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Tristan revu, Tristan et… et… etc.

La Scène, Spectacles divers

Dijon, Théâtre du Parvis Saint-Jean. 02-II-2010. Lancelot Hamelin : Tristan et… (adaptation libre de l’œuvre de Richard Wagner). Mise en scène : Mathieu Bauer. Costumes  : Nathalie Raoul. Son : Jean-Marc Istria. Scénographie lumières : Jean-Marc Skatcho. Vidéo : Stéphane Lavoix. Musique originale : Mathieu Bauer. Mathieu Bauer, percussions ; Sylvain Cartigny, guitares, banjo ; Arthur Simon, trompette ; Stan Bruno Valette, sample ; Mara Dobresco, piano. Avec : Marc Barman, Judith Henry, Mattias Girbig, Pauline Sikirdji, Georgia Stahl

Tristan et…

Encore et toujours le fameux accord de Tristan, symbole de ce désir inassouvi, de cette tension inhérente à ce couple légendaire… Et il revient, il jalonne toute la partition de Wagner et donc toute celle de . En effet, que ce soit dans un style rock plus ou moins à tendance psychédélique, des airs opératiques directement empruntés au maître de Bayreuth avec une réduction orchestrale au piano, des interventions de la guitare électrique en solo… l’accord va et vient, va et revient comme une vague, comme l’attraction inaltérable entre les deux protagonistes dans ce spectacle musico-littéraire. De plus, les Leitmotive wagnériens retentissent, illustrant musicalement le discours poétique, déconstruit et reconstruit à sa manière de Lancelot Hamelin. Le point de départ : la mort de Tristan. Et la suite : un flashback avec une réappropriation du texte et de la musique respectivement par Lancelot Hamelin et dans des décors qui évoluent au fil des mots, des sons et surtout des lumières, ingénieusement variées par Jean-Marc Skatcho pour créer des atmosphères empreintes de poésie, de nature, de rêves… Car ce spectacle fait rêver, parle au spectateur. Il l’emmène dans des lieux oniriques colorés, sonores, très sonores parfois trop d’ailleurs, grâce à l’intervention de cinq musiciens très efficaces qui se substituent à l’orchestre wagnérien. A noter le toucher délicat de la pianiste Mara Dobresco sur un instrument malheureusement pas très bien accordé, la dextérité du guitariste et du trompettiste Arthur Simon, la polyvalence subtile de et la précision de Stan Bruno Valette dans les différents effets.

Les acteurs, eux, se démènent sur scène, dans des jeux et des situations hétérogènes. Judith Henry incarne une Isolde qui crie beaucoup, mais qui heureusement sait également s’exprimer avec plus de calme, sinon de douceur. Son alter-ego vocal, , convainc par sa sensibilité dans une partition très difficile et joue également une Brangänne imposante. De même, Marc Berman propose un Tristan solide, très sûr de lui. Mais c’est incontestablement Mathias Girbig qui tire le plus son épingle du jeu de ce spectacle coloré : tour à tour chanteur, crooner, acteur, il fait montre d’une panoplie de qualités et de savoir-faire qui hypnotisent le spectateur qui rit de temps en temps et écoute avec beaucoup d’attention le plus souvent ce jeune homme à la fois Mérot dans l’histoire, et narrateur de l’histoire. Une scène en particulier fait monter la tension, grâce aux mots du narrateur et aux tapements de pieds des autres acteurs qui ensuite se meuvent de manière désarticulée, symbolisant ainsi la réitération inlassable d’une histoire qui se répète, mais qui ici, traverse l’histoire à la fois de la musique et de la littérature pour mieux montrer son appartenance à la mémoire collective. Malgré le petit grain de sable qui peut parfois en altérer la mécanique…

Et la mécanique des applaudissements de bien fonctionner pour terminer ce spectacle comme il avait commencé : en beauté !

Crédit photographique : © Christophe Raynaud de Lage

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