Festival Manca 2009, un aperçu d’outre-atlantique

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Nice. Théâtre National de Nice. 15-XI-2009. Donnacha Dennehy (née en 1971) : As An Nós ; Morton Feldman (1926-1987) : The Viola in My Life ; Edmund Campion (né en 1957) : 600 Secondes dans le vieux modèle ; Ken Ueno (né en ?) : Archeologies of the Future ; Philippe Leroux (né en 1955) : De la texture. Nanci Severance, alto. Ken Ueno, voix. San Francisco Contemporary Music Players, direction : Sara Jobin

Au troisième jour du Festival Manca, l’excellent ensemble américain des San Francisco Contemporary Music Players nous a régalé d’un concert haut en couleur, riche de par l’éclectisme autant que la qualité des œuvres présentées. Composé de solistes réunis pour défendre et promouvoir le répertoire contemporain, et suscitant la production d’œuvres nouvelles, cet ensemble peut être comparé à un petit Intercontemporain, du point de vue de l’effectif, cependant que l’engagement et la qualité sont identiques.

Au chapitre des créations, deux œuvres nous étaient proposées. As An Nós, tout d’abord, sorte de Farben passé au crible de la syntaxe d’un Reich, c’est à dire jouant sur la résonance et la couleur des sons, tout en avouant un amour immodéré pour la répétition lancinante d’un même accord ou d’une même sonorité. Une œuvre attachante, assez virtuose dans son maniement des timbres, mais guère novatrice, il faut bien le dire.

Un peu après nous était proposée l’œuvre d’un jeune compositeur new-yorkais, , également interprète pour l’occasion. Mêlée de mysticisme et d’une fascination sans borne pour la musique orientale, Archeologies of the Future consiste en une assez longue méditation sur les techniques vocales héritées des musiques ethniques, comme le chant diphonique ou la respiration circulaire. Ces effets impressionnants ne surent masquer longtemps l’aspect brouillon de la forme globale, ou l’emploi quelque peu caricatural parce que trop souvent répété des bols tibétains. À trop vouloir plonger l’auditoire dans un état de contemplation voire de transe, il semble bien qu’on finisse par le rendre sceptique. En contrepoint à l’omniprésence de la voix, on remarquera le rôle de tout premier plan confié à la flûte, qui vocifère ou s’exaspère en de fréquents soli assez remarquables.

Dans la catégorie «hommage» de ce concert, l’ensemble nous proposait la curieuse pièce de , The Viola in My Life. Ceux qui s’attendent pour l’occasion à une démonstration de virtuosité de la part de l’altiste devraient s’abstenir, cela n’est pas dans les habitudes de l’auteur – du moins pas la virtuosité tapageuse d’un concerto. L’œuvre en effet réserve de longue tenues à cet instrument, cependant que le reste de l’ensemble se débat avec un matériau d’une rareté qui confine à l’avarice… Une curiosité donc, mais certainement pas l’œuvre la plus attachante du programme.

Tout le contraire des deux œuvres restantes, en somme, au premier titre desquelles la pièce d’. Véritable jaillissement sonore, le compositeur s’y délecte des sonorités des instruments, de la clarinette notamment, dans un discours résolument enlevé, autant que fortement charpenté. Au final, ce scherzo qui ne dit pas son nom laisse le souvenir d’une partition bondissante, pleine de surprises, même si l’on est plus réservé sur la variété rythmique, par trop bridée, et donc presque prévisible, du discours.

Venait enfin De la texture de , comparable à la pièce Eonta de Xenakis. Les deux œuvres partagent le goût des effectifs mouvants, au sens premier du terme, c’est à dire en l’occurrence qui commencent près du piano pour mieux s’en éloigner, jusqu’à se mêler au public. Au-delà de l’anecdote, ce postulat crée d’heureux effets de spatialisation, et pour peu qu’on y soit sensible, d’infinis variétés de sensations. Au final, cette œuvre en tous points fascinante se révèle un choix plus que judicieux pour clore ce programme, d’une variété et d’une qualité tout à fait exemplaires.

Crédit photographique : © Philippe Dejardin

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