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André Cluytens serviteur idéal de la musique française

À emporter, CD, Musique symphonique

Hector Berlioz (1803-1869) : Symphonie Fantastique op. 14 ; Roméo et Juliette op. 17 (extraits symphoniques). Georges Bizet (1838-1875) : L’Arlésienne, suites n°1 et n°2 ; Patrie, ouverture dramatique op. 19 ; La Jolie Fille de Perth, suite. Claude Debussy (1862-1918), orchestration André Caplet (1878-1925) : La Boîte à Joujoux, musique d’un ballet pour marionnettes ; Childrens’Corner. Maurice Ravel (1875-1937) : Le Tombeau de Couperin ; Valses nobles et sentimentales ; Alborada del gracioso ; Menuet antique ; Une Barque sur l’Océan ; Daphnis et Chloé, suites n°1 et n°2 (version avec chœur). César Franck (1822-1890) : Variations symphoniques pour piano et orchestre ; Symphonie en ré mineur. Vincent d’Indy (1851-1931) : Symphonie n°1 sur un Chant montagnard français (Symphonie cévenole) op. 25. Albert Roussel (1869-1937) : Le Festin de l’Araignée, suite de ballet ; Symphonie n°3 en sol mineur op. 42 ; Symphonie n°4 en la majeur op. 53 ; Sinfonietta pour orchestre à cordes op. 52 ; Bacchus et Ariane, suite de ballet n°2 op. 43. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Symphonie n°3 avec orgue en ut mineur op. 78. Gabriel Fauré (1845-1924) : Requiem op. 48. Aldo Ciccolini, piano. Henriette Puig-Roget, orgue ; Maurice Duruflé, orgue. Martha Angelici, soprano ; Louis Noguéra, baryton. Chorale Marcel Briclot. Les Chanteurs de Saint-Eustache. Orchestre National de la Radiodiffusion Française, Orchestre du Théâtre National de l’Opéra de Paris, Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire de Paris, direction : André Cluytens. 7 CD Testament SBT7247. Code barre : 749677724726. Enregistré à Paris entre septembre 1950 et juin 1965. ADD [mono/stéréo]. Notices trilingues (anglais-allemand-français) excellentes (Alan Sanders). Durée : 76’32, 76’22, 79’37, 79’35, 79’26, 75’42, 73’58.

 

Tout en espérant qu’il en fasse autant pour le chef d’orchestre français Désiré-Émile Inghelbrecht, le label anglais Testament, réputé pour l’excellence de ses transferts de gravures historiques, republie en un petit coffret élégant et bien conçu une série d’enregistrements déjà parus en sept disques séparés (SBT1234 à SBT1240) et réalisés par le remarquable chef franco-belge (1905-1967). Non pas que tous les CDs Testament relatifs à ce grand chef soient inclus dans cet album, mais uniquement ceux consacrés à des compositeurs français, et dont la présentation des visuels est identique : diverses photos montrant en gros plan sur fond noir le visage expressif d’un Cluytens âgé.

Cela nous prive hélas de disques essentiels consacrés non seulement à des compositeurs non français, tels que Beethoven (Concertos pour piano n°2 et n°4 avec Solomon, Symphonie n°6 «Pastorale»), Schubert (Symphonie n°8 «Inachevée»), Wagner et (diverses pages orchestrales), Rachmaninov (Concerto pour piano n°3 avec Emil Guilels), Chostakovitch (Symphonie n°11 «L’Année 1905»), mais également à des œuvres de compositeurs français telles que le Concerto pour piano n°2 de Saint-Saëns (avec Emil Guilels), la suite de Psyché de Franck, et même le magnifique Pelléas et Mélisande de Debussy (avec Jacques Jansen et Victoria de Los Angeles) et l’incomparable intégrale de Daphnis et Chloé de Ravel dans sa version stéréophonique.

Toutefois les richesses contenues dans ce coffret compensent très largement ces lacunes. Tous les enregistrements de cet album sont en excellente monophonie, à l’exception de ceux consacrés à , compositeur que Cluytens n’a décidé à confier au disque que sur le tard, à la fin de sa carrière au début des années 60, donc en stéréophonie. De fait, toutes les œuvres en gravure mono de ce coffret, Cluytens les réenregistrera ensuite en stéréo, à peu d’exceptions près. Mais il est bon de pouvoir disposer des premières moutures de ces interprétations qui sont loin d’être sans intérêt, surtout lorsqu’on sait qu’elles furent pour la plupart accomplies avec ces phalanges d’élite qu’étaient l’ ou l’Orchestre du Théâtre National de l’Opéra de Paris de l’époque.

Deux compositeurs surtout tenaient une place toute particulière dans le cœur d’ : et  ; de ce dernier, notre chef a toujours été un des plus admirables interprètes, et l’»intégrale» stéréophonique qu’il nous a laissée dans les années 60 avec l’ garde toujours son statut de référence, notamment avec un Daphnis et Chloé intégral d’une extraordinaire beauté. L’auteur de cette chronique a toujours estimé qu’aucun chef (même pas Ansermet ou Monteux) n’a approché son interprétation du ballet complet Ma Mère l’Oye, tandis que l’on compte sur les doigts de la main ceux qui ont égalé son éblouissant Daphnis et Chloé (Pierre Monteux évidemment, et peut-être Lorin Maazel ou Charles Dutoit…)

S’il fallait citer une seule œuvre pour être convaincu de Cluytens, merveilleux chef ravélien, ce serait à coup sûr Alborada del gracioso : quelle clarté, quelle énergie, quelle rigueur et quelle précision d’ensemble ! Et surtout quelle poésie se dégage de la partie centrale (le basson !) Et vraiment, quels musiciens d’élite faisaient la gloire de l’Orchestre de la RDF des années 50 !

Si l’on considère Berlioz, bien sûr à la même époque il y avait l’incomparable (et plus médiatisé !) Charles Münch à Boston, mais Cluytens avait l’avantage de nous offrir une Symphonie Fantastique bien française par ses instrumentistes (ce qui d’ailleurs ne sera plus le cas lorsqu’il la réenregistrera avec le , malgré toutes les affinités des Anglais pour Berlioz), et si à la fois Münch et Cluytens omettent les deux reprises de l’œuvre – ce que l’on peut regretter – il convient de préciser que c’était une pratique courante en ces temps où le microsillon avait à peine supplanté le 78 tours aux durées plus contraignantes.

Et tout au long de l’audition de ce coffret, on s’émerveille constamment : des Bizet idéaux de clarté (on ne peut que répéter ce terme) et de lumière, dont Cluytens parvient à nous faire oublier la relative faiblesse de l’ouverture dramatique Patrie, tandis que dans L’Arlésienne nous retrouvons avec joie Marcel Mule (1901-2001), cet instrumentiste incomparable, véritable fondateur de l’actuelle école française de saxophone ; des Debussy orchestrés par son ami Caplet, qui sont d’autant plus précieux que Cluytens ne les réenregistrera plus ; de magnifiques Franck et d’Indy de la première heure au microsillon, avec le jeune au piano ; une superbe Symphonie avec orgue de Saint-Saëns, nerveuse et totalement exempte de lourdeur – ce qui est rarement le cas – avec l’organiste Henriette Puig-Roget (1910-1992), élève de et , et Premier Prix de Rome en 1933 ; de remarquables Roussel qui n’ont comme concurrents que ceux de Charles Münch et Jean Martinon ; et enfin, pour couronner le tout, un Requiem de Fauré exceptionnel de ferveur, avec la trop oubliée Martha Angelici (1907-1973), dont la voix n’avait d’égal que son nom, et la participation de l’immense organiste-compositeur qu’était le très regretté (1902-1986).

Précipitez-vous illico chez votre disquaire favori, car franchement, des albums de ce genre, on en trouve vraiment rarement à tous les coins de rue !…

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