Tant qu’il y aura l’Amérique

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Lyon. Auditorium Maurice Ravel. 10-XII-2009. Samuel Barber (1910-1981) : Adagio pour cordes op. 11. Leonard Bernstein (1918-1990) : Sérénade pour violon et orchestre ; West Side Story, Danses symphoniques. George Gershwin (1898-1937) : Un américain à Paris. Jennifer Gilbert, violon. Orchestre National de Lyon, direction : Lawrence Foster

Alors qu’un beau disque Messiaen sort chez Naxos, L’ONL nous proposait en ces jours de l’Avent un programme 100% américain. A l’exception de la rare Sérénade pour cordes de Bernstein, le concert affichait trois tubes du répertoire pour orchestre. Programme de fête avec un père Noël qui a roulé sa bosse un peu partout dans le monde, -auteur d’une intégrale remarquée des concertos de Beethoven au printemps dernier avec Radu Lupu.

Immortalisé par Oliver Stone dans Platoon, l’Adagio de Barber -pièce galvaudée s’il en est, transcrite un bon milliard de fois au moins- n’a rien perdu de son pouvoir d’envoutement. Dans une forme surprenante depuis quelques temps (Symphonie n°6 de Mahler par Simone Young, Symphonie Alpestre avec Märkl), les cordes de l’orchestre en ont donné une superbe interprétation, à la fois planante et dramatique. Pas de quoi calmer les inévitables tousseurs de service qui ont quelque peu rompu l’enchantement de ces huit minutes immatérielles!

Du Barber à ce niveau on en redemande ! Pourquoi alors ne pas avoir choisi le sublime Concerto pour violon en lieu et place de la Sérénade pour cordes de Bernstein. Car on peut aimer follement Lenny… et trouver cette oeuvre, composée pour Isacc Stern et Koussevitzky, passablement rébarbative ! A l’exception du quatrième mouvement (Agathon), la Grèce antique n’a guère inspiré le chef américain qui peine à donner une unité, sans parler d’une authentique personnalité, à ce patchwork néo-bartokien. Soyons francs : c’est dans West Side Story, la Symphonie Kaddish, les Chichester Palms voire Mass qu’il faut chercher le grand Bernstein. , redoutablement énergique, défend cette musique avec conviction sans pour autant inverser la tendance, d ‘autant que le violon de manque de charisme et de rayonnement.

Rutilance, rythmes irrésistibles, tourbillon musical, contrastes dramatiques et explosion de couleurs : Bernstein est au sommet de son art dans les Danses Symphoniques de West Side Story. Sans attiser le feu à la manière d’un Dudamel, Lawrence Foster se montre soucieux de mise en place et de cohésion d’ensemble -il ne s’agit pas pour l’orchestre de se montrer débraillé (concentration et application dans les rangs !). On peut aimer des visions plus explosives, mais il y a un on-ne-sait quoi de chaleureux et de chaloupé dans cette direction qui est assez séduisant. Une fois de plus l’orchestre montre toute l’étendue de son talent avec des cordes graves un peu brouillonnes dans Somewhere, irréprochables ailleurs et des cuivres plutôt éclatants -sans le lustre des grandes formations américaines. Quant au célèbre Mambo, il fait toujours son petit effet ! Plus on l’écoute, plus un Américain à Paris nous apparaît comme un petit chef-d’oeuvre de finesse, à l’instar du film de Vincente Minnelli, véritable manifeste fauve. Lawrence Foster a du chic, de l’élégance et même s’il manque à l’orchestre lyonnais un tempérament authentiquement gershwinien, tous deux nous ont offert vingt minutes de pur bonheur.

Crédit photographique : Lawrence Foster © Alex Irvin

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