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Des « Pensées nocturnes » singulières et préromantiques par CPE Bach

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Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Fantasia I en fa majeur (WQ. 59/5) ; Fantasia II en do majeur (Wq. 59/6) ; Sonata en mi mineur (Wq. 65/30) ; Sonata en mi mineur (Wq. 59/1) ; Sonata en sol mineur (Wq. 65/27) ; Fantasia « C. P. E. Bach Empfindungen » en fa dièse mineur (Wq. 67) ; « Abschied/Adieu à mon clavicorde Silberman, rondo en mi mineur » (WQ. 272). Mathieu Dupouy, clavicorde. 1 CD Hérisson O2. Enregistré en l’Eglise de Mont Saint Vincent, Saône et Loire, du 21 au 23 avril 2008. Notice bilingue (français, anglais). Durée : 60’23

 

, sans doute le plus célèbre des fils de Jean-Sébastien (1685-1750), ne bénéficie cependant pas de la gloire posthume universelle de son génial père. Pour autant, le «Bach de Berlin et de Hambourg» comme on l’a surnommé, a manifesté une précocité et une ingénuité justifiant son classement parmi les plus grands créateurs de son temps. Son catalogue dévolu au clavier a sculpté de profonds stigmates dans l’histoire du genre de son vivant même où sa renommée était grande. Haydn et Mozart l’admireront sincèrement. (né en 1977), ancien élève de Christophe Rousset au Conservatoire de Paris, dévoué au clavecin, au clavicorde et au pianoforte, nous propose une sérieuse et captivante lecture de trois Fantaisies, trois Sonates et de Abschied (L’Adieu). Son jeu au clavicorde, l’instrument préféré de ce Bach, rend parfaitement compte des silences marqués, des brusques modulations et des rythmes imprévisibles si caractéristiques de C. P. E. Bach.

Cet art résulte d’une démarche particulière liée à l’apparition de l’Empfindsamkeit (ou expressivité intime), comme le rappelle dans un texte de présentation fort savant. «Un musicien ne peut émouvoir que s’il est ému lui-même» répétait le compositeur allemand qui ainsi imprime à sa musique sa sensibilité avec ses métamorphoses brusques tant au plan du climat que de la nuance. Et Dupouy de le citer à propos : «C’est principalement au moyen de la Fantaisie… que l’instrumentiste à clavier… peut atteindre l’effet de la parole, les surprises abruptes, le changement d’humeur.» Cette définition inspire précisément le jeu rigoureux et parfois envoûtant du pianiste et l’on pense aussi aux réactions qu’engendreront plus tard le génial Beethoven face à tant de nouveautés impérieuses, face à l’académisme et à l’assoupissement du monde musical d’alors. C. P. E. Bach qui mit en musique «Qui sait combien ma fin est proche»» n’avance-t-il pas avec cette attention aux sentiments et aux voix intimes, vers les prémices du futur climat romantique ? A cet égard, le titre de l’album «Pensées nocturnes» se justifie et s’impose certainement. Tous nos vœux à ce nouveau label indépendant et prometteur.

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Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) : Fantasia I en fa majeur (WQ. 59/5) ; Fantasia II en do majeur (Wq. 59/6) ; Sonata en mi mineur (Wq. 65/30) ; Sonata en mi mineur (Wq. 59/1) ; Sonata en sol mineur (Wq. 65/27) ; Fantasia « C. P. E. Bach Empfindungen » en fa dièse mineur (Wq. 67) ; « Abschied/Adieu à mon clavicorde Silberman, rondo en mi mineur » (WQ. 272). Mathieu Dupouy, clavicorde. 1 CD Hérisson O2. Enregistré en l’Eglise de Mont Saint Vincent, Saône et Loire, du 21 au 23 avril 2008. Notice bilingue (français, anglais). Durée : 60’23

 
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