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Sandrine Piau & Ann Hallenberg, grandes musiciennes

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 30-XI-2009. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Concerto grosso op. 6 en sol mineur (Largo ; Allegro) ; extraits des opéras Ariodante et Giulio Cesare in Egitto et de l’oratorio Alexander Balus ; Antonio Vivaldi (1678-1741) : extraits des opéras Griselda, La Candace, Tieteberga. Avec : Sandrine Piau, soprano ; Ann Hallenberg, mezzo-soprano. Modo Antiquo, direction : Frederico Maria Sardelli.

Certes il s’agissait d’un concert tout à fait – et ouvertement – promotionnel, à l’occasion de la sortie chez Naïve du dernier disque de Sandrine Piau, et certes le programme de cette soirée était particulièrement rebattu car constitué en très large partie d’extraits d’Ariodante et de Giulio Cesare in Egitto, deux des opéras de Haendel les plus représentés de nos jours, là où l’on attend encore la redécouverte de bien des airs méconnus. Et pourtant… Et pourtant comment bouder son plaisir d’entendre deux de nos plus belles voix baroques du moment interpréter ces pages magnifiques ? Pour compléter notre surprise, on ne retrouvait du disque Between heaven & earth que deux extraits d’Alexander Balus dans ce programme et, pour achever de balayer ces réserves, il fallait reconnaître que le baryton Ildebrando d’Arcangelo, initialement programmé aux côtés de , venait de se désister, et que reprendre un Ariodante que Modo Antiquo et venaient de mettre sur le métier à l’occasion du Festival de Beaune 2009 était sans doute la solution la plus évidente afin de maintenir le niveau du concert.

La petite part du programme consacrée à Vivaldi proposait, outre la Sinfonia de Griselda, deux airs tirés du fonds Foà 28 de la Bibliothèque Nationale de Turin, fonds qui, oublié entre les cantates du fonds Foà 27 et les concertos du fonds Foà 29, rassemble quelques quarante-sept airs et ensembles composés entre 1717 et 1721, la collection personnelle d’airs d’opéras de Vivaldi. Cet ensemble est riche en pièces exceptionnelles et couvre les différents types d’airs, de tonalités, de tempos et de voix. Les deux airs retenus ce soir appartiennent pourtant au même genre, deux vigoureux allegro qui évoquent la peur qui s’éloigne et revient tour à tour dans le cœur de la reine Cancace pour le premier («Certo timor ch’ho in petto», La Candace, I, 10) et la colère d’Erinicio confronté à la félonie de Marciano pour le second («L’innocenza sfortunata», Tieteberga, III, 11). Les deux chanteuses font preuve de toute la virtuosité requise par ces airs, seules véritables raretés de la soirée, avec les extraits d’Alexander Balus.

et sont apparues aussi opposées que possible. Soprano et mezzo, voix fragile et d’essence légère – même si elle s’est étoffée avec le temps, sans se départir de son brillant – et voix solide et profonde. Une frêle silhouette qui dessine, d’une Cléopâtre à l’autre, un portrait des plus émouvants (Alexander Balus) ou complexe, félin et grâcieux (Giulio Cesare). Sa Cléopâtre de Giulio Cesare n’est plus à présenter, et pourtant jamais tout à fait la même, la cantatrice ayant pris soin depuis le concert entendu l’an passé, de renouveler son ornementation. En regard, Ann Hallenberg, sourire aux lèvres et sourire dans la voix, qu’elle a saine et mordante, se joue des difficultés du rôle d’Ariodante, et triomphe, dans un emploi plus propre à briller que ceux de sa consœur. Si différentes de timbre et de tempérament, les deux chanteuses se rejoignent en ce qui est de la finesse de l’exécution et de la musicalité. Alors on pourra relever ici chez la soprano une projection un peu faible et là chez la mezzo un souffle parfois court, mais, pour le public qui les écoutait dans un rare silence religieux, ces cantatrices subjuguent par leur intelligence musicale. Par contraste, la direction a beau être rafraîchissante et les tempos audacieux, l’ensemble déçoit vraiment. En salle, Modo Antiquo reste bien fruste, et particulièrement en comparaison de la qualité de leurs enregristrements passés, notamment de Vivaldi. En bis, les chanteuses offrent un superbe «Zeffiretti che sussurate» du fonds Foà où chacune à son tour donne la réplique à l’autre en chantant l’écho, puis une reprise du court duo de Ginevra et d’Ariodante (I, 12) où leur complicité fait merveille.

Crédit photographique : Sandrine Piau © Antoine Le Grand / Naïve

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 30-XI-2009. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Concerto grosso op. 6 en sol mineur (Largo ; Allegro) ; extraits des opéras Ariodante et Giulio Cesare in Egitto et de l’oratorio Alexander Balus ; Antonio Vivaldi (1678-1741) : extraits des opéras Griselda, La Candace, Tieteberga. Avec : Sandrine Piau, soprano ; Ann Hallenberg, mezzo-soprano. Modo Antiquo, direction : Frederico Maria Sardelli.

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