Concerts, La Scène, Musique symphonique

Belle entrée en Mahler avec Simone Young

Plus de détails

Lyon. Auditorium Maurice Ravel. 12-XI-2009. Olivier Messiaen (1908-1992) : Concert à quatre. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°6 « Tragique». Emmanuel Réville, flûte ; Guy Laroche, hautbois ; Edouard Sapey-Triomphe, violoncelle ; Elisabeth Rigollet, piano. Orchestre National de Lyon, direction : Simone Young

Alors que la polémique consécutive à l’arrivée de Laurent Langlois à la direction de l’ONL et ses démêlés avec Jun Märkl commencent à s’essouffler, tout en ayant laissé des traces indélébiles, l’Auditorium Maurice Ravel créait l’évènement en invitant la chef d’orchestre , quatre ans après un programme Verdi-Respighi qui avait marqué les mémoires.

Pour cette deuxième invitation, avait choisi la plus aboutie sans doute des symphonies médianes de Mahler, la n°6, la plus casse-gueule aussi (avec la n°7) et celle que l’on imagine à priori le moins dans les cordes de la formation lyonnaise. Question de couleurs et de tempérament plus que de discipline. Ainsi était-on impatient, alléchés par les récentes incursions bruckneriennes (Œhms) de la dame, de découvrir le résultat!

Auparavant, une jolie surprise nous attendait avec le Concert à quatre pour piano, hautbois, flûte, violoncelle et orchestre de Messiaen, achevé par Yvonne Loriod et créé en 1994. Cette partition intimiste, malgré ses 107 musiciens, est pourtant déjà parée du linceul céleste d’Eclairs sur l’au-delà ; geste décanté d’un homme au soir de son existence. Si à l’aise dans la musique française, Ravel, Debussy ou Roussel n’ont plus de secrets pour elle, la phalange lyonnaise trouve les accents rageurs, malicieux et élégiaques de cette musique rappelant ses affinités avec l’auteur de l’Ascension. Nul n’a oublié la dionysiaque Turangalîla-Symphonie donnée la saison dernière, sommet absolu de la collaboration avec Märkl ! Parfaitement complices, Emmanuelle Réville, Guy Laroche, Edouard Sapey-Triomphe et Elisabeth Rigoullet sont au diapason de cette lecture idéale à laquelle Simone Young apporte l’élégance de sa gestuelle.

Convenant parfaitement au Concertgebouw, au Philarmonique de Vienne, aux grands orchestres américains ou allemands (Berlin, Dresde, Leipzig), la Symphonie n°6 de Mahler n’a jamais été la mieux servie par les formations françaises. Eschenbach, Chung, Haitink ou Gatti ont connu des fortunes diverses lors de leurs concerts parisiens et seul le dernier, audacieux et engagé, s’est hissé à la hauteur de l’œuvre. L’intelligence de Simone Young est d’avoir su prendre en compte les limites et les qualités du son français pour imposer une lecture étonnamment cohérente de la partition, gagnant en incisivité et en lisibilité ce qu’elle perd forcément en puissance et en souffle. Comment concilier le sens de la trajectoire mahlérienne et la profuse inspiration du compositeur, qui surcharge l’orchestration et dilate l’espace temporel? Est-il possible d’inscrire l’utopie de la symphonie-monde à la Mahler dans une architecture à la parfaite construction organique?

Dès les premières mesures, il apparaît que Simone Young aborde cette machine de guerre qu’est l’Allegro energico avec un souci d’architecture sonore, de logique agogique et de gradation dynamique qui ne lui feront jamais défaut. Les tempi sont vifs, vigoureux et la tension contamine tout l’orchestre. Des cordes précises et galbées, une petite harmonie de toute beauté et des cuivres bien en situation, nettement plus convaincants que dans une ‘‘Troisième Symphonie’’parfois erratique en 2007 : la mobilité orchestrale est évidente, l’engagement des musiciens fait plaisir à voir et à entendre. S’il manque à cette lecture la grandeur et la force tellurique que savait si bien atteindre Bernstein ou Tennstedt, du moins Simone Young ne lâche t-elle à aucun moment la bride !

Moins sardonique et grinçant qu’à l’accoutumée, le Scherzo s’inscrit parfaitement dans la vision de l’australienne, qui fait ressortir la veine profondément viennoise du compositeur avec une rare intelligence. Moment sublime, à faire pleurer les statues de l’île de Pâques, l’Andante’’déploie son chant douloureux avec un lyrisme prégnant même s’il ne possède pas la longueur de souffle, la respiration infinie des grandes interprétations -avec des cors corrects mais sans grâce particulière. Ici comme ailleurs, les fameuses cloches des pâturages ont bien du mal à s’intégrer, singularité authentiquement mahlérienne qui a posé problème aux plus grands.

Chef-d’œuvre de construction musicale, résolution et dépassement de tout ce qui a précédé, le final démontre la validité de la conception initiale, sans déperdition de tension ni d’énergie, avec un orchestre faisant flèche de tout bois. Tout aussi mobile que ses musiciens, la baguette de Simone Young accuse les contrastes, de tutti tonitruants, tels des déflagrations titanesques en pianissimi éthérées, tutoyant le silence… jusqu’à l’effondrement final. Accablante défaite, moment suspendu qu’un spectateur a cru bon de briser en lançant un bravo en tous points malvenu.

Crédit photographique : Simone Young © Kasskara

Plus de détails

Lyon. Auditorium Maurice Ravel. 12-XI-2009. Olivier Messiaen (1908-1992) : Concert à quatre. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°6 « Tragique». Emmanuel Réville, flûte ; Guy Laroche, hautbois ; Edouard Sapey-Triomphe, violoncelle ; Elisabeth Rigollet, piano. Orchestre National de Lyon, direction : Simone Young

Mots-clefs de cet article

Banniere-ClefsResmu-ok

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.