Julie Boulianne, mezzo-soprano à l’orée d’une carrière prometteuse

Titulaire de plusieurs prix internationaux, ancienne élève de l’Université McGill (Montréal) de et la Julliard School de New York, ancienne membre de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, est à l’orée d’une carrière prometteuse. Rencontre avec la mezzo venue du Lac Saint-Jean au bord du Vieux-Port de Marseille, à l’occasion de sa prise de rôle dans Cendrillon de Massenet.

« Il faut s’exporter. C’est en France que j’ai eu mes premiers engagements. »

ResMusica : Bien après Huguette Tourangeau, juste après Marie-Nicole Lemieux, le Québec serait-il pourvoyeur de voix de mezzos et contraltos ?

 : C’est une grande question mais je pense que oui. Je ne sais pas si c’est en lien avec la génétique ou la diction, mais il y a beaucoup de timbres chauds. C’est un phénomène que l’on devrait peut-être étudier davantage !

RM : Pour un jeune chanteur en France un début de carrière n’est pas facile. Qu’en est-il au Québec, qui bénéficie de moins d’infrastructures musicales et où la crise de 2009 a eu plus d’effets ?

JB : Au Québec… Je ne pense pas que ce soit possible. On est moins nombreux, mais il y a très peu de scènes lyriques. Il faut s’exporter. C’est en France que j’ai eu mes premiers engagements, puis mon passage à la Julliard School m’a ouvert des portes aux Etats-Unis.

RM : Vous êtes francophone, vous a-t-on d’office spécialisée dans le répertoire français ?

JB : Oui, surtout aux Etats-Unis car avec la politique des quotas et la préférence nationale, il est plus facile de justifier l’emploi d’un chanteur francophone dans une œuvre du répertoire français.

RM : Vous êtes mezzo et en début de carrière, mais une majorité de rôles de mezzo sont des personnages âgés ou des «méchantes», plus rarement des jeunes premières. Serait-ce une tessiture qui demande une certaine maturité ?

JB : Il y a quand même des rôles de «jeunes» pour mezzo, chez Rossini, Mozart, Haendel… Les grands rôles dramatiques sont rares, c’est vrai. Je me considère très chanceuse de pouvoir faire Cendrillon. C’est un rôle qui a beaucoup d’aigus, tout en étant très dramatique. Le défi est grand. La partition est très diversifiée.

RM : Ce rôle de Cendrillon n’est-il pas spécifiquement français, mezzo aigüe, mais pas vraiment soprano ? 

JB : C’est entre les deux, comme le rôle de Mélisande, que j’aimerais aborder.

RM : Rossini, Mozart, Haendel, l’opéra français…. Rien de germanique pour l’instant ?

JB : Non, pas encore, on verra plus tard… En récital je fais bien évidemment Schubert, Schumann, Wolff… Je fais du récital le plus souvent possible. Les rôles que je chante sont souvent léger, le lied et la mélodie me permettent d’aborder un répertoire plus lyrique avec une poésie souvent plus inspirante.

RM : Revenons sur votre parcours. D’une manière générale, à quelles difficultés avez-vous été confrontées ?

JB : J’ai eu l’opportunité de refuser certains rôles. C’est très difficile quand on est en début de carrière. Suzuki (Madame Butterfly) ou Charlotte (Werther) m’ont été proposés, j’ai préféré ne pas accepter. Je pourrais chanter Suzuki, mais je n’y serai pas très intéressante… Ma voix n’est ni assez puissante, ni assez mature pour ce genre de rôle.

RM : En plus du rôle mal dimensionné, l’autre écueil est celui des concours. Vous ont-ils apporté quelque chose ?

JB : Hmmm… un peu d’aide financière, bien sûr ! J’ai fait des concours, mais je n’ai pas la voix adéquate. Je ne suis pas un soprano colorature, je n’ai pas une grande voix puissante…C’est très difficile de me trouver un répertoire approprié pour les concours. Les concours donnent de l’expérience, ça ouvre un peu les portes, mais ça aide surtout à forger sa personnalité et à rencontrer d’autres chanteurs..

RM : Un paradoxe bien français, cette production de Cendrillon de Massenet vient de l’Opéra de Montréal. Les Britanniques, Sir Colin Davis en premier, nous ont «réappris» Berlioz. Les Québécois feraient-ils de même avec Massenet ?

JB : Non je ne pense pas [rires]. L’Opéra de Marseille a eu raison de monter cette production car c’est vraiment un beau spectacle, accessible à tous, original. Bon, ça vient de Montréal, mais la première a été à l’Opéra du Rhin. Et à Strasbourg, Cendrillon était Cassandre Berthon, une française !

RM : Marie-Nicole Lemieux, Manon Feubel, Marianne Fiset, Jean-François Lapointe, … Beaucoup de chanteurs québécois sont engagés en France. Bénéficiez-vous aussi de cet engouement des directeurs d’opéras ?

JB : Oui, enfin je n’avais plus chanté en France depuis deux ans. Beaucoup d’agents s’intéressent aux voix québécoises et viennent nous entendre. Et le Québec a beaucoup de belles voix.

RM : Quels sont vos futurs projets ?

JB : Mes débuts au Met l’an prochain dans Roméo et Juliette, une date importante !

RM : Quel rôle souhaiteriez-vous aborder, pour donner des idées à un éventuel directeur d’opéra ?

JB : Mélisande ! Sinon j’ai déjà chanté beaucoup de rôles que je souhaitais chanter, j’ai eu beaucoup de chance.

RM : Et dans un avenir plus lointain, avec un peu plus de maturité ?

JB : Là ou ma voix m’emmènera… Nous verrons bien.

Crédits photographiques : © Dennis Kwan/IMG Artists

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