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Julie de Philippe Boesmans : la soubrette rafle la mise

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Théâtre de l’Athénée. 09-I-2010. Philippe Boesmans (né en 1936) : Julie, opéra en un acte sur un livret de Luc Bondy et Marie-Louise Bischofberger. Mise en scène : Matthew Jocelyn. Décors : Alain Lagarde. Costumes : Zaïa Koscianski. Lumières : Pierre Peyronnet. Avec : Carolina BruckSantos, Julie ; Alexander Knop, Jean ; Agnieszka Slawinska, Kristin. Ensemble Musiques Nouvelles, direction : Jean-Paul Dessy

Un spectacle de grande tenue est toujours appréciable. Ce fut sans conteste le cas de cette Julie, telle que reprise au théâtre de l’Athénée. Si s’est d’ores et déjà imposé comme un grand compositeur dramatique contemporain, Julie n’est certes pas son œuvre la plus connue. Il y fait le pari de concentrer l’action en à peine un peu plus d’une heure, au contraire du baroque Reigen ou du récent Yvonne, princesse de Bourgogne. Pourtant, on ne décèle dans l’œuvre aucune faiblesse dramaturgique ; tout s’y déroule de façon implacable, de l’exposition à la catastrophe finale.

Le fond du drame tient dans les tourments psychologiques d’un valet et de sa maîtresse, de Jean et de «Mademoiselle Julie», celle-là rongée par l’envie de sa chute, cependant que celui-ci rêve son ascension. Deux trajectoires opposées, que rien ne devrait rapprocher, et qui pourtant se rencontrent le soir de la Saint-Jean. La veillée festive où tout semble suspendu est l’occasion pour eux de se toiser, de s’épier, de s’invectiver, tour à tour enjôleurs, soumis, véhéments. On en vient à ne plus savoir lequel détester ou plaindre. Entre eux, une petite soubrette enamourée, qui apporte une salutaire touche de fraîcheur et d’innocence, à moins qu’elle ne jette de l’huile sur le feu…

On ne saurait dire que la partition brille par sa quête de modernité ; aucun passage n’est à proprement parler faible, mais le compositeur semble se complaire parfois dans des techniques d’écritures assez traditionnelles, attendues et donc forcément plates. Cela n’empêche pas la musique de Bœsmans d’être d’une redoutable efficacité et de réserver de biens beaux moments de musique. On retiendra en particulier les deux soli de la soubrette, aux extrêmes du drame, d’une beauté irréelle, qui feraient presque songer à la chanson de Miles dans The Turn of the Screw de Britten, tant la mélodie hésite entre naïveté et perversion. Les récits successifs des rêves de Jean et de sa maîtresse offrent également des moments hallucinés parfaitement jouissifs.

Les trois chanteurs évoluent dans cette partition comme des poissons dans l’eau. On sent leur engagement autant que leur plaisir à l’interpréter. Cependant, l’interprète qui tire véritablement son épingle du jeu n’est ni Carolina Bruck-Santos, ni Alexander Knop, mais bien , alias Kristin, la soubrette. C’est sans doute l’œuvre qui veut cela : alors que les deux personnages principaux sont prisonniers de leur démesure, Kristin est un personnage ambigu, tantôt femme soumise et jalouse, figure infantile et maternelle… Elle pose davantage de questions qu’elle n’offre de réponses, elle accroche le regard. Et dans ce cas précis, Agnieszka Slawinsky l’a non seulement accroché, mais retenu.

Crédit photographique : (Kristin) ; Alexander Knop (Jean) & Carolina Bruck-Santos (Julie) © Gérard Bezard

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