualités indéniables : il donne une vision très claire du texte musical où chaque partie se distingue nettement, avec un équilibre assez réussi entre les différentes voix de ce contrepoint romantique chopinien. Il révèle donc une intelligence certaine de la partition. Il maîtrise bien la pédale et l’utilise habilement dans l’ensemble. Elle ne noie jamais le discours musical qui coule régulièrement. Régulièrement ? Oui, il est clair que notre pianiste travaille de manière pointilleuse. Mais le résultat suppose qu’il ne maîtrise pas assez la technique utile pour jouer les pièces proposées ici de manière éloquente voire envoûtante. En effet, en écoutant les deux premières, à savoir le Prélude en do dièse mineur et la Ballade n°1 op. 23, on peut penser que Schoonderwœrd est un artiste peu démonstratif, cérébral, qui retient ses sentiments comme il retient ses notes. Certes, la basse profonde au début du prélude peut séduire, d’autant que les éléments mélodiques qui rejaillissent à la main droite ressortent finement, exception faite peut-être de l’ornementation un peu trop sèche. Mais déjà se ressent une impression d’avancée difficile. Le début de la ballade peut laisser dubitatif sur le son obtenu grâce à un clavier dans lequel le timide pianiste n’ose pas trop entrer, et la suite conforte cette impression malgré des passages réussis. Mais c’est surtout le choix du tempo qui gène ainsi que le rubato très ad libitum… Schoonderwœrd devrait lire Chopin vu par ses élèves (J. J. Eigeldinger) pour comprendre vraiment le sens des oscillations de tempo. La fin de cette première ballade interpelle vraiment dans le sens où vraiment on ne « décolle pas ». Certes, la lisibilité de la partition ressort sans problème. Mais point de passion il n’y a, avec des traits tout juste maîtrisés, une basse trop dure… Le doute peut subsister peut-être encore puisque c’est la seconde pièce du CD. Mais quand on arrive à la Ballade n°4, le doute n’est plus permis. L’aspect métronomique ressort malheureusement tout du long. Les traits ont toujours autant de mal à passer. En bref, une technique trop limitée pour être à la hauteur des espérances et de la pensée de l’interprète. C’est dommage !

Ajoutons cependant que ce CD est très bien présenté avec des textes intéressants et une pochette bien décorée avec l’une des peintures les plus connues de Delacroix. Les auteurs des textes de présentation rapprochent la sensibilité du peintre de celle du musicien. Un travail soigné. Au total, un CD pour les passionnés du piano ancien et les comparatistes des versions des œuvres de Chopin. Mais ce n’est pas une référence, loin de là.

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Frédéric Chopin (1810–1849) : 4 Ballades ; Prélude en ut dièse mineur op. 45 ; Nocturne n°1-3 op. 9  ; Nocturne en ut mineur op. posthume Browne 49. Arthur Schoonderwœrd, piano Pleyel 1836. 1 CD Alpha 147. Code barre : 3 760014 191473. Enregistré en août 2008 au manoir du Bois des Moutiers, à Varengeville-sur-Mer (Seine Maritime), dans le cadre de l’Académie Bach d’Arques-la-Bataille. Notice en français et anglais. Durée : 61’49

 
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